Cournoyer Dryden badge Chaumont

MONTRÉAL – « Les toasts rentrent mal ce matin. On vient d’en perdre un autre. Un autre qui part trop rapidement. Je trouve toujours ça triste. »

En ce samedi matin frisquet et pluvieux, Yvan Cournoyer interrompt son déjeuner pour parler de son ancien coéquipier et ami, Ken Dryden.

« On a appris le décès de Ken très tard vendredi soir. Ça m’a fait penser au décès de Jean Béliveau. On avait aussi reçu la mauvaise nouvelle tard le soir. À l’annonce du départ de Jean, je me retrouvais à Miami pour un tournoi de golf. J’avais reçu un appel à 5 h du matin pour parler de mon capitaine. Ce matin, mon téléphone a commencé à sonner à 4 h. Ce n’est jamais de bonnes nouvelles quand ça sonne en pleine nuit. »

Celui qu’on surnomme le « Roadrunner » ne s’y habituera jamais. La voix tiraillée, il lance cette petite phrase.

« Je m’ennuie beaucoup de Guy Lafleur. Je trouve difficile de les voir partir les uns après les autres. Il n’y a pas longtemps, c’était Guy et Mike Bossy, mais aussi le grand Gilles Lupien. Aujourd’hui, c’est au tour de Ken. Il n’avait que 78 ans, c’est trop jeune. »

« Je ne savais pas qu’il était malade, a-t-il poursuivi. Il y a deux ans, je l’avais revu pour un tournoi de golf avec les anciens de la dynastie des années 1970 au Mirage à Terrebonne. Il avait l’air bien. »

Cournoyer avait déjà quatre bagues de la Coupe Stanley avec les Canadiens quand Dryden a fait son entrée à Montréal à la fin de la saison 1970-1971.

« Rogatien Vachon s’était blessé et nous avions besoin d’un gardien, s’est souvenu l’ancien numéro 12. Ken n’avait pas beaucoup d’expérience. Cette année-là, il était une recrue pour les Voyageurs de Montréal, notre club-école. On connaît l’histoire. Il a gagné la Coupe Stanley en 1971 avec nous. Et il a gagné le trophée Conn-Smythe. »

« Dès ses premiers matchs avec nous, il était déjà super bon. Très rapidement, nous savions qu’il avait le talent pour devenir un très bon gardien dans la LNH. Ken représentait une exception comme gardien. Il était tellement bon. On dit souvent que les gardiens ne sont pas comme les autres joueurs. Ken ne parlait pas beaucoup, mais il travaillait toujours fort. Il avait une grande intensité, même dans les entraînements. Quand nous marquions un but contre lui à l’entraînement, nous étions heureux. »

« Il a connu une grande carrière avec le CH, a-t-il continué. Pour gagner en séries, tu as besoin d’un bon gardien. Avec Ken, nous avions le meilleur. »

Dryden, qui a soulevé la Coupe Stanley à six reprises lors d’une courte carrière de huit saisons avec le Tricolore, restera toujours connu pour sa posture comme gardien. Une image qui est gravée dans la mémoire de l’homme de 81 ans, comme dans celle de tous les partisans de hockey.

« Je le revois toujours dans sa position où il s’accote sur son bâton avec ses deux mains. J’ai une photo de lui chez moi dans cette posture. Je passe à côté de lui avec la rondelle et Ken ne bouge même pas. Il me regardait et il n’avait pas peur que je perde la rondelle. Il était toujours calme. »

Yvan Ken

À l’extérieur de la patinoire, Dryden détonnait pour d’autres raisons.

« Dans le vestiaire, Ken était un joueur de hockey. Mais quand il sortait de notre vestiaire, il redevenait lui-même, a expliqué Cournoyer. Il n’était pas comme les autres joueurs de hockey. Il avait un côté intellectuel. Il a voulu écrire un livre, il a écrit un livre. Il a voulu devenir un homme politique, il l’a fait. Il a travaillé dans l’organisation des Maple Leafs aussi. Il était un universitaire. Il a connu une aussi belle carrière à l’extérieur du hockey. »

Cournoyer et Dryden ont également partagé le même vestiaire lors de la Série du siècle en 1972 avec l’équipe canadienne.

« J’ai beaucoup de beaux souvenirs de Ken avec le CH, mais je repense aussi à la Série du siècle de 1972. Au début du tournoi, Ken se faisait critiquer pour son jeu. On le blâmait pour des défaites. Mais il a rebondi et il a aidé le Canada à battre l’URSS contre Vladislav Tretiak. »