Guy Lafleur, champion de la Coupe Stanley à cinq reprises avec les Canadiens de Montréal et l'un des joueurs les plus électrisants de l'histoire de la LNH, est décédé vendredi à la suite d'un combat de presque trois ans contre le cancer. Il était âgé de 70 ans.
D'anciens coéquipiers et adversaires rendent hommage à Lafleur
Le champion de la Coupe Stanley à cinq reprises et membre du Temple de la renommée est décédé à l'âge de 70 ans

© Denis Brodeur/Getty Images
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Certains des plus grands noms du hockey ont rendu hommage à Lafleur sur LNH.com, en racontant ce que c'était d'être son coéquipier, son adversaire ou son ami.
Yvan Cournoyer, attaquant membre du Temple de la renommée, coéquipier de Lafleur (1971 à 1979), capitaine des Canadiens (1975 à 1979), collègue ambassadeur de l'équipe :
« Les gens aimaient tellement Guy pour toutes les causes qu'il épousait et toutes les sorties publiques qu'il faisait. En fin de vie, il devait rester chez lui, confiné à son lit. Il nous arrivait de faire des marches dans la rue en nous imaginant que nous étions encore des joueurs. C'étaient des moments formidables. Je suis si triste… Tous les jours, je pense à lui.
« Je me souviens très bien du premier entraînement de Guy avec nous, au camp en 1971. Je m'étais dit : 'Wow, ce sera un sacré bon joueur de hockey. Je suis heureux de l'avoir avec nous. Il nous aidera à gagner plus de Coupes Stanley, c'est sûr.' Avec Jean Béliveau qui venait de partir à la retraite, je me disais que nous avions réellement besoin d'un joueur de sa trempe.
« Les recrues, dans ce temps-là, devaient prendre leur mal en patience. On ne leur donnait pas beaucoup de temps de glace. Je le sais. À mes premières saisons, je ne jouais que sur le jeu de puissance, ou à peu près. Je savais qu'un jour je jouerais sur une base régulière. Je ne disais pas un mot parce que nous gagnions des Coupes Stanley. Est-ce que vous vous apitoyez sur votre sort quand vous gagnez la Coupe? Je ne pense pas.
« Nous avions gagné la Coupe en 1971, puis Guy est arrivé. Je savais qu'il obtiendrait son temps de jeu en temps et lieu. Je ne m'en faisais pas pour lui, il était trop bon. Il finirait éventuellement par jouer davantage, ce qui s'est produit après qu'on l'eut muté du centre à l'aile droite.
« J'ai toujours essayé d'être là pour lui. Quand on lui demandait quels joueurs l'avaient le plus aidé à ses débuts, il répondait toujours Henri Richard (capitaine entre 1971 et 1975) et moi. Guy était animé d'un grand désir de vaincre. Il voulait marquer des buts et faire son travail. Tout le monde dans l'équipe était important à ses yeux. Tout le monde. »
Jacques Lemaire, attaquant membre du Temple de la renommée, coéquipier de Lafleur (1971 à 1979) :
« Ce qui faisait de Guy un formidable joueur, c'est qu'il était né pour jouer au hockey. Il était du même moule que les Wayne Gretzky et Mario Lemieux. Ces grands-là étaient programmés pour jouer au hockey en raison de leurs aptitudes et de la passion qui les animait. Pour certains, le hockey est un bon emploi, c'est le 'fun', on s'amuse à le faire. Mais pour ces gars-là, le hockey n'a jamais été un 'job'.
« Guy Lafleur était toujours le premier joueur arrivé dans le vestiaire la journée des matchs et il était toujours le premier à sauter sur la glace pour les pratiques. Ça représentait tout pour lui. C'est la raison pour laquelle il était un joueur élite. Parmi toutes ses qualités, il pouvait patiner pendant toute une journée sans se fatiguer. À l'époque, on se présentait aux camps d'entraînement pour se remettre en forme. Aujourd'hui, 90 pour cent des joueurs sont prêts à jouer dès la première journée du camp. Dans le temps, 90 pour cent d'entre nous n'étaient pas prêts à jouer. Guy filait comme le vent dès la première journée.
