Rinne NSH star of game 2016

La cérémonie d’intronisation de la cuvée 2026 du Temple de la renommée aura lieu le 9 novembre. Patrice Bergeron, Cindy Curley, Carey Price, Pekka Rinne et Keith Tkachuk feront leur entrée au panthéon comme joueurs, et Brian Burke, comme bâtisseur. Aujourd’hui, le journaliste principal de NHL.com Dan Rosen dresse le portrait de Rinne.

À 17 ans, Pekka Rinne était en voie de devenir l’une des grandes vedettes du hockey récréatif pour adulte en Finlande.

Vingt-sept années plus tard, il s’apprête à être intronisé au Temple de la renommée. Non pas pour ses exploits de hockey récréatif, mais plutôt pour ses 772 matchs disputés dans la LNH.

Lointain choix de huitième tour au repêchage de 2004 – le 258e au total – Rinne a déjoué tous les pronostics et est devenu l’un des meilleurs à sa position pendant plusieurs années. Chez les gardiens totalisant un minimum 500 matchs d’expérience dans la LNH, il se classe au cinquième rang pour le taux d’efficacité (,917), au septième rang pour la moyenne de buts alloués (2,43), au 16e rang pour les jeux blancs (60), puis au 22e rang pour les victoires (369).

« Mon histoire n’est pas classique », admet Rinne d’emblée, dans une entrevue avec NHL.com.

Rinne n’était encore qu’un adolescent lorsqu’une intervention de Harri Hautamaki, son entraîneur de l’époque, a changé sa vie.

« Je jouais dans une petite équipe, le Kiekko-Laser, raconte-t-il. J’ai connu deux très bonnes saisons avec Harri, mais nous jouions en deuxième division finlandaise chez les juniors, donc les matchs étaient disputés à une échelle très locale. Nous ne voyagions pas beaucoup. »

Hautamaki voyait beaucoup plus grand pour son gardien.

« Après ma deuxième saison, je me suis assis avec lui et il m’a dit "Pekka, je ne te dirigerai plus". J’étais jeune, donc je me demandais si j’avais fait quelque chose de mal, mais il m’a ensuite dit que je ne devrais plus jouer dans cette ligue. "Tu dois avoir de l’ambition. Tu dois atteindre ton plein potentiel." »

Hautamaki est passé de la parole aux actes en lui dénichant un essai avec les Blues d’Espoo, une équipe junior d’un niveau supérieur en banlieue d’Helsinki, la capitale.

Rapidement, il a attiré l’attention du Karpat, l’équipe d’Oulu dans sa région natale, 600 kilomètres au nord d’Helsinski. Il a pris une chance avec le jeune gardien du coin, alors âgé de 17 ans, au sein de sa filiale junior.

« C’est à partir de ce moment-là que j’ai vraiment commencé à m’investir au hockey, indique Rinne. Je dois attribuer beaucoup de mérite à Harri, car avant ça, le hockey n’était qu’un passe-temps pour moi. L’été, je ne voulais pas m’entraîner. Je jouais au baseball, et lorsque la saison finissait, je me remettais au hockey. Il me fallait quelqu’un pour me dire de travailler plus fort et de rêver. Harri fut cette personne.

« Il y a une tonne d’autres personnes qui m’ont aidé, mais ce fut la première vraie intervention que j’ai reçue. J’ai réalisé qu’il avait raison, que je perdais mon temps, et probablement celui de tout le monde, si je continuais simplement de m’amuser, sans trop faire d’efforts. »

Après deux années chez les juniors, Rinne a été promu au sein du grand club du Karpat, en Liiga.

Niklas Backstrom, qui aura lui aussi connu une longue carrière dans la LNH avec le Wild du Minnesota et les Flames de Calgary, fut son premier acolyte dans les rangs professionnels finlandais. Rinne agissait comme adjoint. Il jouait peu, mais il gardait un bon état d’esprit et une bonne éthique de travail. Au fil du temps, il s’est formulé des buts et des aspirations.

