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La cérémonie d’intronisation de la cuvée 2026 du Temple de la renommée aura lieu le 9 novembre. Patrice Bergeron, Cindy Curley, Carey Price, Pekka Rinne et Keith Tkachuk feront leur entrée au panthéon comme joueurs, et Brian Burke, comme bâtisseur. Aujourd’hui, le chroniqueur de NHL.com Nicholas J. Cotsonika dresse le portrait de Tkachuk.

La LNH qu’a connue Keith Tkachuk est bien différente de celle d’aujourd’hui. Mais Big Walt, malgré tout, fonçait au filet.

« C’était à la limite de l’abus, honnêtement, lance-t-il à la blague. Si tu es prêt à payer le prix là où c’est plus difficile, tu obtiens des résultats. Cela dit, les règlements ont changé. »

Tkachuk n’était pas qu’un joueur talentueux. Il était l’un des plus pugnaces de son époque. C’est avec cet heureux mélange qu’il a fait son chemin jusqu’au Temple de la renommée, où il sera intronisé lundi.

L’ancien attaquant a récolté un total de 1065 points (538 buts, 527 passes) en 1201 matchs avec les Jets de Winnipeg, les Coyotes de Phoenix, les Blues de St. Louis et les Thrashers d’Atlanta de 1991 à 2010. Il a aussi écopé 2219 minutes de punition. Seuls deux autres joueurs dans l’histoire ont atteint les plateaux des 500 buts, des 1000 points et des 2000 minutes de punition : Brendan Shanahan et Pat Verbeek.

Vous croyez que ses fils Matthew et Brady Tkachuk sont des durs-à-cuire?

« Ils le sont, mais leur père aurait pu leur tenir tête jusqu’à ses dernières années dans la LNH », affirme Jeremy Roenick.

Brady et Matthew eux-mêmes sont admiratifs du travail de leur père à l’époque où il enfilait les patins.

« Il était la vraie définition d’un attaquant de puissance. Il jouait à une époque où le jeu était très physique, souligne Matthew. Les coups de bâton étaient nombreux, les bagarres éclataient à la tonne. Qui sait il aurait marqué combien de buts de plus s’il n’avait pas été au banc des punitions 200 minutes par saison? C’est fou. »

Brady l’avoue : il n’aurait pas aimé affronter son père.

« Il semblait impossible à tasser du devant du filet, justifie-t-il. Il était une véritable bête sur la glace, mais une meilleure personne à l’extérieur. »

Natif de la région de Boston, Tkachuk a été l’un de ceux ayant établi le standard pour la nouvelle génération de joueurs américains en jouant du hockey typiquement canadien pour l’époque.

Il se classe au deuxième rang pour les buts et au sixième rang pour les points dans l’histoire de la LNH chez les joueurs nés aux États-Unis. Il a représenté son pays à quatre reprises aux Jeux olympiques et deux fois à la Coupe du monde de hockey, la remportant en 1996.

« Il fut l’un des Américains les plus importants pour notre sport, car il le pratiquait ‘à la canadienne’ », analyse Jack Parker, l’ancien entraîneur de Tkachuk à Boston University.

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Keith Tkachuk (à droite) et Dave Ellett des Maple Leafs de Toronto en 1996-97.

Le style de Keith Tkachuk s’est forgé dès un très jeune âge.

Le futur membre du Temple a grandi dans le quartier Jeffries Point d’East Boston, près de l’aéroport international Boston Logan. Ses parents étaient, décrit-il, des « cols bleus de Boston qui vivaient d’un chèque de paye à l’autre, et qui faisaient tout en leur pouvoir pour que je puisse réaliser mon rêve. »

Son père, John, a été pompier dans la métropole du Massachusetts plus de 40 ans. Sa mère, Gerry, l’a initié au hockey. Le cousin de Gerry est Tom Fitzgerald, ancien capitaine des Predators de Nashville et ex-DG des Devils du New Jersey.

Tkachuk idolâtrait l’attaquant de puissance des Bruins Cam Neely, le défenseur vedette Raymond Bourque et plusieurs autres joueurs de l’équipe de son patelin. Après l’école, il pouvait passer des heures à jouer au hockey dans la rue.

« Et lorsque les lumières s’allumaient, nous rentrions à la maison, raconte-t-il. Nous étions dans l’un de ces quartiers où ta mère pouvait t’appeler en criant par la fenêtre. Nous vivions dans des triplex. Je ne sais pas… Ça te garde les pieds sur terre.

« J’avais l’habitude d’amener mes enfants dans ce quartier et de leur dire ‘voici où j’ai grandi’. Ils étaient admiratifs, ils n’en croyaient pas leurs yeux. Mais c’était un bon quartier. Les gens faisaient tout ensemble. Les enfants jouaient au hockey-balle ou se lançaient le ballon de football dans la rue. »

Et ils réglaient leurs différends entre eux.

