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TAMPA – Il y a fort à parier qu’on ne reverra pas un match comme celui-là de sitôt.

Non seulement parce qu’il s’est déroulé en plein air, à Tampa Bay, devant 64 617 amateurs dans un froid plutôt mordant. Mais surtout parce que tout, absolument tout, s’est produit dans cette spectaculaire victoire de 6-5 en tirs de barrage du Lightning de Tampa Bay face aux Bruins de Boston, dimanche.

« Honnêtement, je ne crois pas qu’il y ait eu bien mieux comme match extérieur dans l’histoire de la LNH, a lancé Jake Guentzel, après avoir tranché le débat en fusillade. Il y a eu un peu de tout. Ç’a été dramatique. En plus, ç’avait lieu dehors, à Tampa. C’est un match dont on va se souvenir pour le reste de nos jours. »

Il n’y a aucun doute là-dessus.

On savait que ce duel entre les deux rivaux de section sur d’impressionnantes lancées avait le potentiel d’être aussi explosif que les canons des bateaux pirates qui ont résonné toute la soirée au Raymond James Stadium, le domicile des Buccaneers dans la NFL. Mais jamais à ce point-là.

On tentera ici de résumer le match qui a duré plus de trois heures avec le moins de mots possible.

- Un but de Brandon Hagel dès la 11e seconde, un record dans un match extérieur ;
- Cinq buts sans riposte des Bruins, qui ont pris les devants 5-1;
- Un combat au centre de la patinoire entre les gardiens Andrei Vasilevskiy et Jeremy Swayman;
- Une remontée de quatre buts du Lightning, la plus importante de son histoire;
- Un but victorieux de Guentzel au troisième tour des tirs de barrage.

« On aurait voulu écrire ce scénario qu’on n’aurait pas fait mieux », a résumé Hagel. Il n’aura jamais si bien dit; même les créateurs de Disney n’ont pas autant d’imagination.

Il y a un moment, en milieu de deuxième période, où l’on semblait très, très loin de cette conclusion hollywoodienne. On se souvient même avoir employé le qualificatif « gênant » pour décrire ce qui se déroulait sous les yeux des milliers de braves floridiens emmitouflés dans des couches, et des couches, de cotons ouatés.

Le Lightning venait de montrer signe de vie en réduisant l’écart à 5-2 quand Vasilevskiy a décidé de générer lui-même l’étincelle – parce que ses coéquipiers semblaient aussi éteints que la foule. Il est monté à la ligne rouge centrale lorsque Swayman a asséné un coup de bouclier à son coéquipier Hagel après un coup de sifflet.

Le portier des Bruins a accepté son invitation, et les deux ont valsé le temps de quelques secondes au centre de la patinoire. Tout le monde était debout, même les joueurs retranchés du Lightning assis derrière nous, sur la galerie de presse. Les bruyants « Vasy! Vasy! Vasy! » ont sonné le réveil des locaux.

Jeremy Swayman et Andrei Vasilevskiy laissent tomber les gants pendant la Série des stades

Signe que le mercure venait de grimper – malgré les 5 degrés au thermomètre – certains partisans courageux ont décidé que c’était le bon moment pour retirer leurs manteaux et arborer la bedaine.

« Je ressens toujours un petit regain d’énergie quand mes coéquipiers laissent tomber les gants », a observé le gardien, qui se fait désormais surnommer Mike Tyson. « Je suis pas mal sûr qu’ils ont ressenti la même chose. »

Ç’a effectivement été confirmé aux quatre coins de l’immense vestiaire des Buccaneers, occupé momentanément par le Lightning. Cette valse a eu un réel effet sur le reste des troupes.

« En première moitié de match, nous étions complètement terribles, a argué Nikita Kucherov, qui a inscrit le but égalisateur et amassé trois aides. Tout le banc a senti l’énergie du stade. Dès ce combat, je pense que la vapeur avait été renversée. J’imagine que Vasy devait le faire. Il devait nous réveiller. »

Il faut aussi dire qu’avec toute l’animosité et l’énergie générée par cet évènement rarissime, les Bruins ont aussi perdu le contrôle. Ils ont été chassés cinq fois de suite en deuxième période, ouvrant grand la porte au Lightning qui a marqué trois fois avec l’avantage d’un homme pour s’approcher à un petit but.

« Si tu donnes 10 minutes de jeu de puissance à un gars comme Kucherov, tu commets une grave erreur, a résumé Marco Sturm, l’entraîneur des Bruins. C’est notre faute et j’espère qu’on va apprendre de ça. »

Le Lightning marque trois buts de suite en avantage numérique contre les Bruins

Même Kucherov était sans mot

Vous aurez compris que cette victoire laissera une marque indélébile dans l’histoire du Lightning – et deux points dans sa banque. Ce n’était peut-être qu’un match de février, bien loin de l’importance des deux conquêtes récentes de l’équipe, mais il s’est déjà taillé une place de choix dans le vestiaire floridien.

« On l’a fait pour les partisans, mais on l’a aussi fait pour notre équipe, a commenté le Québécois Yanni Gourde. C’était un match vraiment spécial. On a senti l’énergie du stade, et on a répondu présent. »

« On a coché toutes les cases ce soir, a dit Jon Cooper, habillé en Tony Montana. La météo était au rendez-vous dans un endroit où il ne fait jamais aussi froid. L’ambiance était phénoménale, la glace était en parfaite condition, les chandails des deux équipes sautaient aux yeux.

« Il y a eu une bataille de gardiens. 11 buts. Une séance de tirs de barrage. Tout est arrivé. C’est un match qui s’en va directement dans la boîte à souvenirs. C’était vraiment un moment spécial. »

Une chose est sûre, c’est qu’on parlera encore longtemps de ce 45e match extérieur de l’histoire de la Ligue. Et que ceux qui seront présentés dans les prochaines années auront fort à faire pour élever la barre.

« C’était juste fou, a conclu Kucherov. L’arrivée des équipes était folle, les amateurs étaient vraiment nombreux et le décor était super. Je n’aurais pas pu imaginer un meilleur évènement. Vous savez, je pense que nous venons de placer la barre bien haut. »