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Choix de premier tour des Nordiques de Québec au repêchage de 1993, Jocelyn Thibault a disputé 586 matchs au cours de sa carrière de 15 saisons dans la LNH. Il a porté l'uniforme des Nordiques, de l'Avalanche du Colorado, des Canadiens de Montréal, des Blackhawks de Chicago, des Penguins de Pittsburgh et des Sabres de Buffalo, signant 238 victoires. Il a été entraîneur des gardiens de l'Avalanche pendant deux saisons et il est aujourd’hui actionnaire du Phoenix de Sherbrooke dans la LHJMQ. Il collabore depuis plusieurs années avec l'équipe de LNH.com pour traiter des dossiers chauds devant les 32 filets de la Ligue.

La saison 2025-26 a beau être vieille de seulement 11 jours, on voit déjà que quelques gardiens sont en voie de rebondir.

Le premier nom qui me vient en tête est celui d’Igor Shesterkin chez les Rangers de New York. Le portier russe connaît un départ canon avec une moyenne de buts alloués de 1,00 et 125 arrêts sur 130 tirs en cinq matchs (efficacité de ,962), mais les Rangers montrent un dossier de… 2-3-1!

L’entraîneur Mike Sullivan mise sur deux des quatre meilleurs gardiens de la LNH au chapitre de l’efficacité – Jonathan Quick est à ,952 – et son équipe ne joue même pas pour ,500 (,417). Shesterkin montre un dossier de 2-2-1 et honnêtement, je ne me souviens pas d’un gardien ayant connu un tel départ sans être récompensé dans la colonne des victoires. C’est le monde à l’envers à Manhattan!

Les Rangers ne sont tout simplement pas capables de lui fournir le soutien offensif nécessaire pour gagner. Ils ont été blanchis trois fois cette saison, et si l'on exclut la victoire de 6-1 contre les Penguins de Pittsburgh le 11 octobre, ils n’ont marqué que cinq buts.

Cela dit, il est encore un peu tôt pour que Shesterkin ressente de la frustration. À mon avis, il doit être dans un bon état d’esprit, car il fait plus que le travail. Et après la saison difficile qu’il a connue, c’est sans doute particulièrement satisfaisant. En 2024-25, il n’a pas atteint le plateau des 30 victoires pour la première fois en quatre ans, et sa moyenne de 2,86 et son taux d’efficacité de ,905 étaient bien en deçà de ses standards.

Comme professionnel, tu te concentres sur ce que tu peux contrôler et ça, Shesterkin le fait à merveille jusqu'ici. De toute façon, les buts finiront par venir. Les Rangers sont premiers dans la LNH avec 182 tirs, mais ils n’ont que sept filets au compteur. On parle probablement plus d’une anomalie statistique que d’un véritable problème.

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L’autre gardien que j’avais bien hâte de revoir à l’œuvre est Jeremy Swayman, des Bruins de Boston. Cette saison, il n’est pas au coeur d’une dispute contractuelle et il a pu profiter d’un camp d’entraînement complet. Ça semble faire toute la différence.

Je n’ai jamais vécu une situation comme la sienne durant ma carrière, mais je sais une chose : quand tu rates une partie de ton camp d’entraînement à cause d’une blessure ou autre, tu t’exposes à un début de saison difficile, et il peut être compliqué de rebondir par la suite. C’est vrai dans tous les sports.

L’an passé, Swayman avait signé son contrat de huit ans et 66 millions $ à peine deux jours avant le début de la saison régulière et il a connu la pire campagne de sa carrière avec un dossier de 22-29-7, une moyenne de buts alloués 3,11 et un pourcentage d’arrêts de ,892.

Cette saison, les Bruins ont droit au vrai Swayman. Il a connu un match plus difficile contre les Golden Knights de Vegas jeudi – un revers de 6-5 – mais il affrontait une puissance de la LNH. Il avait cédé seulement deux fois sur 58 lancers lors de ses deux sorties précédentes.

À mes yeux, Swayman est l’un des éléments clés qui feront mentir ceux qui prédisent une saison de misère aux Bruins. Je ne dis pas qu’ils peuvent aspirer à la Coupe Stanley, mais ils ont encore plusieurs bons éléments, à commencer par l’ailier David Pastrnak et le défenseur Charlie McAvoy, deux des meilleurs joueurs de la LNH à leur position.

Et il ne faut pas sous-estimer la culture forte de cette équipe, qui s’est transmise entre les différentes générations de joueurs. Au fil des années, les Bruins ont aussi aligné des joueurs natifs du Massachusetts qui ont grandi en tant que partisans de l’équipe et qui étaient fiers de porter le chandail jaune et noir. On n’a qu’à penser au défenseur Jordan Harris cette année, mais j’ai aussi en tête d’anciens joueurs comme Charlie Coyle, Matt Grzelcyk et Ryan Donato. Quant à Swayman, il est né en Alaska, mais il a joué son hockey universitaire tout près de Boston, à l’Université du Maine.

Enfin, de l’autre côté du continent, j’aime beaucoup ce que montre Thatcher Demko avec les Canucks de Vancouver.

Le portier de 29 ans est un peu dans la même situation que Shesterkin : des statistiques solides – moyenne de 2,03 et pourcentage d’arrêts de ,929 – mais un dossier collectif de seulement 3-2-0.

Demko a déjà fait partie de l’élite de la LNH, comme en témoignent ses saisons de 33 et 35 victoires en 2021-22 et 2023-24, et je crois qu’il peut regagner ce statut, à condition que les ennuis de santé soient bel et bien derrière lui.

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Et c’est là tout le défi pour les Canucks et l’entraîneur Adam Foote : ne pas oublier son historique médical et résister à la tentation de le surutiliser parce qu’il connaît du succès.

En début de saison, certains entraîneurs ont tendance à surtaxer leur gardien numéro un dans le but d’engranger des points qui peuvent faire la différence lorsque tu te bats pour une place en séries en mars et avril. C’est un piège qui guette particulièrement les Canucks, qui veulent rebondir après avoir terminé à six points des séries éliminatoires la saison dernière.

Il est donc impératif d’avoir un plan précis pour Demko et de le respecter à la lettre.

C’est la raison pour laquelle les Canucks ont offert une prolongation de contrat de cinq ans à Kevin Lankinen le 21 février 2025. Il est un auxiliaire de luxe, un vétéran qui a fait ses preuves devant le filet de Vancouver, et Foote ne doit pas hésiter à lui faire confiance.

Shesterkin, Swayman et Demko ont tous le potentiel de faire pencher la balance pour leur équipe. Il reste maintenant à voir si ces bons départs vont véritablement se transformer en saisons de rédemption.

*Propos recueillis par Hugues Marcil, pupitreur LNH.com.