Marc Joannette revient sur sa carrière 1500 matchs plus tard
L'officiel montréalais se classe au neuvième rang de l'histoire de la LNH au chapitre des parties arbitrées

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Jeudi, avant et pendant la rencontre entre les Rangers de New York et les Canadiens de Montréal au Centre Bell, Joannette a été honoré dans sa ville natale pour l'atteinte du plateau des 1500 matchs.
Né dans le quartier de Verdun, quelques kilomètres au sud-ouest du Centre Bell, l'officiel de 54 ans prendra sa retraite au terme de la présente saison. La fin d'une carrière qui aura duré 24 ans et qui aura été ponctuée de présences lors des finales de la Coupe Stanley de 2008, 2009 et 2018, de parties en plein air en 2008, 2014 et 2017, du Match des étoiles 2009, de la Coupe du monde de hockey 2004 et des Jeux olympiques d'hiver de Vancouver, en 2010.
Joannette est présentement neuvième au chapitre des matchs arbitrés dans la LNH, deux rangs derrière le toujours actif Kevin Pollock (1544). Au sommet de la liste se trouve Kerry Fraser, avec qui Joannette a travaillé lors de sa première rencontre le 27 octobre 1999.
Jeudi, entouré des collègues Frederick L'Ecuyer, Michel Cormier et Jonny Murray, qu'il a lui-même choisis, Joannette peinait à contenir ses émotions.

« C'était très intense, je dirais. C'est une soirée que je n'oublierai jamais. C'était incroyable. Je ne l'avais jamais imaginée ainsi », a confié Joannette de sa résidence de Rosemère, sur la Rive-Nord de Montréal. Il y reprenait son souffle avant de s'envoler pour Toronto samedi afin d'arbitrer la rencontre opposant les Maple Leafs aux Oilers d'Edmonton.
Avant le match, l'entraîneur-chef des Canadiens, Martin St-Louis, et celui des Rangers, Gerard Gallant, se sont dirigés tout juste à l'extérieur du vestiaire des officiels pour présenter à Joannette des uniformes sur lesquels son nom et le numéro 1500 y sont imprimés.
« Ce serait bien qu'il n'y ait aucune pénalité décernée ce soir », a blagué Martin St-Louis. Malheureusement pour l'instructeur du CH, les Rangers allaient marquer deux buts en avantage numérique dans une victoire de 4-3, quelques heures plus tard.
« Je vais assurément encadrer ces uniformes, a souligné Joannette. « Mon historique avec 'Marty' et Gerard date d'il y a longtemps. J'ai arbitré 'Marty' lorsqu'il jouait Midget AAA et je côtoyais Gerard lorsque j'allais à l'Auditorium de Verdun en 1982-83 pour y voir jouer Pat LaFontaine. Je me suis remémoré ces souvenirs avec les deux, jeudi. C'était un moment très spécial. »
Sur le point d'arbitrer son 1500e match dans la LNH!
— Canadiens Montréal (@CanadiensMTL) March 9, 2023
Game No. 1500 for referee Marc Joannette! #GoHabsGo pic.twitter.com/srLWU1XOQD
Le 1500e match de Joannette a eu lieu à Philadelphie. L'atteinte du plateau est survenue plus tôt que prévu, alors qu'il a été appelé d'urgence pour participer au match.
Il a toutefois choisi la rencontre à Montréal afin de célébrer le tout, sachant que sa famille et ses amis allaient pouvoir y vivre cette soirée spéciale en sa compagnie.
Les souvenirs sont nombreux depuis qu'il a participé à son premier camp pour arbitre, à 14 ans. Il a ensuite tracé sa voie dans le hockey mineur montréalais, puis le hockey junior. La LNH lui a donné un programme d'apprentissage de cinq ans lorsqu'il était officiel dans la LHJMQ, facilitant ainsi sa transition vers les rangs professionnels.
Joannette a accepté de s'entretenir de plusieurs sujets avec LNH.com :
Commençons avec quelques questions en rafale concernant ta carrière dans la LNH. Qui était le joueur le plus bavard?
« Matthew Barnaby. S'il ne parlait pas à moi, c'était à un autre joueur! Il dépensait plus d'énergie à parler qu'à jouer. »
L'entraîneur qui te faisait le plus sourire?
« Pat Quinn, pour son humour pince-sans-rire. J'étais si intimidé par lui à mes premières années dans la Ligue. Il avait de la prestance. Mais lorsque j'ai réellement commencé à écouter ce qu'il disait, je le trouvais amusant. Il passait ses messages avec humour. »
La foule la plus hostile de la LNH?