« Je lui demandais : 't'es-tu entraîné pendant l'été?' C'était comme si, génétiquement, il était dans une classe à part. Il ne faisait rien de ses étés. Il ne levait jamais de poids et haltères. Il était tout en muscle naturellement. Ç'avait l'air tellement facile pour lui. On voit souvent des joueurs être pris sur la glace pour une présence trop longue et revenir au banc complètement à bout de souffle. Guy? Jamais. Pas une fois.
« Comme joueur, il était un de ceux qui voyaient tout sur la patinoire. Mais il avait de la difficulté à jouer à l'intérieur d'un système de jeu! (Rires) Il ne voulait rien savoir de ça. Il voulait simplement patiner et jouer. Dans les entraînements, il pouvait venir se placer devant moi pour un exercice. J'avais l'habitude de lui dire de retourner derrière la file pour savoir quoi faire. Il n'avait aucune idée de ce qui se passait. Les gars le taquinaient toujours là-dessus.
« Je pense que la pression a été trop forte sur le jeune, à ses débuts. On voulait qu'il remplace Jean Béliveau et il n'était pas prêt. Ça lui a pris quelques saisons à cause de la pression qu'il subissait. Il n'a obtenu que 29 buts, à sa première saison, et il y avait des partisans qui croyaient que les Canadiens avaient choisi le mauvais gars au repêchage. Je sais qu'il ressentait énormément de pression, j'étais à ses côtés parce que les attentes à son endroit étaient très élevées.
« Il a finalement décidé de jouer sans casque à sa quatrième saison, désireux de se révéler comme les gens souhaitaient le voir. C'est à ce moment qu'il a véritablement pris son envol. Il disait souvent que c'était parce qu'il avait enlevé son casque. Ça n'avait rien à voir avec le casque, mais avec ce qu'il y avait à l'intérieur.
« Guy Lafleur a été un des meilleurs joueurs de l'histoire, un naturel. Il pouvait provoquer des choses sur la patinoire à partir de rien. Quand je jouais avec lui, tout ce que je m'efforçais de faire, c'était de l'appuyer et de me démarquer. Si on se démarquait, il nous trouvait, aussi simple que ça. Plusieurs fois, je lui demandais après une présence: 'Mais comment as-tu fait pour me voir à cet endroit sur la glace?' et il me répondait : 'Eh bien, c'est parce que c'est à cet endroit que tu devais être'. »
Marcel Dionne, joueur de centre membre du Temple de la renommée, deuxième choix au total du repêchage de 1971 derrière Lafleur, adversaire de 1971 à 1985 avec les Red Wings de Detroit et les Kings de Los Angeles; coéquipier en 1988-89 avec les Rangers de New York :
« C'est un bien triste jour. Je connais Guy depuis que j'ai neuf ans - au hockey mineur, au hockey junior, dans la LNH, dans les tournées d'anciens. Il n'y a rien de plus à dire. Les gens ne savent pas à quel point je suis resté près de lui. J'étais au Temple de la renommée du hockey le 13 avril, je leur ai dit qu'on allait toujours nous souvenir de Guy Lafleur et de Mike Bossy. Les grands joueurs décèdent, mais ils seront au Temple pour toujours.
« J'étais davantage un fabricant de jeu, Guy était plus le franc-tireur. Je lui ai toujours lancé à la blague qu'avec les défenseurs qu'il avait - Serge Savard, Guy Lapointe et Larry Robinson - il aurait dû marquer 1000 buts. Nous étions de très bons amis. J'admirais ce qu'il a fait avec le public, il prenait soin des gens et il a toujours été très respectueux.
« J'ai souvent dû interrompre ses rencontres avec les amateurs pendant les tournées d'anciens parce que nous devions attraper un vol ou prendre l'autobus. Ces journées étaient merveilleuses, nous avons eu beaucoup de plaisir. Guy aimait la game.
« Depuis le mois d'octobre, je pense à Guy et à Mike chaque matin quand je me réveille. Guy était le dernier survivant de cette fameuse photo prise au centre de la glace au Forum de Montréal - Jean Béliveau, Maurice Richard et lui. Il y a tellement de photos légendaires. À la Coupe Canada 1981, la photo de Lafleur, Bossy et Wayne Gretzky qui enjambent la bande. Incroyable.
