PRICE BADGE CHAUMONT

MONTRÉAL – Il y a un seul Carey Price. Mais il y a plusieurs façons de le décrire. Brendan Gallagher, Tomas Plekanec, Andreï Markov, Phillip Danault et Jaroslav Halak posent leur regard sur leur ancien coéquipier qui fera son entrée au Temple de la renommée du hockey, lundi prochain, à Toronto.

Assis à son casier dans le vestiaire des Canucks au Rogers Arena le 1er octobre dernier, Gallagher sourit immédiatement quand on lui demande de définir ce qu’il ressent à l’idée que son grand ami devienne un immortel du hockey. 

« Je suis tellement fier de lui, a affirmé Gallagher. Il le mérite pleinement. Carey recevra l’hommage ultime pour un joueur de hockey avec son entrée au Temple. Il a dominé sa position pendant une dizaine d’années. À mon avis, il était même le meilleur joueur, toutes positions confondues, pendant un bon moment. J’avais le bonheur de jouer devant lui. »

Comme défenseur, Andreï Markov se retrouvait techniquement encore plus proche de Price que pouvait l’être Gallagher, un ailier droit. Invité à participer à un match des anciens au Canada Life Centre à Winnipeg le 24 octobre, Markov a également tenu à honorer le numéro 31.

« Premièrement, je tiens à lui dire bravo, a-t-il lancé. Il mérite pleinement cette reconnaissance. Pour moi, il était le meilleur gardien avec qui j’ai joué. J’aimais jouer devant lui. Je me sentais toujours en sécurité. Il facilitait le travail des défenseurs, il pouvait réparer nos erreurs. Il est aussi une bonne personne. Je suis heureux pour lui. »

À l’image de Markov, Tomas Plekanec portait déjà les couleurs du CH à l’arrivée de Price à Montréal en 2007-2008. Si Markov était le défenseur numéro un, Plekanec a campé un rôle de premier ou deuxième centre pour près d’une décennie à l’époque du gardien originaire d’Anahim Lake.

« Il était un gardien incroyable, un des meilleurs de l’histoire, a mentionné Plekanec. Mais Carey était aussi un coéquipier formidable et une très bonne personne. Je me trouve chanceux puisque j’ai joué longtemps avec lui. Je me réjouis de le voir obtenir cet honneur. Il fait partie des grands du hockey. »

Joint au téléphone de chez lui à Kladno, l’homme au col roulé a réfléchi quelques secondes avant d’encercler des moments marquants de la carrière de Price. 

« Je ne parviens pas à choisir un seul moment », a répliqué Plekanec, qui occupe un poste d’adjoint du Rytiri de Kladno dans l’Extraligua tchèque. « Je repense à plusieurs matchs. Je garde en tête des parcours en séries, comme celui de 2014 où nous avons perdu en finale de l’Est. Mais je n’ai pas le choix aussi de parler de sa saison où il a remporté les trophées Hart et Vézina (2014-2015). Il était dominant. »

PRICE PLEKANEC

Carey Price et Tomas Plekanec lors d'un match à Chicago en décembre 2014

Comme bien des partisans du CH, Plekanec n’a pas oublié la blessure de son gardien au premier match de la finale de l’Est contre les Rangers de New York en 2014 après une collision avec Chris Kreider.

« Je me poserai toujours cette question. Aurions-nous poursuivi notre route sans la perte de Carey? Je crois honnêtement que nous avions l’équipe pour gagner. J’aimais notre structure défensive et Carey était un mur devant le filet. Nous avions des chances d’aller jusqu’au bout. À mon avis, nous comptions sur une meilleure profondeur qu’en 2010 où nous avions aussi subi l’élimination en finale de l’Est (contre les Flyers de Philadelphie). Sans la blessure à Carey, on ne saura jamais ce qui serait survenu. »

Kreider, qui n’avait que 23 ans à cette époque, roule maintenant sa bosse avec le Tricolore. Un signe que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis cet incident.