« Au départ, j’avais presque peur de rêver trop grand, avoue Rinne. Mentalement, je n’avais pas les outils. Je n’avais pas d’ambition. Je pensais que j’en avais, mais finalement, j’étais simplement à l’aise auprès de mes amis, à pratiquer l’un de mes passe-temps. Oui, je voulais grimper au niveau supérieur, mais je ne faisais rien pour y arriver jusqu’à mon arrivée au Karpat. C’est là que j’ai vécu un certain choc culturel. »

Les Predators connaissaient Rinne grâce au dépisteur finlandais Janne Kekalainen. Le défunt Ray Shero, à l’époque DG adjoint de l’équipe, s’était rendu à Oulu pour épier Rinne. S’ils étaient chanceux, Shero et Kekalainen l’observaient en situation de match. Mais parfois, leur dépistage devait se limiter aux entraînements et aux échauffements d’avant-match.

L’équipe du Tennessee a néanmoins tenté sa chance en le sélectionnant au huitième tour. Dans la mouture à sept tours d’aujourd’hui, il aurait probablement été ignoré.

« Je savais que Nashville avait un intérêt, mais je n’aurais jamais cru être repêché, car j’avais déjà 21 ans », souligne Rinne.

Le gardien fêtait le solstice d’été dans un chalet avec des amis lorsque les Predators l’ont sélectionné. C’est son agent qui lui a appris la bonne nouvelle.

« J’étais très surpris, mais très fier, se remémore Rinne. Ça me laissait peu de chances de jouer dans la LNH, mais ça m’a donné un véritable élan de motivation et de confiance. C’était important pour moi d’être repêché. Je me suis mis à croire en moi. Quelqu’un avait vu quelque chose en moi. »

Rinne NSH Dan Ellis locker roon 2008

Pekka Rinne, à droite, avec son coéquipier Dan Ellis à sa première saison dans la LNH en 2008-09

Rinne est demeuré à Oulu pendant le lock-out de 2004-05 et a ensuite participé à son premier camp avec les Predators à l’automne 2005.

« Si je devais nommer un deuxième moment de révélation, c’en était un », soutient-il.

Mais pour une tout autre raison que le premier.

« Je me souviens d’un moment sur la patinoire avec Tomas Vokoun et Chris Mason. C’était probablement à mon tout premier entraînement avec les Preds. Dans ma tête, je me disais "je ne suis pas si loin". Discrètement, je prenais confiance », dit-il.

Rinne détonnait par son gabarit, ses qualités athlétiques, son esprit compétitif et sa mitaine, un attribut qu’il avait développé en jouant au baseball outre-mer.

« J’ai grandi avec un gant de baseball dans une main et une balle dans l’autre, dit-il. Mon père m’avait construit ce mur à l’extérieur. L’hiver, je plaçais un filet devant le mur pour tirer des rondelles, et mes cousins m’envoyaient devant le filet lorsqu’ils nous visitaient. Le reste de l’année, je me servais du mur pour lancer la balle et attraper le rebond. J’aimais attraper la balle. »

Le directeur des gardiens chez les Predators, Mitch Korn, qui agissait à titre d’entraîneur des gardiens pendant la première moitié de la carrière de Rinne, disait de ce dernier qu’il « attrapait les tirs bas avec sa mitaine comme s’ils étaient des roulants de baseball ».

En début de carrière, le jeu de Rinne était empreint d’énergie, voire d’exubérance. Au point où Korn et l’actuel entraîneur des gardiens, Ben Vanderklok, ont dû instaurer un certain cadre pour le géant de 6 pieds 5 pouces.

« J’avais un profil atypique. J’étais un peu désorganisé. J’avais appris à jouer au hockey ainsi. Je n’avais pas eu d’entraîneur des gardiens jusqu’à mon arrivée au Karpat. J’étais donc peu orthodoxe. Mitch m’a beaucoup aidé. Il m’a apporté un tout nouvel élément à mon jeu. »

« Je dois donner beaucoup de mérite à Mitch pour avoir canalisé ses qualités athlétiques, puis pour l’avoir rendu "carré" et plus fonctionnel », affirme quant à lui Barry Trotz, l’entraîneur-chef des Predators de 1998 à 2014. « Je dois aussi lui donner du mérite pour le travail qu’il a fait avec Pekka sur le plan mental, pour qu’il puisse oublier rapidement le dernier but ou la dernière erreur. »

Au fil du temps, Rinne est devenu plus économe dans ses déplacements. Il n’avait plus besoin de faire l’arrêt spectaculaire – il était déjà au bon endroit lorsque les tireurs s’élançaient. Il a aussi appris à utiliser son gabarit à son avantage. 

