Bergeron HHOF testimonial Marchand

Peu de joueurs, particulièrement dans l’ère moderne, ont passé plus de temps ensemble que Patrice Bergeron et Brad Marchand, qui ont été coéquipiers pendant 14 saisons et compagnons de trio pendant presque toutes ces années. Ils sont deuxièmes, derrière Drew Doughty et Anze Kopitar des Kings de Los Angeles, pour le temps de jeu ensemble depuis 2009-10 avec 12 808:46. Le duo a conduit les Bruins de Boston à la finale de la Coupe Stanley trois fois, savourant un championnat en 2011. Marchand a succédé à Bergeron comme capitaine des Bruins. Ici, Marchand, aujourd’hui avec Panthers de la Floride, rend hommage à Bergeron, qui sera intronisé au Temple de la renommée du hockey lundi, dans un témoignage spécial pour LNH.com.

On entendait toujours parler de ce que les gars endurent en séries éliminatoires, puis il y a eu le match no 6 de la finale de la Coupe Stanley en 2013 pour le prouver. Je me souviens d’être assis à côté de Patrice Bergeron au banc, et « Bergy » était complètement amoché : des côtes fracturées, du cartilage de côtes déchiré et un poumon perforé. Il devait recevoir des injections avant le match. Il pouvait à peine respirer, et chaque fois que nous finissions une présence, j’avais de la difficulté à regarder le match parce que j’étais tellement concentré sur lui. On aurait dit qu’il allait s’effondrer tellement il souffrait.

C’est juste exceptionnel quand tu réalises ce qu’il endurait constamment – et ce n’était pas juste une fois, il l’a fait 1000 fois durant sa carrière. Il sacrifiait son corps pour le groupe et il était quand même l’un des meilleurs joueurs sur la glace. Au cours de ce match, il était littéralement prêt à tout donner, potentiellement même sa vie. Il a dû passer plusieurs jours à l’hôpital après notre défaite de 3-2 contre les Blackhawks de Chicago.

Pour un joueur comme Bergy, c’était tellement plus qu’un match ou un championnat. Il ne faisait pas ça pour lui-même. Oui, il voulait en faire partie, mais je pense honnêtement qu’il ne voulait pas laisser tomber l’équipe ce jour-là et qu’il ne se souciait pas de ce qu’il allait devoir subir. Et le respect qu’il a gagné auprès du groupe, de l’organisation, de toute la ville de Boston et du monde du hockey est exceptionnel.

Il était toujours là dans les grands moments. Comme en 2019 à St. Louis avant le match no 6 de la finale, alors que nous tirions de l’arrière 3-2 dans la série. Bergy n’avait averti personne, mais juste avant de sauter sur la glace, il a livré le discours le plus extraordinaire. Tout le monde a eu la chair de poule en l’écoutant dire à quel point il croyait en notre groupe et expliquer comment nous allions retourner à Boston pour un match no 7. Ultimement, nous n’avons pas gagné la série, mais ç’a été un des plus forts moments de leadership auxquels cette équipe a assisté. Il a calmé tout le groupe et il nous a permis d’y croire.

Puis, il y a eu 2011. Il était encore très jeune, mais à mes yeux et ceux du reste des gars, il était tellement mature pour son âge. À 25 ans, il avait vécu tellement de choses, perdant notamment presque un an de hockey en raison d’une commotion cérébrale. Cette année-là, il avait atteint un autre niveau sur la glace, mais à l’extérieur aussi. Je sais qu’il attribue beaucoup de mérite à Mark Recchi pour ça, car « Rex » voulait réellement qu’il sorte de sa coquille et qu’il devienne plus vocal. On a pu voir le leader exceptionnel qu’il était.

Une partie de ça était sa façon de communiquer avec chaque joueur dans le vestiaire. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi bon pour entrer dans un vestiaire et savoir automatiquement comment chaque joueur se sent. Il peut jeter un coup d’œil et savoir que ce gars-là est un peu anxieux, qu’un autre est nerveux, et il a la capacité de les approcher pour les aider à mieux se sentir, à se sortir d’une mauvaise situation ou simplement pour leur parler dans des moments difficiles. C’était comme ça à longueur d’année, mais encore plus quand les séries éliminatoires arrivaient. Il avait une détermination en lui, une conviction que rien n’allait nous empêcher de soulever la Coupe. C’est ce que les grands joueurs font. Ils se présentent et brillent dans les grands moments.

Une grosse partie de ça est due au fait qu’il est altruiste et se soucie vraiment des autres autour de lui, de ses coéquipiers. Il veut bâtir des liens et développer une chimie. C’est ce que la plupart des gens ne réalisent pas : ça ne s’est jamais arrêté pour lui. Il n’allait jamais laisser quelqu’un vivre quelque chose seul. C’est la raison pour laquelle les équipes dont il a été le capitaine étaient si unies.

Mais il n’y a pas seulement ça. Vous aviez ce leader exceptionnel, humble et respectueux qui était aussi l’un des meilleurs joueurs au monde.

