Canada-Sad-badge-Lepage

GÖTEBORG, Suède – Les signaux qui pointaient vers l’élimination hâtive de cette équipe canadienne étaient nombreux. Ils l’étaient, du moins, pour ceux qui la suivent de près depuis le début du parcours qui l’a menée jusqu’en quarts de finale de ce Championnat mondial junior.

L’attaque manquait cruellement de mordant et les joueurs plus âgés, ceux censés sonner la charge, s’étaient faits bien discrets lors de la ronde préliminaire. Mais à l’interne, on nous répétait que tout était sous contrôle, que ce n’était qu’une question de temps avant que les choses débloquent.

La confiance, ou l’apparence de confiance, a tenu le coup… jusqu’à ce qu’elle soit véritablement mise à l’épreuve dans un match sans lendemain.

« On rentrait dans ce match-là, et évidemment qu’on se disait qu’on allait gagner, qu’on allait tout briser », a lancé le défenseur québécois Maveric Lamoureux après le revers de 3-2 contre la Tchéquie. « Dans notre tête, après on passait au tour suivant contre la Suède. De voir qu’on ne peut pas continuer, ça ébranle du monde. »

Rien n’a été brisé, mardi, au Scandinavium de Göteborg – à part peut-être les espoirs de médaille des joueurs de cette édition. Le grand déblocage que l’on voyait tant venir ne s’est jamais matérialisé : la Tchéquie a montré la porte de sortie aux doubles champions en titre dès les quarts de finale, une première depuis 2019.

« Nous sommes encore sous le choc en ce moment », a débité l’attaquant Owen Beck, qui avait triomphé en 2023. « Les émotions se bousculent dans nos têtes. Celle-là, elle est dure à avaler. »

La troupe d’Alan Letang a commencé ce duel du mauvais pied en accordant deux buts en première période. Dès lors, on savait que la commande serait lourde, non seulement parce que l’attaque était à plat, mais aussi parce que cette équipe n’avait pas encore démontré une force de caractère à tout casser.

Rendons à César ce qui lui revient : elle en a fait preuve pour combler ce retard de deux buts. Mais elle n’a pas suffisamment profité de ses chances pour prendre les devants, l’histoire de ce tournoi. Les Tchèques ont rôdé et ils ont frappé alors qu’il ne restait que 11,7 secondes à écouler au temps réglementaire.

« Nous n’avons pas pu nous mettre en marche, aller chercher le but important, l’étincelle dont nous avions besoin, a commenté Letang. Nous en avons parlé tout au long du tournoi : nous n’étions pas disposés ou nous ne trouvions pas un moyen de générer des deuxième et troisième chances.

« Nous devions être un peu plus déterminés pour rentrer à l’intérieur. Un peu plus désespérés »

C’était la première fois depuis le début de la compétition que Letang n’hésitait pas à mettre le doigt directement sur le bobo. Le pilote avait jusque-là évité de pointer le manque d’urgence dans le jeu de ses joueurs, surtout dans celui de ses gros canons.

Les Matthew Poitras, Matthew Savoie et Conor Geekie, notamment, n’ont pas eu l’impact offensif escompté, loin de là. C’est Macklin Celebrini, un chérubin de 17 ans, qui a dû transporter cette attaque sur ses épaules avec ses quatre buts et huit points en cinq matchs. 

Poitras, qui a été prêté par les Bruins de Boston, a marqué deux buts – un dans un filet désert et un autre dans un festival offensif contre la Lettonie. Geekie a lui aussi profité de ce match pour inscrire ses deux seuls buts du tournoi, et Savoie a été blanchi à ce chapitre.

« C’est le pire sentiment au monde, a lancé Poitras. J’ai l’impression que nous en avions beaucoup plus à offrir; nous avions une bonne équipe. […] Je serrais le bâton, j’avais de la misère à marquer. Je me sens comme si j’avais laissé tomber les gars, comme si j’avais laissé tomber le pays. »

Une leçon

Ces trois-là ne reviendront pas l’an prochain, mais d’autres éléments offensifs qui en ont arraché à leur première participation le seront. Les attentes vont être les mêmes, mais l’attention et la pression seront décuplées puisque le tournoi aura lieu en sol canadien, à Ottawa. 

Cette sortie hâtive leur servira assurément de leçon. C’est le propre des expériences comme celle-là.

Aucune nation ne peut être prise à la légère, et le niveau d’engagement doit toujours être à point, surtout quand on a une cible dans le dos, comme c’est le cas chaque année pour le Canada. 

« Cette défaite va les habiter et alimenter le feu en eux, a conclu Letang. Quand ils reviendront, ils seront affamés. Ils seront beaucoup plus déterminés, ils travailleront beaucoup plus sans relâche, et ils comprendront beaucoup plus le défi que pose ce tournoi.

« La ronde préliminaire peut sembler difficile. Quand tu atteins les quarts de finale, c’est une véritable montagne à gravir et tu as besoin que tous tes éléments poussent dans la même direction. »

Ça n’a tout simplement pas été le cas, cette année.

Contenu associé