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Le Repêchage 2026 de la LNH Upper Deck se tiendra les 26 et 27 juin au KeyBank Center de Buffalo. Le premier tour se tiendra le 26 juin (19 h HE; ESPN, ESPN+, SN, TVAS) tandis que les tours 2 à 7 auront lieu le 27 juin (11 h HE; NHLN, ESPN+, SN, SN1). LNH.com vous aide à vous préparer en vue de ce repêchage en vous offrant des profils des principaux espoirs admissibles à l'encan, grâce à des entrevues réalisées dans le cadre de la Séance d’évaluation des espoirs de la LNH (Combine) au KeyBank Center, qui s’est tenue du 1er au 6 juin.

BUFFALO – C’est l’heure du quiz!

Selon vous, combien de joueurs lituaniens étaient présents à la Séance d’évaluation des espoirs de la LNH au début du mois de juin à Buffalo? Combien sont nés à Memphis, aux Tennessee? Combien sont les fils d’anciens joueurs professionnels de basketball? Et finalement, combien de joueurs sont en mesure de parler quatre langues, dont le français?

Eh bien, Simas Ignatavicius est assurément le seul qui peut lever la main dans chacune de ces catégories. Il s’agit d’une des raisons pour lesquelles l’attaquant retenait l’attention à la Séance d’évaluation des espoirs (Combine), à Buffalo.

L’autre raison, c’est son gabarit. À 6 pieds 3 pouces et 201 livres, le produit du club Genève-Servette de la National League en Suisse ne passait pas inaperçu dans les corridors du KeyBank Center.

Sur la glace, Ignatavicius se fait également remarquer. L’attaquant de 18 ans, qui est classé au 10e rang des espoirs européens par le Bureau central de dépistage de la LNH, peut frapper, mais surtout, il maîtrise de plus en plus l’art de créer de l’espace pour lui et ses coéquipiers grâce à sa forte stature face aux joueurs plus âgés de la National League.

« Quand je joue comme ça, je joue mon meilleur hockey », a souligné celui qui s’exprime dans un excellent français, en plus de parler lituanien, anglais, et quelques mots de russe. « Je sais que je suis grand et je connais mon rôle. Je sais que je dois jouer comme ''power forward''. Je dois finir mes mises en échec, je dois aller dans les zones difficiles, devant la cage et tout ça. Quand je joue comme ça, je sais que je peux aider mon équipe à gagner. »

Basketball et pizza

Mais revenons tout d’abord à l’improbable chemin qui a mené Ignatavicius à Buffalo. Son père, Mantas, a déménagé aux États-Unis au tournant des années 2000 afin de jouer au basketball pour l’Université High Point en première division de la NCAA pendant trois saisons. Une fois les études terminées en 2002, il s’est déplacé à plusieurs endroits en compagnie de son épouse Rita afin de poursuivre sa carrière professionnelle, s’arrêtant notamment à Memphis. C’est à cet endroit que Simas est né.

La famille est retournée en Lituanie par la suite. Mais encore là, rien ne destinait Simas à devenir un hockeyeur. Le basketball aurait été un choix logique, et son père poussait en ce sens, mais Rita, qui a elle-même joué au handball à un haut niveau, a insisté pour que son fils puisse expérimenter d’autres disciplines.

C’est alors qu’une visite au centre commercial de Vilnius, dans lequel se trouvait une patinoire, a tout changé.

« J’étais allé manger une pizza avec mon père, et il y avait un entraînement, a-t-il expliqué. Quand j’ai vu cela, j’ai dit à mon père que je voulais vraiment essayer. Il en a parlé à ma mère et ils m’ont permis d’essayer. J’ai fait un premier entraînement sur glace avec une équipe, et j’ai adoré. J’ai dit à mes parents que c’est vraiment le truc que je veux faire. »

Ignatavicius profil FRENCH

Son père a rapidement compris que le basketball venait de tomber aux oubliettes. Mais encore fallait-il trouver un moyen de disputer du hockey compétitif, ce qui n’allait pas être possible en Lituanie. Le pays est classé au 25e rang mondial et ne compte que 10 patinoires aux grandeurs de l’IIHF et environ 1500 joueurs.

C’est lors d’un tournoi en Russie à l’âge de 11 ans qu’Ignatavicius a été découvert par le Québécois Doug Boulanger, qui était alors l’entraîneur de l’équipe nationale junior de la Lituanie. Celui-ci l’a invité à un camp en Suisse, où Ignatavicius a attiré l’œil du programme de développement de Genève-Servette, qui lui a finalement fait une place.