Nous avons joué ensemble à mon premier match et nous avons pratiquement toujours été unis à partir de la saison 2010-11 jusqu’à la retraite de Bergy après la campagne 2022-23. Ça fait 13 saisons à pratiquement toujours être sur le même trio. J’aimerais vous dire que j'ai su instantanément ce que nous allions devenir, mais je savais seulement que nous nous complétions bien. Il n’essayait jamais de faire dans la dentelle, et moi non plus. Nous étions simplement deux joueurs travaillants qui connaissaient du succès au même endroit sur la patinoire. Nous étions compétitifs au bas des cercles en récupérant des rondelles, en faisant des jeux autour du filet et en nous faisant des passes à des endroits d’où nous pouvions marquer. Mais nous n’étions pas bons pour transporter la rondelle en zone neutre et battre des joueurs à 1-contre1. Ce n’était pas notre style de jeu.

Claude Julien, notre entraîneur à l’époque, avait été clair : « Écoute, Bergy est le genre de joueur que tu dois imiter. Essaie de jouer comme lui. » Et la chimie s’est créée. Quand tu es jeune et que tu joues avec des joueurs vedettes, ça peut être stressant, mais il m’a rendu à l’aise. Il n’était pas arrogant, et si tu faisais un mauvais jeu, il ne roulait pas les yeux. Il disait : « On fait tous des erreurs, ce n’est pas grave », ce qui était véritablement réconfortant. Cela dit, il respectait un certain standard et s’il n’était pas dur envers toi, il avait une façon polie de te dire d’être meilleur. Et éventuellement, tu apprenais.

Ç’a grandi à partir de là. Plus nous jouions ensemble, plus nous parlions, et nous sommes devenus de bons amis hors de la glace, donc cette chimie s’est transposée. Nous travaillions là-dessus tout le temps. Il y avait aussi un aspect de mon jeu à l’époque dont je devais m’éloigner pour me concentrer à être un bon joueur, et il a été vraiment bon pour m’épauler là-dedans. Il savait que ce n’était pas facile pour moi.

Mais ce qui est drôle, c’est que ce n’était pas facile pour d’autres de jouer avec nous, car notre chimie était tellement bonne que nous nous passions la rondelle entre nous. David Pastrnak est devenu très frustré quand il a commencé à jouer avec nous, car il est un joueur d’élite, et nous nous cherchions constamment sur la glace, laissant quelque peu « Pasta » en retrait. Dès que l’un de nous deux obtenait la rondelle, notre vision se mettait en marche. Je savais où Bergy serait, et il y était toujours. Je n’étais pas aussi bon pour être au bon endroit pour lui, mais en général, il savait où je serais, donc il plaçait la rondelle à cet endroit.

Éventuellement, nous avons trouvé une solution avec Pasta et nous formions un excellent trio.

Nous tirions beaucoup de fierté de notre chimie. Nous étions fiers de jouer ensemble en infériorité numérique comme en supériorité numérique. Nous étions unis partout. Et l’infériorité numérique est peut-être le meilleur exemple de qui il était comme joueur. Je n’ai jamais vu un joueur d’élite au sein de n’importe quelle équipe être aussi à l’aise avec tout ce qui pouvait se produire, tout ce qu’on pouvait lui demander. Pour beaucoup de joueurs vedettes, il faut que ça fonctionne à leur manière. Bergy, lui, allait faire tout ce qu’il fallait pour aider cette équipe à gagner. Il n’avait pas besoin de jouer le plus de minutes, d’être le premier sur le jeu de puissance ou l’infériorité numérique. Mais il allait sauter sur la glace et travailler le plus fort possible chaque fois. Je pense que c’est Jim Montgomery qui m’a dit une fois : « Il ne fait rien mal. » C’est vrai. Tout ce qu’il fait est la bonne chose. Il fait toujours le bon jeu au bon moment pour son équipe, et il n’a jamais triché, que ce soit pour une échappée ou quoi que ce soit. C’est exactement qui il était.

Nous avons bâti quelque chose de spécial. Je ne voulais pas le laisser tomber, et c’est pourquoi j’essayais toujours de tout donner, car Bergy est le meilleur au monde dans ce qu’il fait, et j’avais le sentiment que je devais le suivre. Nous voulions tous les deux porter le poids de l’équipe sur nos épaules.

Il l’a fait de tellement de façons, notamment avec l’initiative Patrice’s Pals, quand il invitait des enfants d’hôpitaux locaux et d’organismes caritatifs au TD Garden. Les gars peuvent parfois avoir des humeurs différentes après un match, si l’équipe a mal joué ou s’ils ont mal joué – et Patrice n’a jamais mal joué -, mais il était toujours heureux d’aller à la rencontre des partisans. Il savait ce que ça représentait pour eux et l’impact que ça avait. À l’extérieur de la patinoire, des gens l’approchaient et lui disaient : « Je ne pense pas que tu réalises ce que ç’a fait pour eux dans leur rétablissement. C’est encore la seule chose dont ils parlent. » Il savait qu’il y a tellement de choses plus grandes que le hockey et qu’il pouvait influencer des vies.

Ça revient à la grande personne qu’il est, à l’impact qu’il a et à son intérêt pour les autres.

Le hockey est une chose. Son jeu parle pour lui-même : il est devenu le gagnant ultime du trophée Selke – ils devraient d’ailleurs renommer le Selke en son honneur – et il est l’un des meilleurs à avoir enfilé l’uniforme des Bruins et un uniforme d’une équipe de la Ligue nationale de hockey.

Il personnifie tout ce qu’on voudrait que nos enfants deviennent comme personne, et quand on ajoute ses succès et ses qualités athlétiques, on obtient une combinaison unique.