Je profite de cette tribune pour offrir de l’amour à l’un de mes anciens coéquipiers avec les Bruins de Boston, Patrice Bergeron.
Lundi soir à Toronto, Bergeron fera son entrée au Temple de la renommée du hockey. Il deviendra l’un des immortels de notre sport en même temps que Carey Price, Keith Tkachuk, Pekka Rinne, Cindy Curly et Brian Burke.
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J’ai déjà surnommé Patrice le Jean Béliveau de notre plus récente génération au Québec. Quand j’ai joué avec lui à Boston, je me retrouvais en fin de carrière. Mais j’ai découvert de près à quoi ressemblait le phénomène « Bergy ». Il apporte tellement d’éléments positifs à une équipe. Il est un roc pour la culture au sein d’un vestiaire. Et on le voit encore avec les Bruins.
David Pastrnak porte maintenant le « C » sur son chandail depuis le début de cette saison. L'ailier a appris ce rôle auprès d’un grand comme Bergeron. Les Bruins ont encore un bon départ et ils ont participé aux séries l’an dernier malgré la perte de Brad Marchand. C’est un signe que la culture reste forte à Boston. Et ça, c’est un héritage de Bergeron.
Je reviens à Pastrnak. À mon départ de l’Avalanche du Colorado pour les Bruins lors de la saison 2014-2015, j’ai joué avec Pasta. Il était une recrue cette année-là. À cette époque, il ne montrait pas les signes d’un futur capitaine. Mais il a grandi au sein d’une bonne organisation et il a toujours su se maintenir sur le droit chemin. Il n’est pas juste devenu l’un des meilleurs ailiers de la LNH, mais aussi l’un des bons meneurs pour son équipe.
À mes yeux, les Bruins restaient l’équipe de Bergeron, même si Zdeno Chara a agi comme capitaine plus longtemps. Bergy a toujours offert une grande constance dans son jeu. Tu savais toujours à quoi t’attendre de sa part. Il a gagné le trophée Selke à six reprises, un record. Ce n’est pas un hasard. Il était le centre le plus intelligent de la LNH. Aujourd’hui, un centre comme Nick Suzuki est construit dans le même moule.
Je cherche à bien décrire Patrice. Je n’ai probablement pas les mots justes. Mais je dirais qu’il était un centre incroyable, un meneur exemplaire, mais aussi une personne avec une immense classe et gentillesse. Il plaçait toujours l’équipe avant lui. Et il travaillait vraiment fort. Je me considère chanceux de l’avoir croisé sur ma route au niveau de la LNH. J’ai constaté à quel point il est un gars en or.
Il mérite pleinement sa place au Temple. Il y entre aussi par la grande porte en obtenant cette reconnaissance à sa première année d’admissibilité. Bergy n’a jamais connu une saison de 80 points ou plus. Il a terminé à trois reprises à 70 points ou plus. Il a tout de même frappé le chiffre magique des 1000 points (1040) en près de 1300 matchs (1294).
On pourrait croire qu’il a fait des sacrifices offensifs pour s’établir comme un maître du jeu défensif. Mais dans son cas, je n’aime pas parler d’un sacrifice. Il jouait naturellement de cette façon. Je tracerais même une comparaison avec les Brewers de Milwaukee, qui ont récemment gagné la Série mondiale. Les Brewers ont joué du baseball simple et pur pour s’imposer. Les Brewers jouaient en équipe. Un gars comme Bergy aurait frappé un simple au champ opposé sans aucun problème. Il n’aurait pas visé la clôture juste pour viser la clôture.
Et Bergy aurait posé un geste comme Jake Evans la semaine dernière avec Phillip Danault. Il aurait également passé la rondelle à un coéquipier pour lui permettre d’obtenir un premier but dans un filet désert. Il voulait juste gagner et il avait à cœur le bonheur de ses coéquipiers.
Il ne faut pas oublier aussi son courage. Bergy a joué des séries avec de graves blessures, comme sa finale en 2013 contre les Blackhawks de Chicago. Il a également surmonté des symptômes d’une sérieuse commotion cérébrale au début de sa carrière après la mise en échec de Randy Jones, un défenseur des Flyers (2007-2008).
Le mot « gagnant » colle également à sa peau avec une conquête de la Coupe Stanley avec les Bruins (2011), mais aussi des médailles d’or aux Jeux olympiques avec le Canada en 2010 et 2014. Il a également remporté l’or au Championnat mondial junior (2005), au Championnat du monde (2004) et à la Coupe du monde à Toronto en 2016.
J’ai maintenant hâte d’écouter son discours lors de son intronisation au Temple. Patrice écrira un mot touchant et il n’oubliera pas de remercier ses proches.
Comme je le connais, il livrera une allocution avec son cœur et remplie de classe. La classe d’un Jean Béliveau. Il rendra le Québec fier, le Canada fier et toute la ville de Boston fière.
- Propos recueillis par Jean-François Chaumont, journaliste principal LNH.com.