« C’était l’un de ces quartiers où si quelqu’un te dérangeait, tes parents te renvoyaient dehors pour que tu t’en occupes toi-même, se souvient-il en riant. C’est l’inverse des parents de nos jours, et je n’y vois pas de problème.

« J’ai grandi avec les Bruins de Boston, qui étaient costauds et rudes. Leur haine pour les Canadiens de Montréal… J’ai grandi dans cet environnement. Et j’adorais ça. J’adorais ça.

« Quel jeune de Boston ne voulait pas être un Bruin après avoir vu ces gars jouer? C’était toute une culture. Un mélange de talent et de rudesse. »

Keith avait trois frères et sœurs, mais la famille n’avait qu’une voiture. Maman Tkachuk accompagnait Keith à ses matchs de hockey mineur pendant que Papa Tkachuk prenait le train jusqu’à la caserne de pompier au centre-ville.

À 11 ans, la famille a déménagé à Medford au Massachusetts. Keith y a joué au baseball, au football et au hockey jusqu’à son arrivée à l’école préparatoire Malden Catholic High, où il a délaissé le football pour se consacrer au hockey.

Tkachuk a récolté 26 points (12 buts, 14 passes) en seulement six matchs à son année d’admissibilité au repêchage de la LNH. Il s’est disloqué une épaule, puis s’est fracturé une cheville dans cette même année, ratant la majorité de sa saison de hockey et l’entièreté de sa saison de baseball.

Les experts prévoyaient alors une sélection en seconde moitié de deuxième tour, mais les Jets de Winnipeg ont finalement jeté leur dévolu sur lui au 19e rang. L’un des dépisteurs des Jets à l’époque était Joe Yannetti, un natif de Boston qui l’avait déjà dirigé par le passé.

Tkachuk devenait le 13e joueur américain issu d’une école secondaire à être repêché au premier tour.

« Ils ont pris une chance avec moi », dit-il.

Yannetti acquiesce. Les Jets prenaient bel et bien une chance en choisissant Tkachuk, mais l’ancien dépisteur ajoute une nuance.

Les Jets parlaient à l’origine au 14e rang, mais ils ont effectué une transaction majeure en envoyant Dale Hawerchuk et ce 14e choix aux Sabres de Buffalo pour Scott Arniel, Phil Housley, Jeff Parker et le 19e choix. Yannetti croyait alors que cet échange venait de leur coûter Tkachuk, car les Bruins, les Whalers de Hartford et les Flyers de Philadelphie allaient désormais repêcher avant eux.  Et les trois équipes avaient passé Tkachuk en entrevue.

« Nous prenions une chance, car nous aurions pu être devancés par une autre équipe. Si nous savions qu’il allait devenir un membre du Temple de la renommée, nous aurions été stupides de ne pas garder ce 14e choix. »

C’est Yannetti qui a informé Tkachuk de sa sélection. Et ce dernier n’en croyait pas ses yeux.

« Il me disait ‘Coach, que fais-tu? Me niaises-tu? Vous m’avez repêché?’, se remémore le dépisteur. Je lui ai répondu ‘Tu ne regardes pas le repêchage à la télévision?’, mais à l’époque, le repêchage n’était diffusé que pour les deux premières heures. Il n’a donc jamais vu sa sélection. »

L’été suivant le repêchage, Tkachuk s’est inscrit aux cours d’été de Boston University et a travaillé étroitement avec Mike Boyle, un spécialiste du conditionnement physique.

« Une fois en septembre, c’est comme si ses anciennes blessures n’avaient jamais existé. Et son problème de poids (245 lb avant sa sélection) était réglé », raconte Parker.

Tkachuk a connu un lent début de saison universitaire mais a finalement récolté 40 points (17 buts, 23 passes) en 36 matchs. Les Terriers ont subi une défaite crève-cœur de 8-7 en troisième prolongation contre les Wildcats de Northern Michigan en finale nationale.

« Keith était un joueur unique dans la mesure où il avait été gâté par la nature – il était très costaud et si fort qu’il ne craignait pas le jeu physique, décrit Parker. Mais à l’université, les bagarres étaient interdites. Keith était jeune et n’avait pas encore trouvé sa niche. C’est à la session d’hiver qu’il a commencé à dominer ses adversaires. »

Tkachuk a quitté BU à l’été 1991 pour aller passer la saison suivante en équipe nationale. En 1992, à Albertville, il a participé à ses premiers Jeux olympiques.

À son arrivée à temps plein dans la LNH en 1992-93, il était véritablement mûr. Tkachuk a obtenu 51 points (28 buts, 23 passes) et 201 minutes de punition comme recrue chez les Jets.

Parker se souvient d’une discussion qu’il a eue avec Dave Silk, qui a joué à BU de 1976 à 1979 avant de joindre l’équipe américaine pour les Jeux de Lake Placid en 1980, puis d’évoluer dans la LNH jusqu’en 1986.