Philadelphie. J'ai eu quelques matchs intéressants là-bas. Le hockey a changé, mais lorsque j'ai commencé, les Flyers étaient une équipe difficile à arbitrer, particulièrement à leur domicile. Ils ont connu du succès avec cette manière de faire. »
La meilleure glace de la LNH?
Ça varie souvent. Edmonton l'a longtemps été, jusqu'à ce que la Ligue engage Dan Craig à titre de vice-président des opérations des installations. Los Angeles a aussi une très bonne glace maintenant.
L'amphithéâtre où tu préfères travailler?
« Il y en a plusieurs qui ont une signification particulière. Mais sur une base régulière, le Madison Square Garden de New York. »
Le meilleur aiguiseur de patins de la LNH?
« Paul Boyer (gérant de l'équipement des Red Wings de Detroit). Il est le numéro 1! »
L'aéroport que tu préfères et celui que tu aimes le moins?
« Mon préféré a toujours été celui de Charlotte, où j'ai notamment fait des escales. La température est rarement mauvaise là-bas. Celui que j'aime le moins? (Lester B.) Pearson à Toronto, mais LaGuardia à New York m'a occasionné plus de problèmes. »

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Qui est le joueur que tu aurais le plus aimé arbitré, toutes époques confondues?
« J'ai arbitré Connor McDavid, Martin Brodeur, Sidney Crosby, Alex Ovechkin, Mario Lemieux, Steve Yzerman, Nicklas Lidstrom, Raymond Bourque. Mais j'ai tout juste manqué 'La Merveille' (Wayne Gretzky). Je l'ai manqué d'une année. J'aurais aimé être sur la glace avec lui pour le voir jouer. »
Les joueurs recrues font souvent un tour de glace en solitaire avant leur premier match. As-tu eu un tel moment lors de ton premier match dans la LNH?
« Oui, ils m'ont fait patiner seul à mon premier match. Le tour de glace, c'est une tradition. C'est correct. Nous avions eu un souper d'équipe la veille. Ils m'ont souhaité la bienvenue de la bonne manière, car un premier match dans la LNH est inoubliable. Je me souviens d'avoir travaillé lors du calendrier préparatoire avec Paul Devorski à Vancouver, lors d'un match entre les Canucks et les Red Wings. Tous ces gros noms patinaient près de moi. Après la première période, 'Devo' m'a crié 'Hey Jo, nous ne sommes pas là pour regarder! Commençons à décerner des pénalités!' J'ai rapidement compris que je n'étais pas là pour admirer les joueurs, j'étais là pour les arbitrer.
As-tu gardé un souvenir de ton premier match, à Buffalo, et comptes-tu en garder un de ton dernier, le 4 avril à Montréal?
« Absolument. Je collectionne les rondelles. Ça rend mon épouse, Katie-Line, folle parce qu'on ne sait plus où les mettre. Je dois en avoir près de 400, en remontant au hockey mineur.
Quand tu étais enfant, quel joueur t'imaginais-tu être lorsque tu jouais à l'extérieur?
« Guy Lafleur. C'est l'un des plus grands joueurs de l'histoire et une légende à Montréal. J'avais des mains, mais pas la vitesse pour jouer à son niveau. Mais je prétendais que j'étais le numéro 10 sur la glace. »
Avec quelle personnalité du monde du hockey as-tu eu une rencontre mémorable?
« Guy Lafleur, à Kraft Hockeyville de 2008 à Roberval. Nous nous sommes rencontrés dans l'ascenseur. Je pensais qu'il allait fracturer ma main lorsque nous nous sommes donné une poignée de main. Il m'a fait sentir comme si on se connaissait depuis toujours, mais c'était la première fois qu'on se rencontrait. J'ai arbitré le match de Hockeyville, avec Justin St-Pierre, qui est de la région. Buffalo affrontait Montréal, mais Justin a eu droit à un accueil plus chaleureux que les deux équipes. C'était incroyable. »
En parlant d'arbitres qui se font applaudir, tu as dû rater des matchs qu'une seule fois dans ta carrière, quand tu t'es fracturé le péroné lors d'un match à Boston, le 30 novembre 2021. Tu as été applaudi par les amateurs alors que tu quittais la patinoire. Était-ce la seule fois?
« Oui, jusqu'à (jeudi dernier) ai Centre Bell. Oh, et à mon 1000e match à Montréal (le 17 octobre 2015). »
Quel a été le moment où tu es passé le plus près de rater un match, peu importe la raison?
