MONTRÉAL – Jeudi 29 octobre, Patrice Bergeron répond à une invitation par message texte en quarante petites minutes. Le sujet proposé : son intronisation prochaine au Temple de la renommée du hockey.
Bergeron, ancien capitaine des Bruins de Boston, gagnant de la Coupe Stanley en 2011 et du trophée Selke à six reprises, n’a jamais raffolé de parler de lui-même. Le logo des Bruins passait et passera toujours avant le nom dans le dos du chandail.
À quelques jours de son intronisation à Toronto, Bergeron restait dans sa routine d’un père de quatre enfants. Il conduisait entre l’école de ses enfants et son domicile en banlieue de Boston quand il a réfléchi à l’honneur qu’il s’apprête à recevoir, celui de devenir un immortel du hockey à sa première année d’admissibilité.
« Je pense que ça devient concret. Je sais que la date arrive à grands pas, ça s’en vient vite même, a-t-il dit en entrevue téléphonique avec LNH.com. Mais il y a aussi un aspect irréel. Je trouve toujours cela difficile à croire. Je le réaliserai probablement quand je verrai ma plaque comme membre du Temple de la renommée. Quand la poussière retombera après la cérémonie, j’imagine que cette récompense me frappera encore plus. J’aurai eu le temps de savourer le moment. »
Quand on lui demande de décrire la symbolique derrière son entrée au Temple, l’ancien numéro 37 pose un regard collectif.
« Je regarde l’ensemble de ma carrière et je repense aux amitiés créées et aux choses apprises sur mon passage. J’ai grandi dans l’adversité, comme dans la victoire.
« Ça me fait chaud au cœur de rentrer au Temple de la renommée. Mais je suis assez conscient et intelligent pour savoir qu’il ne s’agit pas du travail d’une seule personne. J’ai gagné cette place grâce à l’aide d’une tonne de gens qui ont fait des sacrifices. Je parle de ma famille, de mes amis, mais aussi de mes coéquipiers et de l’organisation des Bruins. J’accepte cet honneur avec un sentiment d’humilité. C’est une reconnaissance collective. »
Bergeron fera le voyage à Toronto aux côtés de sa femme Stéphanie, mais aussi de ses quatre enfants : Zack (11 ans), Victoria (9 ans), Noah (7 ans) et Félix (3 ans).
« Si je me compte dans le groupe, nous serons 50 personnes pour la cérémonie, a précisé l’ancien centre des Bruins. Mon père (Gérard Cleary), ma mère (Sylvie Bergeron) et mon frère (Guillaume) feront évidemment partie de mon gros clan. »
Décrit comme l’un des centres les plus intelligents de sa génération, Bergeron travaille déjà depuis plusieurs jours sur la composition de son discours.
« J’aime me préparer pour un tel événement. J’ai encore des trucs à peaufiner, mais l’essentiel de mon mot est déjà écrit, a-t-il confié. J’ai fait le gros du travail. Je connais déjà le message que je souhaite transmettre. Je laisserai aussi de la place pour des ajouts et pour un peu d’improvisation afin de parler avec mon cœur. Ma structure est toutefois en place. »
Une fois qu’il se retrouvera sur la scène à l’intérieur des murs du Temple de la renommée, le Québécois cherchera à contenir ses émotions.
« Je risque de devenir émotif quand je parlerai de ma famille, mais aussi de mes coéquipiers. Je ferai un retour sur mes 20 années vécues chez les pros. C’est pour ça que je désirais avoir une structure avec mon discours. J’aimerais être capable de livrer mon mot sans trop tomber dans les émotions. Oui, je laisserai de la place aux émotions, mais je ne voudrai pas trop m’éparpiller. »
Le 10 novembre 2025, Bergeron avait vécu l’intronisation de son grand ami et ancien capitaine avec les Bruins, Zdeno Chara. À ce moment-là, il n’osait pas encore croire que son tour viendrait dès l’automne suivant.
« J’ai croisé "Z" cette semaine à Boston et je lui ai posé des questions sur sa journée d’intronisation, a-t-il dit. J’ai reçu quelques conseils pour savoir comment il avait géré sa fin de semaine. Je sais à quoi m’attendre puisque j’étais dans cette même pièce il y a environ un an. J’ai déjà une idée de l’environnement. Je garde encore en tête la scène et la salle où j’aurai à faire mon discours. J’ai des repères visuels. Pour moi, c’est rassurant. »
Un mot sur Price
Bergeron est l’un des six membres qui entreront au Temple lundi prochain. Cindy Curley, Carey Price, Pekka Rinne, Keith Tkachuk et Brian Burke, dans la catégorie des bâtisseurs, obtiendront aussi cet honneur.
De ce groupe, le Québécois de 41 ans a connu Price comme rival, mais aussi comme coéquipier.
« J’ai connu Carey dans les moments internationaux. Il est un bon gars, une personne très terre-à-terre. Il est calme dans son filet, mais aussi dans la vie de tous les jours. Il avait une attitude parfaite pour devenir un gardien. Il n’y avait pas trop de hauts ou de bas chez lui. À Sotchi, c’était un tournoi important. Il restait donc dans sa bulle. Je n’ai pas eu la chance de découvrir sa réelle personnalité. »



