« Il est devenu un gardien bien différent », assure Mason, un ancien coéquipier devenu membre de l’équipe de diffusion des matchs des Predators. « Il mesurait 6 pieds 5 pouces, mais était accroupi si bas qu’il ne semblait plus aussi grand. Plus tard dans sa carrière, il se servait mieux de son gabarit. Il n’avait plus à être aussi agressif. Il portait attention aux déplacements qu’il devait faire dans son demi-cercle pour qu’il n’ait pas à plonger. Il montrait cette grande volonté d'améliorer son coffre à outils et évoluer. Il a connu certaines de ses meilleures saisons à la fin de sa carrière. »

Rinne NSH statue outside of arena

L’impact de Pekka Rinne fut si grand qu’une statue à son effigie se trouve à l’avant du Bridgestone Arena

Mason évoque avec raison la longévité de Rinne, car son apogée aura duré plus d’une dizaine d’années, un fait rare chez les gardiens.

En première moitié de carrière, il a cumulé 162 victoires en 314 matchs avec une moyenne de 2,39 buts alloués par match, un taux d’efficacité de ,918 et un total de 32 jeux blancs. En deuxième moitié, de 2014 à 2021, il a totalisé 206 victoires en 366 matchs avec une moyenne de 2,47, une efficacité de ,916 et 28 jeux blancs. Les deux fiches statistiques, vous l’aurez remarqué, sont presque identiques.

Mais c’est en deuxième moitié de carrière qu’il a réalisé ses principaux exploits, d’une participation à la finale de la Coupe Stanley en 2017 à la conquête du Vézina à titre de meilleur gardien de la LNH en 2018. Il a aussi participé aux matchs des étoiles de 2016, 2018 et 2019.

« Les gardiens comme "Peks" qui restent dans la LNH aussi longtemps évoluent, souligne Korn. Si vous vous penchez sur la LNH d’il y a 10 ans, et que vous la comparez à la LNH d’aujourd’hui, vous constaterez une évolution. À l’époque, Dominik Hasek a évolué, Grant Fuhr a évolué. Si tu n’évolues pas, tu laisses ta place plus rapidement. »

L’impact de Rinne se manifeste aussi dans la hausse fulgurante de la popularité du hockey à Nashville, devenue Smashville pour les partisans des Predators.

Le gardien finlandais était l’une des têtes d’affiche du Match des étoiles dans la capitale du Tennessee en 2016. Le week-end de festivités a engendré 25 millions $ de retombées.

L’année suivante, Rinne menait les Predators à leur toute première finale de la Coupe Stanley.

Il a ensuite participé au premier match en plein air de l’équipe le 1er janvier 2020, contre les Stars au Cotton Bowl Stadium de Dallas dans le cadre de la Classique hivernale. Rinne a bloqué 31 des 35 tirs dirigés vers lui dans une défaite de 4-2.

Deux ans plus tard, Nashville accueillait à son tour un match en plein air. Plus de 68 000 spectateurs sont venus assister à l’affrontement de la Série des stades opposant les Predators au Lightning de Tampa Bay au Nissan Stadium, domicile des Titans du Tennessee dans la NFL, le 26 février 2022.

Rinne avait déjà pris sa retraite à ce moment-là, mais son nom demeurait au cœur de l’actualité, car deux jours plus tôt, son numéro 35 avait été hissé dans les hauteurs du Bridgestone Arena. Il devenait le tout premier joueur des Predators à recevoir cet honneur.

Rinne NSH jersey number retirement

Le numéro 35 de Rinne hissé dans les hauteurs du Bridgestone Arena le 24 février 2022

« Je ne crois pas que quiconque ayant joué avec Pekka ait dit qu’il ne s’entendait pas avec lui. Tout le monde s’entend avec Pekka », indique Trotz.

Aujourd’hui, Juuse Saros est le gardien no 1 des Predators. Saros a saisi le flambeau des mains de Rinne en 2019-20. Même en étant un vétéran en fin de carrière, Rinne dit avoir beaucoup appris de son jeune coéquipier. À 5 pieds 11 pouces, Saros a dû peaufiner sa technique pour pallier son plus petit gabarit.

« Sa manière de placer ses lames de patin, d’occuper le bas de son filet, d’être patient lorsqu’il s’apprête à recevoir un tir… J’ai longtemps eu tendance à me mettre au sol et réagir rapidement, mais avec Juuse, je me suis mis à faire les choses de la bonne manière. Ça m’a aidé à mes dernières années dans la ligue. J’ai fini par connaître mes meilleures saisons alors que j’étais plus vieux. »

Rinne NSH being replaced by Saros 2020

Pekka Rinne, à gauche, dit avoir beaucoup appris de son jeune coéquipier Juuse Saros en fin de carrière.

