LindgrenThibaultLNH10242025

Choix de premier tour des Nordiques de Québec au repêchage de 1993, Jocelyn Thibault a disputé 586 matchs au cours de sa carrière de 15 saisons dans la LNH. Il a porté l'uniforme des Nordiques, de l'Avalanche du Colorado, des Canadiens de Montréal, des Blackhawks de Chicago, des Penguins de Pittsburgh et des Sabres de Buffalo, signant 238 victoires. Il a été entraîneur des gardiens de l'Avalanche pendant deux saisons et il est aujourd’hui actionnaire du Phoenix de Sherbrooke dans la LHJMQ. Il collabore depuis plusieurs années avec l'équipe de LNH.com pour traiter des dossiers chauds devant les 32 filets de la Ligue.

On dit souvent qu’il n’y a pas qu’un seul chemin qui mène à la LNH. Et s’il y a une position qui illustre mieux que toute autre cette réalité, c’est bien celle de gardien de but.

On n’a qu’à jeter un coup d’œil aux statistiques actuelles pour s’en convaincre :

Les 20 meilleurs gardiens au chapitre du pourcentage d’arrêts (MIN. 2 matchs) avant vendredi

NOM
%ARR.
REPÊCHAGE
ÂGE
Jakub Dobes, MTL
,950
5e ronde (136e), 2020, MTL
24
David Rittich, NYI
,940
Non repêché
33
Spencer Knight, CHI
,937
1re ronde (13e), 2019, FLA
24
Charlie Lindgren, WSH
,932
Non repêché
31
Connor Hellebuyck, WPG
,932
5e ronde (130e), 2012, WPG
32
Dan Vladar, PHI
,932
3e ronde (75e), 2015, BOS
28
Jake Allen, NJD
,931
2e ronde (34e), 2008, STL
35
Igor Shesterkin, NYR
,930
4e ronde (118e), 2014, NYR
29
Jet Greaves, CBJ
,928
Non repêché
24
Elvis Merzlikins, CBJ
,927
3e ronde (76e), 2014, CBJ
31
Thatcher Demko, VAN
,927
2e ronde (36e), 2014, VAN
29
Logan Thompson, WSH
,927
Non repêché
28
Devin Cooley, CGY
,925
Non repêché
28
Alex Lyon, BUF
,924
Non repêché
32
Tristan Jarry, PIT
,921
2e ronde (44e), 2013, PIT
30
Arturs Silovs, PIT
,919
6e ronde (156e), 2019, VAN
24
Jonathan Quick, NYR
,911
3e ronde (72e), 2005, LAK
39
Brandon Bussi, CAR
,911
Non repêché
27
Juuse Saros, NSH
,911
4e ronde (99e), 2013, NSH
30
Joey Daccord, SEA
,911
7e ronde (199e), 2015, OTT
29

Parmi les 20 meilleurs gardiens au chapitre du pourcentage d’efficacité avant les matchs de vendredi (minimum de deux parties jouées), sept n’ont pas été repêchés, soit une proportion de 35%. C’est quand même impressionnant!

Et parmi ceux qui ont trouvé preneur au repêchage, si l’on calcule la moyenne des rondes de sélection, on obtient 3,62, soit presque en quatrième ronde.

C’est sans compter que la moyenne d’âge de ces gardiens est de 29,35 ans et que les plus jeunes dans la liste sont âgés de 24 ans.

Pas de doute, beaucoup de gardiens ont emprunté les chemins de campagne et fait plusieurs détours avant d’atteindre la LNH, plutôt que de filer tout droit sur l’autoroute. Mais qu’est-ce qui explique que leurs parcours soient souvent aussi longs et sinueux, comparativement à ceux des attaquants ou des défenseurs?

La première raison est bien simple : il y a généralement moins d’opportunités. Souvent, un gardien va se retrouver comme l’homme en trop au sein d’une organisation, que ce soit dans la LNH ou dans la Ligue américaine de hockey (LAH). Il n’y a que deux postes disponibles par équipe, contre 12 pour les attaquants et six pour les défenseurs.

Et il faut le dire : lorsqu’un gardien est repêché tardivement – ou même pas du tout – il commence souvent avec une ou deux prises contre lui par rapport à ceux choisis en première ou deuxième rondes. C’est normal, les équipes investissent plus de temps et de ressources dans les espoirs qu’elles tiennent en très haute estime.

