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Rarement aura-t-on vu un hockeyeur québécois partir d’aussi loin que Samuel Laberge pour atteindre la Ligue nationale de hockey.

L’attaquant de 26 ans des Devils du New Jersey a disputé ses deux premiers matchs dans la LNH, le 30 novembre contre les Flyers à Philadelphie et le 1er décembre à domicile contre les Sharks de San Jose, lui qui avait paraphé un contrat à deux volets pour la première fois de sa carrière le 25 novembre.

« Ça s’est super bien passé », a-t-il raconté lors de son passage sur le balado de LNH.com La Tasse de café. « Il y avait beaucoup d’émotions. Ma sieste d’avant-match, je n’ai pas dormi une seconde. J’étais très stressé. Quand j’ai sauté sur la glace pour mon tour de ‘warm-up’, pas de casque, j’avais une vision en tunnel. C’est un stress qui est un peu normal.

« Le deuxième match, je n’ai pas joué beaucoup, mais je me sentais très bien. »

Laberge a été blanchi lors des deux rencontres, mais la récolte de points était bien secondaire pour celui qui est reconnu comme un joueur d’énergie. Ce qui comptait le plus, c’est qu’il venait de disputer deux matchs dans la LNH, alors que quatre ans plus tôt, il se retrouvait dans la Ligue nord-américaine de hockey (LNAH) et travaillait dans le domaine de la construction.

Jamais repêché dans la LNH malgré une belle carrière avec l’Océanic de Rimouski de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, Laberge a passé deux saisons dans la Ligue américaine de hockey (LAH) avec les Stars du Texas, de 2017 à 2019. Puis à l’automne 2019, il a tenté de décrocher un contrat avec le club-école des Jets de Winnipeg, le Moose du Manitoba.

Mais sa tête était ailleurs.

« J’ai appris que mon père avait le cancer, a-t-il expliqué. Émotionnellement, j’ai trouvé ça très difficile. Je n’allais pas très bien. Je suis allé au Manitoba, mais après trois jours, j’ai dit au (directeur général) que je voulais retourner à la maison. Mentalement, je n’allais pas bien. J’ai décidé de retourner à la maison et de prendre soin de mon père et ma famille. »

Une décision qui aurait pu sonner la fin de sa carrière professionnelle. Laberge s’est trouvé un travail comme manœuvre dans le coffrage de béton, et la LNH ne semblait plus être qu’un rêve lointain.

C’est alors qu’il a reçu une offre des entraîneurs des Éperviers de Sorel-Tracy pour venir s’entraîner avec l’équipe afin de garder la forme et de se changer les idées. Il a finalement décidé de disputer la saison 2019-20 entière avec eux, terminant l’année avec 16 buts et 29 points en 33 matchs, au premier rang des buteurs du club.

Les Éperviers évoluent dans la LNAH, une ligue professionnelle québécoise où plusieurs anciens de la LNH ont joué depuis les années 1990. Mais ce n’est certainement pas un circuit utilisé comme tremplin pour faire ses débuts dans la grande ligue. Laberge est le premier à y parvenir. 

« Ils ont été super gentils avec moi, et ils m’ont vraiment aidé là-dedans, a expliqué Laberge. J’ai repris le goût de jouer au hockey, et j’étais proche de ma famille. J’ai pu passer du temps avec mon père, assister à ses traitements et voir comment il allait là-dedans. J’ai compris comment ça fonctionnait et qu’il était bien encadré. Ça m’a aidé à repartir.

« Je savais que j’avais déjà joué deux ans dans la LAH. Je me suis dit : ‘Prépare-toi, fais tes choses et réessaye. Comme ça, tu n’auras pas de regrets. »

Il s’est entendu avec les Americans d’Allen de l’ECHL pour la saison 2020-21. Il s’est retroussé les manches et a amassé 37 points en 50 matchs. L’automne suivant, c’est dans l’uniforme du Thunder d’Adirondack de l’ECHL qu’il a amorcé la campagne, avant d’obtenir un rappel avec les Comets d’Utica, le club-école des Devils, avec qui il a disputé 53 matchs. L’an dernier, il s’est établi à Utica pour de bon.

Cette saison, Laberge a récolté sept points en 13 parties avec les Comets. C’est avant tout son côté « papier sablé » et sa fiabilité défensive qu’on aime à Utica. Et, depuis le 30 novembre, au New Jersey.

« Dans ma tête, c’était clair que je voulais réessayer, a-t-il lancé. C’est un rêve que j’ai depuis que je suis tout petit de jouer dans la Ligue nationale. C’est sûr que c’est un parcours différent, mais j’ai travaillé fort et je suis vraiment content. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai joué deux matchs dans la LNH, et personne ne va pouvoir me l’enlever. »