GALLAGHER BADGE CHAUMONT 2

BROSSARD – Le regretté Gilles Tremblay n’a jamais eu le bonheur de décrire l’un des matchs de Brendan Gallagher à la Soirée du hockey. S’il le faisait aujourd’hui, il pourrait utiliser deux de ses classiques: l’expérience d’un Gallagher et le travail le long de la clôture.

Gallagher fait maintenant partie des meubles chez les Canadiens. Il est le plus vieux joueur de l’équipe et le plus expérimenté. S’il garde la même énergie et la même fougue sur la patinoire, ses cheveux trahissent son âge depuis déjà quelque temps.

Avec le départ à la retraite de David Savard, le petit ailier droit a saisi le flambeau du doyen de l’équipe.

« À 33 ans, je ne sais pas si je devrais nécessairement être le plus vieux joueur au sein d’une équipe de la LNH, a rétorqué Gallagher lors d’une entrevue avec LNH.com. Mais mes coéquipiers me le rappellent tous les jours. »

À travers la LNH, Gallagher est le 106e joueur le plus vieux. Mais à l’intérieur du vestiaire de la plus jeune équipe du circuit, il fait figure d’une présence paternelle pour les Ivan Demidov (19 ans), Lane Hutson (21 ans) et Juraj Slafkovsky (21 ans).

« Gally a une grande influence au sein du groupe, a noté Hutson. Il arrive toujours à l’aréna avec un sourire dans le visage et une énergie positive. Tu ne peux pas enseigner ça. C’est naturel chez lui. Il le fait depuis tellement longtemps. »

« Il aide les jeunes à s’intégrer dans une équipe, a poursuivi le gagnant du trophée Calder. Il est très bon sur le plan social. Il brise la timidité des plus jeunes en riant avec nous. »

Jake Evans insiste aussi sur l’âge de Gallagher avant de le décrire comme un modèle et un rassembleur.

« Il est le plus vieux à 33 ans, lance-t-il d’entrée de jeu pour se moquer de son bon ami. Sur la glace, il reste le même joueur, il est toujours très compétitif. Il montre l’exemple. À l’extérieur de la glace, il est le plus vieux joueur, mais il agit comme un des plus jeunes. Il aime rire avec tout le monde et il s’obstine avec les plus jeunes simplement pour le plaisir. Tout le monde aime Gally. »

Montréal comme deuxième maison

Avec l’âge vient inévitablement la longévité. Gallagher porte maintenant l’uniforme du CH pour une 14e saison. Chez le CH, Henri Richard et Jean Béliveau se partagent le sommet avec 20 saisons devant Maurice Richard (18 saisons) et Larry Robinson (17 saisons). Depuis les années 2000, seuls trois joueurs ont passé plus de temps à Montréal : Andreï Markov (16 saisons), Carey Price (15 saisons) et Tomas Plekanec (15 saisons).

Assis à son casier après un entraînement de l’équipe à quelques heures du départ pour Calgary, Gallagher découvre une statistique qui reflète sa longue association avec l’organisation.

« Je ne peux même pas vous offrir une estimation. Je n’en ai aucune idée. Quel est le chiffre ? »

Le chiffre, c’est 23. Comme seulement 23 joueurs qui ont connu une carrière de 14 saisons ou plus à Montréal.

« Avec les années, je peux dire que Montréal représente une deuxième maison pour moi, a affirmé le choix de cinquième tour en 2010. C’est ici que j’ai rencontré ma femme, c’est ici que ma fille est née et c’est ici que je vis depuis l’âge de 20 ans. Je porte ce chandail avec une grande fierté. J’y joue depuis longtemps, mais toutes les saisons m’ont procuré des défis différents. J’ai grandi avec cette équipe, je me suis développé comme un meneur et j’ai toujours cherché à jouer un rôle important, mais en le faisant à ma façon.