« Je suis parti tout seul à 12 ans en Suisse, à Genève, et j’ai habité trois ans en famille d'accueil avant que mes parents viennent me rejoindre, a raconté Ignatavicius. Si j’étais resté en Lituanie pour faire mon développement, je pense que je ne jouerais même plus au hockey. »

Un cheval à son affaire

Retour à notre époque. Cette saison, Ignatavicius a amorcé la saison dans la National League, un fait d’armes peu commun pour un joueur de 17 ans, en particulier avec une organisation de pointe comme Genève-Servette. Son temps de jeu était toutefois très restreint sous les ordres de l’entraîneur Yorick Treille. Toutefois, la promotion de l’ancien de la LNH Ville Peltonen à la barre de l’équipe au début du mois d’octobre a grandement aidé le jeune attaquant, qui a amassé trois points à ses trois premiers matchs.

« Ce n’est plus le même joueur entre le début et la fin de la saison », a souligné l’attaquant québécois Marc-Antoine Pouliot, qui vient de conclure un passage de cinq saisons à Genève. « C’est le genre de gars qui travaille et qui veut mettre toutes les chances de son côté. Ce n’est pas un gars qui se laisse aller ou qui veut aller faire le party. Il est vraiment concentré.

« Il a la génétique de son côté. J’ai joué 80 % de l’année avec lui et j’ai vraiment aimé ça. C’est facile de jouer avec lui, il accepte d’être ‘coaché’. Jouer à l’aile droite ou à l’aile gauche, ça ne le dérangeait pas. C’est vraiment un joueur polyvalent. »

Peltonen n’a que de bons mots à dire à propos d’Ignatavicius, soulignant à gros trait son éthique de travail, mais aussi son humilité, ce qui lui a permis d’être rapidement adopté par ses coéquipiers.

« C’est un bon jeune qui sait ce qu’il doit faire pour s’améliorer, et son humilité est une clé de son succès, a expliqué l’ancien des Panthers de la Floride, qui dirigera le HC Ajoie en National League la saison prochaine. « Lors des rencontres de fin de saison, je n’ai pas reçu de message comme quoi ses parents ou son agent voulaient me parler. Habituellement, avec un jeune joueur, ces gens veulent me rencontrer. Eh bien, c’est moi qui souhaitais rencontrer ses parents, parce qu’ils ont fait un si bon travail avec lui! »

Ignatavicius a finalement conclu la saison avec 16 points (neuf buts, sept passes) en 63 matchs avec Genève-Servette, saison et séries combinées. C’est toutefois un passage dans la Swiss League, la deuxième division du pays, en milieu de saison, qui a attiré l’attention des nombreux dépisteurs s’étant déplacés pour le voir jouer avec le HC Turgau, à l’autre bout du pays. Il a terminé cette excursion avec sept buts et 11 points en huit parties.

« Ç’a été un tremplin (pour la suite de la saison), a-t-il expliqué. Avec la pause olympique, Genève n’allait pas jouer pendant trois ou quatre semaines. Pour moi, c’était beaucoup trop, surtout à mon année de repêchage. Je devais jouer. »

Pouliot estime que Ignatavicius est revenu transformé de ce prêt, avec encore plus de confiance en ses habiletés et une compréhension plus pointue de ce qui allait lui permettre de connaître du succès.

« C’est un gars qui va bûcher le long des bandes, a expliqué Pouliot. Son style de jeu est puissant. C’est un cheval! Il est fort. Il travaille encore là-dessus, et c’est un gars qui peut encore prendre de la maturité physiquement. Mais pour un gars de 17 ans, il est en haut de la moyenne. Il n’y en a pas beaucoup des plus gros et plus forts que lui. »

Ignatavicius a déjà ciblé quelques éléments de son jeu qu’il veut peaufiner cet été, dont la vitesse de ses premières enjambées. Il a aussi hâte au jour où il pourra découvrir les petites patinoires nord-américaines, surtout qu’il semble taillé sur mesure pour le hockey des séries éliminatoires de la Coupe Stanley.

« Il a un style nord-sud et peut attaquer avec beaucoup de vitesse et en puissance plutôt qu’en finesse, a analysé le directeur européen du Bureau central de dépistage, Jukka-Pekka Vuorinen. Son coffre à outils est bien garni et il affiche de la maturité dans son jeu. Sa fiabilité dans les deux sens de la patinoire va également générer de l’intérêt dans la LNH. »

Les astres semblent alignés afin qu’Ignatavicius devienne le troisième joueur ayant grandi en Lituanie à être repêché dans la LNH après Darius Kasparatis en 1992 et Danius Zubrus, l’actuel président de la fédération de hockey du pays, en 1996. 

Avec un peu de chance, les prochains joueurs qui auront droit au même honneur n’auront pas découvert le hockey en mangeant une pizza, mais plutôt en regardant les exploits d’Ignatavicius à la télévision.