GÖTEBORG, Suède – Ewan Huet ne laisse pas planer le mystère bien longtemps.
D’abord, il porte inévitablement un nom qui résonne fort chez les amateurs de hockey en France, en Suisse et au Québec. Il occupe ensuite la position de gardien, puis le design de ses jambières rappelle drôlement celles que portait un certain Cristobal à l’époque où il est devenu le favori de la foule montréalaise.
Pas de doute, il est bel et bien le fils de son père. Et il n’a manifestement pas peur des comparaisons.
« Je n’ai pas l’impression que ç’a été une source de pression pour lui, a observé Cristobal, au bout du fil. Je ne crois pas qu’il ait beaucoup souffert de ça. Il a envie de se faire un prénom. Je lui ai toujours dit qu’il est bien meilleur que je l’étais à son âge. Ça suffit pour lui enlever la pression. »
Le portier de 18 ans a fait ses débuts au Championnat mondial junior dans l’uniforme de la Suisse, jeudi, dans des circonstances plutôt complexes. Il a été appelé en renfort dans un match à sens unique – un dur revers de 11-3 – face aux États-Unis. L’adversaire était trop fort et sans pitié.
Ce n’était pas le scénario idéal, certes. Mais le simple fait de s’être mesuré à plusieurs des meilleurs espoirs de son groupe d’âge, des joueurs qui cogneront bientôt à la porte de la grande ligue, est une expérience de plus à mettre dans son baluchon. Une expérience à laquelle le paternel n’a jamais pu goûter.
« On n’a pas joué au meilleur de nos habiletés, et contre une équipe telle que les États-Unis, ça ne pardonne pas, a débité Ewan après le match. […] J’essaie tout de même de prendre du plaisir et j’en ai pris. Ça reste un jeu et j’ai toujours du plaisir à jouer, peu importe le score. Je vais grandir de ça. C’était chouette.
« Il y a toujours des choses positives à retenir, et on va les retenir. On avance la tête haute. On apprend. »
C’est justement cette quête d’apprentissages qui guide le jeune Huet dans son cheminement de carrière, ces dernières années. Après deux saisons passées avec le club junior de Lausanne, et même un départ chez les professionnels, il a décidé qu’il était temps pour lui de se mettre en danger.
Il a traversé l’Atlantique pour s’installer à Regina, la capitale de la Saskatchewan qui a probablement beaucoup à envier à Lausanne. Le gardien n’est pas là pour le tourisme, de toute façon, mais bien pour poursuivre son développement avec les Pats, dans la Ligue de l’Ouest.
Là-bas, il est un peu plus exposé au radar des recruteurs de la LNH et il s’adapte à une nouvelle réalité.
« Mon choix était forcément motivé par un peu de ces deux aspects, a-t-il expliqué. C’est une belle expérience de jouer au Canada. Même si ça s’arrête là après, si je n’en viens jamais à jouer au hockey professionnel, l’expérience va me rester. Ce sont des connaissances qu’on fait à travers le monde. »
« Pour sa progression, il fallait qu’il évolue, que ce soit au Canada ou ailleurs en Europe », a ajouté Cristobal, maintenant entraîneur des gardiens à Lausanne. « Il y a aussi un côté de développement personnel. Il se met en difficulté, dans un autre pays, loin de sa famille. Il va s’aguerrir, se faire grandir en tant qu’homme. »
Il pourra évidemment aussi grandir en tant que gardien. Derrière une équipe en reconstruction, il affiche une moyenne de buts alloués de 3,69 et un taux d’efficacité de ,891 en 18 matchs.
« Ma première partie de saison a été plutôt bonne, a-t-il raconté. Les trois dernières semaines, avant de me joindre à la Suisse, ont été plus difficiles, alors je voulais couper cette dynamique et avoir un départ à zéro. Je suis assez content de mon camp d’entraînement et du début de ce tournoi. »
Rêve ultime
En vivant tout ça à un aussi jeune âge, Ewan est effectivement bien en avance sur le parcours atypique qu’a eu son père. Ce dernier a dû défricher sa route dans la Ligue de France, puis dans Ligue nationale suisse, avant de finalement être repêché par les Kings de Los Angeles, à 26 ans.
« Mon chemin a été complètement différent de celui d’Ewan, a souligné Cristobal. J’ai dû sortir de France tandis que lui a eu un peu plus d’exposition en jouant en Suisse. Il a eu un meilleur développement, plus tôt. Moi, j’ai eu mon premier entraîneur des gardiens à 21 ans. »



















