LAS VEGAS – Ce n’est pas un coup du hasard si Jordan Staal se met soudainement à produire et à marquer des buts presque héroïques, comme celui qui a fait la différence dans une victoire de 5-3 lors du quatrième match de la finale de la Coupe Stanley face aux Golden Knights de Vegas, mardi.
Ça s’explique par l’importance du moment. Et par le stade auquel il est rendu dans sa carrière.
« Il joue chaque présence comme si c’était sa dernière », a résumé l’entraîneur-chef des Hurricanes de la Caroline, Rod Brind’Amour. « Il retire beaucoup de fierté du fait d’être le capitaine de cette équipe, et il mène par l’exemple. »
À 37 ans bien sonnés, Staal n’a plus le luxe du temps. Il ne s’approchera peut-être jamais plus autant d’une deuxième conquête de la Coupe Stanley, et il ne veut pas laisser filer cette chance. Les siens en retard 1-2 dans la série et à égalité 3-3 en troisième période dans ce match crucial, il s’est donc levé.
Posté devant le filet – fidèle à son habitude – il a profité d’un jeu un peu fou pour pousser la rondelle derrière Carter Hart alors que ses 6 pieds 4 pouces et 220 livres le tiraient dans la direction opposée. Staal est resté étendu au sol pour célébrer son deuxième but du match, déjà son cinquième de la série.
« C’est sans doute un bon moment pour être en feu, a rigolé le vétéran au podium après la rencontre. Je veux simplement contribuer aux succès de l’équipe d’une manière ou d’une autre. En ce moment, la rondelle entre dans le filet, alors je vais le prendre sans rechigner.
« Je n’étais pas certain d’avoir marqué avant d’entendre les gars crier. Après, j’ai passé quelques secondes dans mon monde. C’était un moment incroyable, et je savais que c’était un gros but. »
Un gros but parce que, pour une rare fois dans cette série complètement déjantée, cette mince avance d’un but a tenu pendant plus de 13 minutes. Brandon Bussi, qui a obtenu son premier départ des séries, a fermé la porte et Nikolaj Ehlers a scellé l’issue de la rencontre dans un filet désert.
Les Hurricanes rentrent donc à la maison avec une égalité de 2-2 dans la série, et l’avantage de la glace.
« J’ai presque manqué ma passe, alors j’étais en train de lever les yeux au ciel, a commenté Ehlers au sujet du quatrième but. J’ai ensuite vu Jordan tomber au ralenti. À ce moment-là, je n’ai pas trouvé ça drôle, mais après le but on a pris le temps de rire de la séquence. On a célébré aussi. C’était impressionnant. »
Grâce à ses deux réussites, Staal est devenu le quatrième joueur depuis la grande expansion à toucher la cible dans chacun des quatre premiers matchs de la finale – le premier depuis un certain Mike Bossy, en 1982. À noter que le capitaine n’avait amassé que deux buts lors des 13 premiers matchs de ces séries.
Il faudra peut-être y repenser deux fois avant de le qualifier de centre à caractère défensif. Il est assurément efficace dans tous les aspects du jeu, mais il démontre qu’il possède aussi une certaine touche offensive. À condition de ne pas se mettre à compliquer les choses.
« Je répète aux gars d’aller se stationner dans l’enclave depuis des années, a expliqué Staal. De bonnes choses se produisent quand tu te pointes là. Quand tu y es, tu n’as besoin que d’un bond chanceux pour marquer. C’est ce qui est arrivé sur mes deux buts ce soir. »
Pour parvenir à faire ça continuellement et à connaître du succès en le faisant, ça prend de la volonté et une soif de vaincre. La grande scène de la finale fait clairement ressortir ça chez lui.
« Il est notre leader et il a les deux mains sur le volant », a souligné Logan Stankoven, qui a ouvert la marque. « Le quatrième but était incroyable. Je ne sais pas comment il a trouvé le moyen de la mettre dedans. Il fait toutes les petites choses de la bonne façon, et c’est grâce à lui si nous sommes ici. »
La force de la jeunesse
C’est un peu aussi grâce à Stankoven et à son trio. Le petit attaquant a donné le ton au match avec son 11e but des séries avec seulement 66 secondes d’écoulées à la rencontre. Son compagnon de trio Jason Blake a doublé la mise, quelques instants plus tard, pour donner un petit coussin aux Hurricanes.
Un coussin qui a évidemment disparu, mais quand même.
« On parle souvent d’eux depuis les deux derniers mois, a relevé Brind’Amour. Ce sont deux gars qui sont extrêmement compétitifs. Ils sont aussi super talentueux et ils ont beaucoup d’outils dans leur coffre. Je me répète, mais quand tu possèdes cette combinaison, le résultat est assez spécial. C’est ce qu’on voit. »
Ironiquement, les deux premiers buts des Hurricanes ont été marqués par les deux plus jeunes joueurs de la formation. Le vieux routier a mis la touche finale au travail amorcé par les jeunes loups.
« C’est drôle de prendre connaissance de ça, a observé Stankoven avec un large sourire. Nous sommes jeunes, alors nous voulons infuser de l’énergie au groupe dès le début de la rencontre. On pourchasse les rondelles et on en profite. Et ensuite, les plus vieux se lèvent dans les grands moments.
« Tout le monde y met son grain de sel. C’est ce dont tu as besoin à ce temps-ci de l’année. »


