« Guy a eu une belle vie. Il a vraiment tout savouré et il a rendu beaucoup de gens heureux. Souvent, je me dis que c'est mieux qu'il ait eu la chance de faire ses adieux aux gens qu'il aimait au lieu de mourir subitement. C'est une autre chose qu'il a accomplie. C'est la plus belle tournée d'adieux qu'il aurait pu demander. »

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Larry Robinson, défenseur membre du Temple de la renommée, coéquipier de Lafleur (1972 à 1985):
« Il était un gars qui se présentait au camp d'entraînement, et quand on lui demandait ce qu'il avait fait pendant la saison morte, il nous disait qu'il avait voyagé, qu'il était allé ici et là. Je lui demandais ensuite s'il s'était entraîné, et il me répondait qu'il avait fait un peu de jogging. Quelques instants plus tard, il sautait sur la glace et contournait tout le monde sans effort. Nous nous étions entraînés fort tout l'été pour arriver en forme au camp d'entraînement, mais c'était tout simplement naturel pour lui.
« C'est ce qui était le plus fantastique chez lui. On peut regarder des photos de lui et se dire qu'il n'a pas l'air si imposant. Mais quand vous le rencontriez en personne, que vous lui serriez la main et que la vôtre disparaissait dans la sienne que vous compreniez à quel point il était massif. Il avait les avant-bras de Popeye. Il était un homme imposant et fort.
« Il sautait sur la glace et décochait 100 à 200 tirs avant même le début de l'entraînement. Si nous avions un nouvel exercice que nous ne connaissions pas, Scotty [Bowman] demandait à "Flower" d'y aller en dernier, parce qu'il allait être le premier à faire une erreur. Mais dans un match, si vous passiez la rondelle à Lafleur, s'il parvenait à y toucher avec son bâton, il allait garder le contrôle du disque. Il avait ce don pour recevoir les passes, peu importe qu'elle arrive sur son coup droit ou son revers, ou même dans ses patins. C'est probablement pourquoi il était un joueur aussi sensationnel.
« Il a décidé de jouer sans casque (au début de sa quatrième saison) et il a marqué quelques buts (53). Ses cheveux ont poussé, et sa transition entre les rangs juniors et la LNH s'est accélérée. Tout le monde sait qu'il y a très peu de joueurs qui peuvent faire cette transition dès le départ, surtout avec toute la pression qui reposait sur lui. Il a reçu des menaces de mort, Mike Milbury des Bruins disait qu'il allait lui arracher la tête, qu'il ne sortirait pas de Boston sur ses deux pieds, alors qu'a-t-il fait? Nous avons gagné 2-1 et Guy avait marqué nos deux buts.
« Flower n'était pas un gars très vocal. Nous avions tellement de joueurs dans notre équipe qui ne la bouclaient jamais. Flower restait assis à sa place, et finissait par dire quelque chose de stupide. "Allez les gars, on se met au travail. Vous savez pourquoi on joue au hockey? Parce qu'on ne voulait pas aller à l'école!" Si tu me demandes qui est le premier joueur que je prends dans mon équipe, ce serait Guy Lafleur. C'était un gagnant. C'est ce qui l'a rendu spécial. »
André Savard, coéquipier chez les Remparts de Québec (1969-71) et adversaire dans la LNH (1973-85)
« On le savait malade, mais on gardait toujours espoir qu'il passe au travers. C'est triste, très triste. Soixante-dix ans, c'est jeune. J'ai joué avec lui dans les rangs juniors, il y a plus de 50 ans, on réalise que la vie va vite. C'est plate, Guy méritait de vivre de belles années, avec tout ce qu'il a donné aux partisans (pause). Les mots me manquent, c'est triste. Ça ramène beaucoup de souvenirs. Ce que je retiendrai toujours, c'est que Guy avait un grand talent, mais aussi de grandes habitudes de travail. Il travaillait très fort et c'était un athlète très fier. Il n'est pas devenu une idole sans effort. Il n'est pas devenu une légende sans effort. Il est devenu un des grands de tous les temps parce qu'il a travaillé. Il voulait réussir et il était très déterminé. Il mérite tous les éloges qu'on lui fait. Je m'estime très chanceux d'avoir fait partie du même club que lui dans la LHJMQ. »
Phil Esposito, joueur de centre membre du Temple de la renommée, adversaire de Lafleur avec les Bruins de Boston et les Rangers de New York entre 1971 et 1981; a convaincu Lafleur de sortir de sa retraite en tant que directeur général des Rangers en 1988.