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« Plus tu joues longtemps, plus tu finis par réaliser pleinement ce que tu vis, a-t-il poursuivi. Je cherche encore à rester dans le moment présent. Mais il y a des moments où j’ai maintenant assez d’expérience pour prendre un pas de recul. Je repense au match d’ouverture au Centre Bell contre le Kraken. Je me revois au centre de la patinoire et j’entends encore le bruit de la foule lors de la présentation des joueurs. Je ne vivrai pas ça éternellement. Je suis plus près de la fin que du début. »

Un gros merci à Martin St-Louis

S’il en reste moins au compteur, Gallagher a encore de l’énergie dans son réservoir. Depuis l’an dernier, on le sent revivre. Une constatation que fait également Cole Caufield.

« Brendan est un gars spécial, a souligné l’Américain. Il est dans la LNH depuis longtemps et il a joué pour une seule équipe. Il aime Montréal, il aime son équipe. Depuis mes débuts avec le CH, Gally n’a jamais cessé de s’améliorer même s’il doit techniquement vieillir comme tout le monde. »

Auteur de 21 buts en 2024-2025, Gallagher connaît un bon départ après neuf matchs même s’il n’a pas encore trouvé le fond du filet. Il a récolté six passes jusqu’à maintenant, divisant son temps à l’aile avec Kirby Dach et Zachary Bolduc, mais aussi avec Evans et Josh Anderson.

Quand on lui parle de ce retour au Gallagher d’antan depuis l’an dernier, il identifie deux facteurs: la santé et l’influence de Martin St-Louis.

« La santé y est pour beaucoup. Pour être honnête, la présence en finale de la Coupe Stanley (2021) m’avait fait mal. J’avais plusieurs blessures. Lors du même été, ma mère est devenue malade. J’avais à jongler avec le cancer de ma mère et mon entraînement estival. Pour une première fois, je faisais passer un peu mes entraînements en deuxième. À mon retour au jeu la saison suivante, je n’étais pas le même joueur. J’étais magané, autant physiquement que mentalement. J’ai eu besoin d’une grosse saison ou même de deux saisons avant de remonter la pente.

« Je n’ai pas le choix aussi de remercier Marty (Martin St-Louis). J’ai construit une bonne relation très rapidement avec lui. Il m’a aidé à rebâtir ma confiance, mais aussi à jouer plus intelligemment en restant dans mes forces. J’ai besoin de jouer une saison de 82 matchs en restant le même joueur, mais en choisissant mieux mes combats. »

Dans l’une de ses nombreuses métaphores au cœur de la reconstruction du CH, St-Louis a dit plus d’une fois que certains joueurs planteront un arbre sans ne jamais avoir le temps de profiter de son ombrage. Avec une autre saison à son contrat après cette année à un salaire annuel moyen de 6,5 M$, Gallagher sent que l’ombre s’invite tranquillement sous l’arbre.

« Je crois en notre équipe. J’ai toujours cru à la reconstruction, je faisais confiance à nos dirigeants. Je vois l’amélioration. Nous avons traversé des tempêtes, mais j’ai le sentiment que les jours plus sombres ont fait de nous une équipe plus forte. Il y aura encore des tempêtes, mais nous sommes maintenant mieux outillés. Cette équipe est dans le bon chemin. »

En 14 saisons, Gallagher n’a jamais ressenti le poids d’un marché exigeant comme celui de Montréal, même lors des saisons plus sombres, comme celle en 2021-2022 où l’équipe a terminé au 32e et dernier rang de la LNH.

« Je suis peut-être naïf, mais je n’ai jamais connu une autre expérience dans la LNH. Je n’ai jamais trouvé ça dur ou trop lourd. Je veux gagner autant que les partisans. Quand tu peux jouer en séries à Montréal, il n’y a rien de comparable. J’aime dire que je souhaiterais à tous les joueurs de hockey de découvrir la folie du hockey à Montréal. Je suis chanceux de jouer ici. »