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CHICOUTIMI – Parmi tous les gros noms qui se retrouvaient sur la liste de magasinage de Yanick Jean à l’approche de la date limite des transactions dans la LHJMQ, celui d’Alexis Bernier était encerclé à l’encre rouge et souligné à double trait.

Le directeur général et entraîneur-chef des Saguenéens de Chicoutimi était prêt à tout pour mettre la main sur le défenseur de 19 ans en provenance du Drakkar de Baie-Comeau.

« Il n’était aucunement question qu’on aille en séries sans avoir Alexis Bernier avec nous », a martelé Jean, dans les quartiers généraux de son équipe au Centre Georges-Vézina. « C’est un joueur unique par la dimension qu’il amène à une équipe. Ce sont des gars comme lui qui te font gagner en séries. »

Jouant le tout pour le tout cette saison, Jean est passé à l’action le 19 décembre, sacrifiant plusieurs choix de repêchage pour obtenir les services de Bernier. Il n’y a jamais eu de doutes dans l’esprit du grand manitou, même si sa cible revenait de loin.

À ce moment-là, Bernier en était sur les derniers milles d’un long processus de réadaptation de 10 mois – le résultat d’une opération au genou subie au mois d’avril. Il s’approchait lentement, mais sûrement, d’un retour au jeu après de longs mois d’attente.

« Ç’a été très difficile, je ne souhaite pas ça à personne, a lancé le principal intéressé. Je ne savais pas trop quel serait l’impact d’une blessure au genou. Quand on m’a dit que ça prendrait neuf mois de réadaptation, ç’a été une pilule difficile à avaler. J’ai passé presque sept mois sans patiner.

« J’ai réappris tranquillement à marcher, à tout faire. Ç’a été difficile, mais je suis vraiment fier de la façon dont j’ai réagi. J’ai abordé les choses un jour à la fois, et je me sens quasiment plus fort qu’avant. »

Ç’aura pris un autre mois avant que Bernier ne dispute son premier match dans l’uniforme des Saguenéens, le 23 janvier. Le pugnace arrière a maintenant 10 matchs derrière la cravate, et il retrouve graduellement ses repères – il a récolté quatre buts et deux aides à ses cinq dernières rencontres.

Cette prise de vitesse rapide est loin d’être une surprise pour le gardien Lucas Beckman, lui aussi acquis du Drakkar quelques jours plus tard. 

« Il y a des joueurs qui se laisseraient affecter bien plus par une aussi longue absence, a exposé le portier. C’est dur, 10 mois sans hockey, quand c’est ta vie. Alexis avait dans la tête de revenir plus tard. À Baie-Comeau, il arrivait le premier à l’aréna et il était le dernier à partir, même s’il ne patinait pas. »

La beauté de la chose, c’est qu’au sein de la brigade toute étoile construite par Jean – avec les autres acquisitions de Tomas Lavoie et de Jordan Tourigny – Bernier n’aura pas à en prendre trop sur ses épaules. La division des tâches est un luxe dont il peut se servir pour revenir à son niveau de jeu.

« La réalité, c’est que je n’aurai jamais besoin de jouer 28 minutes par match avec la brigade qu’on a, a illustré le choix de troisième tour en 2024. Chacun a ses responsabilités. Je me concentre sur l’aspect défensif et sur l’infériorité numérique. C’est mon pain et mon beurre, et ça va m’amener au prochain niveau. »

Un fatigant

Quand Jean parlait d’un joueur « unique », il le faisait en toute connaissance de cause. La rivalité entre les Saguenéens et le Drakkar – des rivaux de section – a toujours existé, et Bernier en a été l’un des principaux acteurs au cours des trois dernières saisons.

Pendant que le défenseur de 6 pieds 1 pouce et 202 livres faisait souffrir les siens, lui prenait des notes en vue de la grosse saison : « Je le voyais chaque année quand on jouait contre Baie-Comeau. Nos gars n’aimaient pas ça parce que ça voulait dire qu’ils allaient devoir l’affronter », a-t-il expliqué.

Et qu’est-ce que ça signifie au juste d’affronter Alexis Bernier?

« J’ai joué avec lui quand j’étais jeune, alors je le connais très bien », a commenté son coéquipier Émile Guité, un espoir des Ducks d’Anaheim. « C’est d’abord un très bon joueur de hockey, il peut être robuste et il aime parler sur la glace. Il te rentre dans la tête, il peut faire des petits coups tannants. 

« Il est vraiment fatigant, et sur la glace, il n’a pas d’amis. »

C’est exactement ce côté désagréable du sympathique jeune homme que Jean voudra exploiter quand les séries s’amorceront. Avec 11 matchs à jouer avant le début de la vraie saison, Bernier a encore un peu de temps pour revenir au sommet de son art.

« Je continue d’y aller un jour à la fois, et l’objectif est d’être à cent pour cent, physiquement et mentalement, au premier jour des séries, a-t-il conclu. Je ne veux avoir aucun doute. Ç’a été gros ce que j’ai vécu, alors je dois me laisser le temps. Déjà, je vois que les choses vont de mieux en mieux à chaque match. »