Et son esprit compétitif est resté l’un de ses principaux atouts – en match comme à l’entraînement.

« Nous avions l’habitude, entre défenseurs, de prendre des tirs sur réception après l’entraînement », raconte son ancien coéquipier Shea Weber, intronisé au Temple l’an dernier. « Je voulais que nous travaillions là-dessus. Habituellement, cet exercice se faisait sans gardien, mais Peks se joignait à nous, car il voulait recevoir plus de tirs. Sans gardien, je visais le haut du filet, les coins et je ne me souciais pas vraiment d’où j’envoyais la rondelle. Avec Pekka, au début, je m’y prenais différemment, peut-être aux trois quarts de ma puissance maximale, mais il m’a rapidement chicané. »

Weber possédait l’un des tirs les plus puissants de la Ligue. Ce n’était rien pour déranger Rinne. 

« Il me criait de "tirer la foutue rondelle" avec quelques mots en finnois. Il me criait de tirer pour vrai. Alors je commençais à m’énerver et je lançais pour vrai, près des oreilles, et il tentait tout de même de faire les arrêts et de rester compétitif. J’avais le feu vert. Je ne voulais pas le frapper à la tête, mais il ne s’en faisait pas avec ça. Il me disait de lancer la rondelle comme je le ferais dans un match et qu’il allait l’arrêter. »

Trotz se souvient aussi que même quand les Predators perdaient 3-2 en étant dominés 45-15 au chapitre des lancers, Rinne, tel un compétiteur et un leader, prenait le blâme pour la défaite. 

« Pekka venait me voir pour s’excuser, se remémore Trotz. Je lui disais "Tu sais quoi, Peks? Tu as fait 42 arrêts et nous avons décoché 15 tirs au but. Nous ne t’avons pas beaucoup aidé". Mais il me répondait que ça ne changeait rien, qu’il aurait pu faire la différence.

« Quand les tirs de barrage ont commencé, tout le monde essayait de mettre de la pression sur l’autre équipe en choisissant de tirer en premier pour marquer, mais Pekka nous disait "laissez-les venir à moi en premier. Je vais faire l’arrêt. Vous n’aurez qu’à en marquer un ensuite". Très peu de gardiens avaient cette attitude. »

Il arrivait à Vanderklok de rappeler à Rinne de prendre le temps de savourer le moment, de mettre de côté son tempérament compétitif pour pouvoir pleinement s’imprégner de tout ce qu’il vivait.

Cela n’est jamais arrivé, à une rare exception près : lorsqu’il a remporté le trophée Vézina au terme de la saison 2017-18, alors qu’aucun match n’était prévu avant plusieurs mois.

« Le timing lui a permis d’en profiter, note Vanderklok. C’était une belle récompense et j’ai vu à quel point il était content. Je l’ai vu prendre une grande respiration, en profiter pleinement et vraiment vivre le moment présent. Il prenait des photos et me disait "Benny, regarde les noms sur ce truc!" Mais je me souviens aussi de lui dans l’avion, 24 heures plus tard, qui était déjà affairé à répéter l’exploit. » 

Rinne n’a jamais remis la main sur le Vézina, mais il a terminé dans le top-10 au scrutin en 2018-19. 

Il rivalisait avec Saros à l’entraînement pour obtenir du temps de jeu. Les deux sont devenus des amis très proches, alors que Rinne a pris son jeune compatriote finlandais sous son aile. Il l’a guidé jusqu’à ce qu’à 38 ans, Rinne décide que le temps était venu de laisser entièrement sa place.

Rinne NSH Global Series 2025

Pekka Rinne prend un autoportrait avec de jeunes partisans à Stockholm, en Suède, la saison dernière avant le match entre les Predators et les Penguins de Pittsburgh à la Série globale de 2025.

Rinne a joué son dernier match le 10 mai 2021. Il a réalisé 30 arrêts dans une victoire de 5-0 contre les Hurricanes de la Caroline, signant la 369e victoire et le 60e blanchissage d’une carrière à laquelle personne ne s’attendait.

« Il a terminé sa carrière en faisant encore partie de l’élite », conclut Mason.