« Je lui parle à l’occasion, Carey reste un bon ami, mais je ne lui ai pas demandé directement ce qu’il pense de l’acquisition de Kreids, a affirmé Gallagher. Mais le connaissant, je me doute qu’il est bien heureux de son arrivée avec le CH. Pricey n’a jamais été fâché contre lui, c’était un accident. »

Phillip Danault, quant à lui, a participé à l’unique finale de la Coupe Stanley de Price dans la LNH. C’était en 2021. Le CH avait perdu en cinq matchs contre le Lightning de Tampa Bay. 

« Carey a été tout un leader pour les Canadiens et pour une longue période, a dit Danault après la victoire de 5-4 contre les Penguins de Pittsburgh samedi. Ce n’est pas facile de jouer toute sa carrière à Montréal. Il avait le rôle du numéro un et il devait endurer la pression qui venait avec ce statut. Il était incroyable. J’ai atteint une finale de la Coupe avec lui et je n’oublierai jamais ce moment. »

Après cette finale de 2021, Price a réalisé un bref retour au jeu à la fin de la saison 2021-2022. Mais des soucis de santé avec ses genoux l’ont finalement forcé à accrocher ses patins.

PRICE FAMILLE

Carey Price salue sa famille au tout premier match de sa dernière saison dans la LNH, le 15 avril 2022

« On n’en parlait pas beaucoup dans le vestiaire, mais on savait qu’il endurait plusieurs blessures, a admis Danault. Il devait s’en douter qu’il approchait de la fin. Il restait encore plusieurs années à son contrat, alors il ne pouvait pas en parler facilement. Il y avait aussi Shea Weber qui était magané lors de ce parcours. »

Le mot meneur revient constamment pour définir l’héritage du numéro 31. Plekanec a insisté sur cette qualité de Price. 

« Il était un meneur incroyable. Comme personne et à l’intérieur du vestiaire, Carey n’était pas le plus bruyant, a précisé l’ancien numéro 14. Il restait dans sa bulle comme gardien, surtout avant un match. Mais quand il voyait que nous ne jouions pas bien ou que nous ne donnions pas un effort à 100%, il ne se gênait pas pour nous brasser entre deux périodes. Il gardait un discours positif, mais il voulait nous réveiller. Les gardiens n’osent pas toujours se lever à l’intérieur d’un vestiaire, mais Pricey se permettait de le faire. »

Une médaille d’or à Sotchi

Price n’a jamais soulevé la Coupe Stanley au bout de ses bras. Il a toutefois gagné la médaille d’or aux Jeux de Sotchi en 2014. Sidney Crosby était l’un de ses coéquipiers.

« C’était vraiment plaisant de remporter l’or à ses côtés en Russie, a mentionné Crosby lors de son passage au Centre Bell samedi. Carey a été un gardien dominant pour plusieurs saisons. Quand tu représentes le Canada aux Jeux olympiques, tu as la chance de croiser l’élite de ta profession.

« Il a indéniablement marqué les esprits, ici à Montréal, comme partout ailleurs dans la LNH, notamment par sa longévité au plus haut niveau, a poursuivi Crosby. C’est donc amplement mérité ; il était vraiment un gardien incroyable, tout simplement incroyable. »

Halak ou Price

Jaroslav Halak ou Carey Price? Cette question suscitait les passions après le printemps Halak de 2010. Pierre Gauthier avait tranché le débat le 17 juin 2010 en échangeant Halak aux Blues de St. Louis (contre Lars Eller notamment), faisant de Price l’homme de confiance à Montréal.

À Winnipeg dans le cadre de la Classique Héritage avec la présentation d’un match des anciens, Halak a reparlé de ce moment fort des dernières années du CH.

« Nous avons joué ensemble pour deux saisons complètes seulement (2008-2009 et 2009-2010). Nous voulions chacun jouer. J’ai fini par me faire échanger à St. Louis. C’était probablement le meilleur dénouement pour nous deux. Je devenais un numéro un avec les Blues et il était un numéro un avec le CH.

« Carey a connu une carrière incroyable. Je n’ai aucun regret. Je lui parlais quand je jouais contre lui. Je le saluais toujours. Il a connu d’incroyables saisons à Montréal, une ville où ce n’est pas facile pour les gardiens. Il a bien négocié avec ça. Il mérite sa place au Temple. »