Dans le cadre des textes de la série « Tête-à-tête avec… », nous nous entretenons avec des acteurs du monde du hockey afin d'en apprendre plus sur leur vie sur la glace et à l'extérieur. Cette semaine, un entretien avec le directeur général des Devils du New Jersey Sunny Mehta. Ce dernier a été embauché par les Devils le 16 avril, après avoir passé les six dernières saisons avec les Panthers de la Floride, incluant les trois plus récentes comme DG adjoint et directeur du département des statistiques avancées. Il a aidé la Floride à remporter la Coupe Stanley deux années de suite en 2024 et 2025.
NEWARK, New Jersey – Sunny Mehta comprend la différence entre avoir des attentes raisonnables et viser un championnat. Mais à sa première saison comme directeur général des Devils du New Jersey, c’est l’émotion qui l’emporte.
« Tout progrès que nous ferons par rapport à l’an dernier sera considéré comme un succès », a dit Mehta à LNH.com. « Mais je vous garantis qu’à moins que nous remportions la Coupe Stanley, peu importe ce qui va se produire, je serai probablement déçu. »
Mehta a convenu que mesurer les succès des Devils uniquement par une conquête de la Coupe Stanley est peut-être injuste. L’amélioration pourrait se faire sous différentes formes, que ce soit en retournant en séries éliminatoires ou en affichant la constance des équipes prétendantes au championnat. Les Devils ont échoué à se qualifier pour les séries 11 fois au cours des 14 dernières saisons, incluant l’an dernier, quand ils ont pris le septième rang de la section Métropolitaine.
« Je réalise que c’est irrationnel (de ne vouloir rien d’autre que la Coupe Stanley), a ajouté Mehta. Mais c’est la différence entre rationalité et émotion. »
Ce côté émotif est compréhensible, puisque Mehta est natif du New Jersey. Il a grandi en regardant les Devils et il les a vus remporter trois championnats. Il a grandi tout près à Totowa et il a joué au hockey à l’école secondaire Ramapo.
Son nouvel emploi représente en quelque sorte un retour à la maison, car il a travaillé pendant quatre saisons chez les Devils à titre de directeur du département des statistiques avancées sous Lou Lamoriello et Ray Shero, avant de se joindre aux Panthers.
Après avoir remporté des championnats en Floride, Mehta ne cache pas les standards qu’il veut rapporter au New Jersey.
Mehta s’est entretenu avec LNH.com à propos de divers sujets, incluant ses attentes, l’équilibre entre patience et urgence de gagner, et sa relation avec Martin Brodeur.
Selon toi, quelle est la force de cette formation?
« Notre force est notre profondeur, et je ne parle pas uniquement des joueurs qui ne sont pas des réguliers. Je parle de nos 12 attaquants et de nos six défenseurs. Nous avons une grosse force de frappe offensive et du talent, et il y a un sens du jeu à travers toute notre formation. Connor Brown me disait à quel point il a aimé jouer avec Amadeus Lombardi. Je lui ai dit : "Nous n’avons pas vraiment de quatrième trio cette année. Nous avons plutôt deux premières lignes et deux deuxièmes lignes." Ce qu’on pourrait qualifier de nos deux derniers trios pourrait être une unité de top-6 au sein d’autres équipes. La saison dernière, les Devils étaient une très bonne équipe quand Jack Hughes ou Nico Hischier était sur la glace, mais ils étaient bien moins bons sans eux. Plutôt que de trouver de meilleurs joueurs de quatrième trio, l’objectif était d’ajouter des joueurs de deuxième trio et de replacer tout le monde dans la bonne chaise de cette façon. Cette profondeur devrait faire de nous une bien meilleure équipe. »
Quelle identité souhaites-tu voir ton équipe adopter?
« Je ne crois pas tellement qu’une équipe doive avoir un style en particulier pour gagner. La Floride avait une identité claire, car ce style seyait bien à ses joueurs et à l’entraîneur. Mais le Lightning de Tampa Bay, les Blackhawks de Chicago et les Kings de Los Angeles ont tous remporté des championnats en jouant des styles différents. Ton identité doit cadrer avec les joueurs que tu as. En regardant notre formation, nous devrions être une équipe rapide, habile et intelligente. Nous voulons être agressifs avec notre vitesse, avec et sans la rondelle. Luke Hughes a fait un jeu lors d’un match intraéquipe (le 18 septembre) au cours duquel il a utilisé ses pieds en zone neutre pour briser un jeu sans prendre le contrôle de la rondelle. C’est un bon exemple. La vitesse et les habiletés ne s’utilisent pas uniquement pour créer de l’attaque. Elles peuvent aussi être utilisées pour refermer l’espace, briser des jeux et reprendre la possession de la rondelle. C’est probablement le style qui cadre le mieux avec ce groupe. »
Quelles parties du processus ayant conduit les Panthers à leurs deux championnats peuvent être transposées ici, et qu’est-ce qui doit être différent?