« C'est terrible, très triste. Chaque fois qu'un de ces hommes décède - Mike Bossy, Clark Gillies, Rod Gilbert, mon frère Tony - ça me fait miroiter mon éventuel décès.
« Au sommet de son art avec les Canadiens, Guy était très rapide et jouait avec de très bons joueurs. Son trio avec Jacques Lemaire au centre et Steve Shutt était très difficile à arrêter. C'était aussi le cas quand Peter Mahovlich était son joueur de centre.
« Guy avait un très bon tir. Il était probablement plus puissant que ce que les gens pouvaient penser, et il était extrêmement précis. J'aimais beaucoup Guy. C'était un homme sympathique, comme ses coéquipiers Yvan Cournoyer et Larry Robinson. Comme adversaires, le respect était toujours là. Pour Guy, c'était une coche de plus. Il aimait que ses cheveux flottent au vent, je suis certain que c'est la raison pour laquelle il a abandonné son casque. Ce que j'aimais de lui, c'est que rien ne semblait le déranger. Il sautait sur la glace, et il jouait.
« Comme directeur général des Rangers, je n'ai jamais pensé qu'il n'avait plus le feu sacré. Jamais. Je savais qu'il lui restait de belles années. Je n'étais pas certain qu'il accepte de sortir de sa retraite. L'entraîneur Michel Bergeron et moi en avons parlé longtemps. Je me souviens lui avoir dit : ''Pourquoi pas? C'est la Grosse Pomme. Je pense qu'il a encore du gaz dans le réservoir.'' Nous sommes allés à Montréal pour le rencontrer. Je ne me souviens même pas combien nous lui avons offert. À cette époque, ça n'avait pas d'importance.
« Nous n'avions pas eu à le convaincre bien longtemps. Je pense qu'il voulait encore jouer. Je me mets à sa place. Il avait quoi, 37 ans? Si les Bruins m'avaient demandé de revenir, ou si une équipe comme Montréal l'avait fait… Je pense que nous aurions eu une belle discussion autour de quelques bières et que ça n'aurait pas été bien long. Il est venu au camp et il a été incroyable au cours de la saison (18 buts, 27 passes en 67 matchs). »
We lost 2 hockey legends this week. It was an honor to play with both. My thoughts and prayers are with their families. https://t.co/X5AVPyg1Pz
— Wayne Gretzky (@WayneGretzky) April 22, 2022
Joe Sakic, actuel directeur général de l'Avalanche du Colorado et coéquipier de Lafleur chez les Nordiques de Québec pendant deux saisons, de 1989 à 1991.
Guy était une légende dans tous les sens du mot, et une icone pour une génération d'amateurs de hockey, non seulement au Québec, mais à travers tout le Canada. Il était un de mes joueurs préférés quand je grandissais et que je regardais Hockey night in Canada. Plus tard, j'ai eu la chance de jouer avec lui et d'être son cochambreur avec les Nordiques, et c'est quelque chose que je vais chérir pour toujours. Il a été une personne, un coéquipier et un mentor incroyable pour moi. J'ai appris tant de choses de lui alors que j'étais un jeune joueur et je suis reconnaissant pour tous les moments que nous avons passés ensemble durant ces deux années. De la part de le l'organisation de l'Avalanche du Colorado, j'aimerais offrir nos pensées et nos condoléances à toute la famille Lafleur. Repose en paix, Guy.
We honor the memory of an incredible teammate, and hockey player.
— Colorado Avalanche (@Avalanche) April 22, 2022
Sending our love to the Lafleur family in this time ❤️💙 pic.twitter.com/nzZtBRRhWq

















