Vasilevskiy Lepage

MONTRÉAL – « Qu’est-ce qui s’est passé au dernier match? »

Andrei Vasilevskiy a répondu si vite à la question d’un collègue, qui insinuait qu’il avait des choses à se faire pardonner, qu’on se demande encore s’il a véritablement oublié ce qui s’est passé, il y a deux jours. Le tir plutôt anodin d’Alexandre Texier, la mitaine qui flanche, la victoire des Canadiens de Montréal par un but…

Tout ça n’a plus d’importance : le gardien du Lightning de Tampa Bay a effacé ce moment peu glorieux de la mémoire collective en y allant d’une prestation complètement dominante. Il a repoussé 30 lancers pour aider les siens à signer une victoire de 1-0 en prolongation, vendredi au Centre Bell, et à forcer la tenue d’un match ultime, dimanche, à Tampa Bay.

« Il a tendance à oublier rapidement, a rappelé Jon Cooper. Ça fait plusieurs années que je le vois à l’œuvre : plus grand est l’enjeu, plus intense est le match, plus il se lève. On va qualifier ce match de duel de gardiens parce qu’il n’y a eu qu’un but en prolongation, mais c’est surtout le timing de ses arrêts qui était à point. »

Qu’importe s’il s’en souvient ou pas, il faut appeler un chat un chat : Vasilevskiy devait se racheter après le cadeau offert à Texier. Et il l’a fait « en tabarouette », comme l’a si bien dit Charle-Édouard D’Astous.

« Je savais qu’une erreur serait coûteuse dans ce match », a simplement résumé le gardien.

TBL@MTL: Vasilevskiy se dresse devant Demidov

Ivan Demidov fait partie des joueurs du Tricolore qui passeront la nuit à ressasser les occasions ratées et les buts volés par le « Big Cat » (Gros chat). L’attaquant a été frustré à deux reprises de façon spectaculaire par son compatriote sur un jeu de puissance en deuxième période.

Lane Hutson, Cole Caufield et Josh Anderson font partie des autres joueurs qui ont cogné à la porte – sans succès. Vasilevskiy a stoppé tout ce qu’il voyait, et même ce qu’il ne voyait pas.

« Nous avons appris que nous avons le meilleur gardien au monde, a souligné l’attaquant Brandon Hagel. On le savait déjà, mais il a été incroyable. […] Quand il joue de cette façon, on n’a pas à se soucier de ce qui se passe derrière parce qu’on sait qu’il va réussir à faire les arrêts.

« Il faut lever notre chapeau à leur gardien (Jakub Dobes) aussi. Il a été excellent, mais de notre point de vue, c’est comme si on savait que Vasi n’allait pas accorder de but. »

C’est un peu l’impression qu’il donnait, même s’il a échappé quelques tirs et qu’il a regardé derrière à quelques reprises. Sa tenue n’avait toutefois vraiment rien de comparable à ce qu’il avait montré dans les cinq premiers matchs de la série, alors qu’il avait été surpassé par son vis-à-vis.

Cette fois, le maître est redevenu le maître. Dans un moment d’énorme tension, alors que la saison du Lightning ne tenait qu’à un fil, Vasilevskiy a démontré toute la valeur de son expérience. Il est resté de glace, même quand les 21 000 amateurs se sont mis à scander son nom pour le déconcentrer.

Or, il a été permis d’apprendre que le portier de 31 ans, en plus d’avoir la mémoire défaillante, a aussi une ouïe très sélective. Pendant un match, il n’entend que ses propres pensées.

« Je ne sais même pas ce qui s’est dit entre la troisième période et la prolongation, a-t-il dit le plus sérieusement du monde. J’étais seul dans ma tête. C’est la même chose avec la foule. Je n’entends rien. Je n’écoute pas grand-chose. Il y a déjà trop de choses qui se passent entre mes deux oreilles. »

Vasilevskiy devra conserver la même recette, dimanche. Et si le résultat est le même, le Lightning peut se permettre d’être optimiste quant à ses chances de rejoindre les Sabres de Buffalo au deuxième tour.