« La plus grande différence, ce sont les joueurs. Jack Hughes joue différemment d’Aleksander Barkov. Nico Hischier a des similitudes avec Barkov, mais il est unique, et Matthew Tkachuk est différent de tous. Chaque noyau a ses propres forces. La similarité est qu’en arrivant en Floride, nous avions déjà des morceaux importants comme Barkov, Jonathan Huberdeau, Aaron Ekblad et Sergei Bobrovsky. Ici, nous avons également de bons joueurs de noyau comme Jack, Nico et Jesper Bratt. Le défi est de les entourer avec suffisamment de bons joueurs pour bâtir une équipe complète. Tu dois identifier le talent, gérer le plafond salarial efficacement et trouver des joueurs avec de bons contrats. La Floride a frappé des coups de circuit avec des joueurs comme Sam Reinhart, Sam Bennett, Gustav Forsling et Carter Verhaeghe. Ils ont aussi eu un peu de chance. Les additions de Lombardi, Declan Chisholm, Luke Evangelista et Anthony Mantha ici reflètent un peu le même processus, même si le style de jeu sera différent. »
Comment trouves-tu l’équilibre entre patience avec les jeunes joueurs et urgence de gagner?
« Il n’y a pas une seule bonne réponse, mais c’est quelque chose que tu dois constamment considérer. La direction a souvent plus de patience que les entraîneurs, car ces derniers sont jugés par les victoires et les défaites, et ils vivent donc naturellement dans le présent. Sheldon (Keefe, l’entraîneur) est différent, car il comprend la vision à long terme. Prenez Amadeus Lombardi. Il n’a jamais joué dans la LNH, mais Sheldon comprend que pour gagner à long terme, il faut parfois tenter sa chance avec des joueurs encore en développement qui ont du potentiel. Cela dit, tu dois positionner tes jeunes joueurs pour qu’ils connaissent du succès. Tu ne peux pas remplir ta formation de jeunes en développement, car ton équipe risque de perdre, et ces joueurs pourraient développer de mauvaises habitudes. Tu dois pouvoir les protéger grâce à la présence de joueurs établis. Nous avons la chance d’avoir une formation qui nous permet de donner des occasions à nos jeunes joueurs tout en les entourant de suffisamment d’expérience et de talent pour compétitionner. Ça nous offre un bel équilibre. »
Comment bâtir autour du joueur de centre Jack Hughes sans trop devenir dépendant de lui?
« La santé de Jack n’est pas la raison pour laquelle nous avons décidé d’améliorer la formation autour de lui. Même dans les matchs qu’il a disputés la saison dernière, il y avait une différence importante entre les performances de l’équipe quand il était sur la glace et quand il était au banc. Nous devions améliorer le reste de la formation, peu importe l’état de santé de Jack et Nico. La profondeur peut t’aider à survivre à des blessures, mais chaque équipe devient bien moins bonne quand elle perd ses meilleurs joueurs. Il y a une limite à ce que tu peux contrôler quand il est question de blessures. Je veux m’assurer que lorsque nous serons en santé et à notre mieux, nous aurons une très bonne équipe. Ça signifie d’être efficaces quand Jack et Nico sont sur la glace, mais aussi d’être bons dans les portions du match où ils ne sont pas là. Si la profondeur nous aide à composer avec une blessure, ce sera un bonus. Mais l’objectif principal était de devenir moins dépendants de nos meilleurs joueurs chaque soir. »
Tu as grandi comme partisan des Devils. Comment trouves-tu l’expérience de côtoyer le vice-président principal des opérations hockey Martin Brodeur tous les jours?
« C’est génial. C’est surréel de travailler avec quelqu’un que j’ai admiré pendant tant d’années. Mais quiconque connaît Marty comprend pourquoi la transition a été si facile. Il est simple, humble et très sympathique. Malgré tout ce qu’il a accompli durant sa carrière et ce qu’il représente pour cette organisation, travailler avec lui est naturel. En raison de la personne qu’il est, la relation a été facile. »





