« C'est passé proche plusieurs fois, mais pour celui du (4 avril 2014 à Detroit), Don van Massenhoven m'avait choisi pour travailler lors de son dernier match dans la LNH. Je devais m'envoler pour Detroit avec mon épouse et arriver la veille pour un souper d'équipe. Mais deux jours avant, j'ai reçu un appel où on m'a dit que je devais remplacer un arbitre blessé à Toronto le soir du souper. Mon épouse est venue au match à Toronto, puis nous devions nous envoler pour Detroit pour le match de Don. Le vol était à 10 h, sur un très petit et bruyant avion. Le pilote nous a dit que son réservoir d'essence était plein, mais que le plafond nuageux était très bas à Detroit, et qu'on pouvait tourner autour de l'aéroport pendant une heure, mais que si nous ne pouvions atterrir, il allait revenir à Toronto. Bien évidemment, une fois à Detroit, le brouillard était trop épais, et nous sommes revenus à Toronto. Le vol suivant n'était pas avant 16h30, 17 h. J'ai dû conduire. Il mouillait à siaux de Toronto à Detroit, et les essuie-glaces ont fonctionné à plein régime durant les cinq heures du voyage. Quand nous sommes arrivés dans le lobby de l'hôtel, Donny et les juges de lignes Greg Devorski et Steve Miller se préparaient à partir pour l'aréna. C'était son dernier match, donc c'était vraiment important. J'ai couru à ma chambre, j'ai mis mon complet et je suis parti pour l'aréna. C'était vraiment serré. »
As-tu conservé ton premier sifflet?
« (Rires) Il est vraiment dégueulasse celui-là, parce que je n'avais pas d'argent pour en acheter d'autres. Il est quelque part, dans un sac de plastique. »
Tu es originaire de Verdun, endroit où 17 joueurs de l'histoire de la LNH ont vécu, tout comme Scotty Bowman, l'entraîneur avec le plus de victoires de tous les temps. Les trois dernières saisons de Bowman dans la LNH ont été tes trois premières. As-tu une histoire l'impliquant à raconter?
« Nous sommes presque voisins à Verdun. J'ai grandi sur la 6e avenue, il a grandi sur la 5e. Scotty Bowman, c'est une légende. Ça ne fonctionne plus comme ça aujourd'hui, mais dans le temps, la Ligue envoyait un courriel aux arbitres deux semaines avant la fin de la saison pour indiquer qui allait travailler en séries. Scotty dirigeait les Red Wings en 2001-02. Je ne sais pas s'il savait que j'étais de Verdun, mais lors d'un match, il m'a fait venir au banc, et il m'a dit : 'Bravo le jeune! Tu vas arbitrer en séries et tu vas très bien faire'. C'était la première fois que je parlais avec M. Bowman, et ce sont les premiers mots qu'il m'a dits. Lors de mon premier match en séries, Detroit jouait à Vancouver (rires), et c'est bien possible que Scotty n'avait plus la même opinion de moi! (Les Red Wings ont perdu le match 4-3 en prolongation). »

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En près d'un quart de siècle dans la LNH, qu'est-ce qui a le plus changé du jeu?
« La vitesse. C'était vraiment un gros changement en revenant du lock-out en 2005. C'était le changement de règlement le plus important historiquement lorsque nous nous sommes mis à pénaliser l'obstruction. La Ligue avait essayé dans les années précédentes de l'enrayer, mais une fois en séries, c'était difficile à maintenir. Après 2005, le département des opérations hockey a offert un soutien total aux officiels, et c'est à son honneur. Ç'a rendu le sport tellement meilleur. »
Les amateurs rendent la vie beaucoup plus facile pour les officiels qu'à une autre époque, surtout lorsque vient le temps de lancer des objets sur la glace. Quelle est la pire chose que tu aies vue depuis le début de ta carrière?
« J'ai arbitré pendant 11 ans dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, et je pense que c'est l'endroit où j'ai été témoin du plus d'affaires. À Laval, c'était complètement fou. Les partisans derrière le banc des pénalités apportaient des douzaines d'œufs. Tu te rendais au banc pour appeler une pénalité contre Laval, et tu recevais des œufs. La Ligue avait forcé le club à faire appel à une compagnie de sécurité. Une fois, en deuxième période, je voyais que les partisans causaient du trouble et je voyais que la sécurité se battait dans la foule. La période s'est terminée, la police est arrivée, et le chef de la sécurité s'est pointé et a dit : 'On s'en va!' Cette foule était vraiment intense. J'ai aussi arbitré au niveau Tier II, et quelqu'un m'a lancé une poêle à frire après ma décision de refuser un but. Il a sauté sur la glace, a été chercher la poêle, puis l'a relancée. C'est dommage que ce n'était pas à Laval, ils auraient pu faire une omelette! »

