« J’ai demandé à Silk ‘que penses-tu du jeune Tkachuk? Il fait bien dans la LNH, n’est-ce pas?’, ressasse l’entraîneur. À l’époque, c’était sa deuxième saison à Winnipeg. David m’avait répondu qu’il le trouvait ‘très, très talentueux’ et m’a souligné qu’il se battait contre des gars de sa propre section, ce qui était courageux à l’époque, car tu recroisais ces gars plusieurs fois dans une même saison. »

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Tkachuk a accompli beaucoup de choses dans la LNH. Il a connu deux saisons de 50 buts – une première avec Winnipeg en 1995-96 et l’autre à Phoenix en 1996-97. Il a été capitaine des Jets et des Coyotes, puis a participé à cinq matchs des étoiles.

Mais le principal intéressé tire une encore plus grande fierté de ses participations aux Jeux olympiques et à la Coupe du monde. Il avait sept ans lorsque les Américains ont réalisé le « Miracle sur glace » aux Jeux de Lake Placid. Mike Eruzione, l’auteur du but gagnant contre l’URSS, était un natif du Massachusetts, comme lui. Il avait grandi à Winthrop, de l’autre côté de l’aéroport Boston Logan.

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Keith Tkachuk (à droite) et Bill Guerin célèbrent lors des Jeux de Salt Lake City en 2002.

« Je voulais faire partie de ça et représenter mon pays, explique Tkachuk. Quel jeune ne rêve pas de devenir l’auteur du but gagnant pour la médaille d’or? »

La Coupe du monde de hockey de 1996 représentait le premier titre américain dans un tournoi opposant les meilleurs hockeyeurs du globe. Les joueurs de la LNH n’ont commencé à participer aux Jeux olympiques qu’en 1998 à Nagano, donc la Coupe du monde est ce qui s’approchait le plus d’une médaille d’or olympique comme on la connaît aujourd’hui.

Tkachuk a donné le ton au match opposant les États-Unis au Canada lors du tour préliminaire, jetant les gants devant Claude Lemieux après seulement 20 secondes de jeu. Les Américains ont remporté ce match 5-3, et Tkachuk a terminé son tournoi avec six points (cinq buts, une passe) en sept sorties.

Près de 30 ans plus tard, ses fils ont suivi ses traces.

Dès la mise en jeu initiale du match Canada/États-Unis au tour préliminaire de la Confrontation des 4 nations en février 2025, Matthew a jeté les gants contre Brandon Hagel. À la mise en jeu suivante, Brady l’imita devant Sam Bennett. Les Américains ont triomphé 3-1 devant les partisans canadiens à Montréal.

Le Canada a pris sa revanche en remportant la grande finale au compte de 3-2 en prolongation une semaine plus tard, à Boston, mais les Tkachuk et leur bande ont répliqué avec une victoire en finale des Jeux de Milano Cortina l’hiver suivant. Pour une première fois depuis 1980, les États-Unis remportaient l’or olympique en hockey masculin.

Aux 4 nations, Brady a inscrit trois buts en quatre rencontres, et Matthew, récolté trois points (deux buts, une passe) en trois sorties.  À Milan, Brady a obtenu cinq points (trois buts, deux passes) en six matchs; Matthew, six passes en six matchs.

Keith n’était pas bien loin d’eux lors de ces tournois. Non seulement il y assistait comme père, mais aussi comme guide pour le reste de l’équipe américaine.

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Keith Tkachuk au Match des étoiles de 2004 à St. Paul, au Minnesota, en compagnie de ses jeunes fils Brady (au centre) et Matthew (à droite).

« Je suis fier qu’il y ait de plus en plus d’Américains dans la ligue, si je compare à l’époque où j’y ai fait mes débuts, se réjouit le paternel. Nous voyons le nombre de joueurs développés par USA Hockey. C’est beau à voir. »

Keith continue de voyager aux quatre coins de l’Amérique – et du globe, même – pour les Blues et USA Hockey.

« Sa vie se résume à la famille et au hockey – et à faire partie d’une équipe, dit Matthew. Il ne veut jamais quitter le monde du hockey. Il y trouve une camaraderie. Lorsque tu veux établir une culture, tu as besoin de quelqu’un comme mon père. C’est ce qui me rend le plus fier de lui. »

Il n’est pas rare que Brady et Matthew se fassent accoster dans les amphithéâtres adverses par des thérapeutes, des gardiens de sécurité ou d’autres employés d’aréna pour leur conter une anecdote sur leur père.

« Ce qu’il a accompli sur la glace est spécial, mais les gens retiennent surtout qui il était comme humain; un homme généreux de son temps, qui faisait sentir les autres importants, souligne Matthew. Il avait des milliers de meilleurs amis si vous leur demandez. Voilà l’héritage qu’il a laissé sur le hockey. »

« Il est digne du Temple », de rajouter Brady.

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Keith Tkachuk (deuxième à partir de la gauche) célèbre le championnat de la Coupe Stanley de son fils Matthew avec les Panthers de la Floride en juin 2025.