C’est pourquoi on voit régulièrement des gardiens repêchés passer par deux ou trois organisations avant de faire leur place dans la LNH.

L’un des exemples qui me viennent en tête est celui du gardien des Capitals de Washington Charlie Lindgren. Jamais repêché, le portier de 31 ans a disputé trois saisons dans la NCAA à l’Université St. Cloud State de 2013 à 2016. Ce n’est que sept ans plus tard, en 2023-24, qu’il s’est établi comme un gardien d’impact dans la LNH avec Washington. Entretemps, il a porté les couleurs des Canadiens de Montréal et des Blues de St. Louis.

Et devinez quoi? Il figure parmi les 20 gardiens dont je vous parlais plus haut.

WSH@NYR: Lindgren vole un but à Zibanejad

Lindgren a dû patienter longtemps avant qu’une occasion se présente, mais surtout, il a su la saisir. Il n’y a pas eu de chance dans son cas. On m’a déjà dit que dans la vie, la chance n’existe pas vraiment. Il s’agit plutôt de la rencontre entre la préparation et l’opportunité. Ç’a été vrai pour Lindgren, et je pourrais citer des tonnes d’autres exemples semblables.

Mais pour saisir cette opportunité, il faut être prêt. Et c’est une autre raison pour laquelle la route vers la LNH est rarement un long fleuve tranquille pour les gardiens : leur développement prend du temps.

Il y a tellement d’aspects à maîtriser pour un cerbère. Sur le plan tactique, il faut apprendre à réagir à différentes situations et à bien lire le jeu. Au point de vue technique, un gardien doit travailler sur ses déplacements, sa force et son agilité.

Il y a aussi tout le volet de la gestion des émotions. Un gardien doit apprendre à passer par-dessus un mauvais but ou pire encore, une mauvaise séquence de plusieurs matchs.

Être gardien, c’est un peu comme être quart-arrière au football. Tu ne peux pas te cacher. On dit qu’une erreur d’un attaquant donne un revirement et qu’un mauvais jeu d’un défenseur donne une chance de marquer. Mais une erreur de gardien, elle, devient un but pour l’autre équipe. Les conséquences sont bien plus lourdes qu’aux autres positions.

Même les premiers de classe doivent apprendre à la dure.

Prenez par exemple Spencer Knight, qui figurait lui aussi parmi les 20 gardiens les plus efficaces avant les matchs de vendredi. Il a été repêché au 13e rang total en 2019 par les Panthers de la Floride et il commence tout juste à avoir un impact… chez les Blackhawks de Chicago à l’âge de 24 ans!

Des Penguins qui surprennent

Mon ancienne équipe, les Penguins de Pittsburgh, connaît justement un début de saison surprenant en partie grâce à un de ces gardiens au parcours atypique, Arturs Silovs.

Le Letton de 24 ans montre un dossier de 3-1-0 avec une moyenne de buts alloués de 2,25, un pourcentage d’arrêts de ,919 et un blanchissage. Avant les matchs de vendredi, il était 16e au chapitre du taux d’efficacité dans la LNH. Rappelons qu’il a été un choix de sixième ronde (156e) des Canucks de Vancouver en 2019 et qu’il a passé par la LAH et même l’ECHL avant d’atteindre la LNH.

C’est inspirant de le voir prendre son envol, mais aussi d’assister à la résurrection de son coéquipier Tristan Jarry, qui a une fiche identique à Silovs avec une moyenne de 2,52 et un taux d’efficacité de ,921.

PIT@FLA: Jarry vole Marchand avec les jambières

Avant la saison, plusieurs observateurs prévoyaient le pire pour les Penguins, mais je ne partageais pas tout à fait leur pessimisme. On parle tout de même d’une équipe composée de bons vétérans qui est parvenue à greffer de bons jeunes à sa formation.

Le nouvel entraîneur Dan Muse semble aussi avoir son effet. Mike Sullivan a été en poste pendant 10 saisons et il est un grand entraîneur, mais qu’on le veuille ou non, une nouvelle voix peut parfois être bénéfique.

J’espère que les succès des Penguins vont se poursuivre et que ce n’est pas qu’un feu de paille. Après tout, Evgeni Malkin en est à sa dernière année de contrat et Sidney Crosby n’échappe pas aux rumeurs de transaction. On assiste peut-être à la dernière danse du noyau dur des Penguins.

*Propos recueillis par Hugues Marcil, pupitreur LNH.com.