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« J’ai tellement appris de mes erreurs que je prévois en faire d’autres »

L’affiche ornant le bureau de l’entraîneur-chef des Coyotes de l’Arizona, André Tourigny, est évocatrice.

À sa troisième saison à la barre de l’équipe, Tourigny est un candidat marginal, mais bien présent dans les discussions concernant le prochain gagnant du trophée Jack-Adams, remis à l’instructeur de l’année dans la LNH. Une étoile montante qui dirige des étoiles montantes. Une étoile montante dans la LNH, du moins, car il a déjà fait ses preuves pendant 14 ans dans le hockey junior et même comme adjoint de l’Avalanche du Colorado et des Sénateurs d’Ottawa, de 2013 à 2016. De nombreuses saisons qui lui ont appris à chérir les erreurs, les analyser, puis à changer.

« Tu gâches des parcours, tu brises des relations, mais tu apprends de cela, raconte Tourigny. Pourquoi ai-je fait cela? Ai-je fait cela pour moi, ou pour lui? Souvent, on réalise qu’on fait cela pour se prouver quelque chose. Il faut donc mettre son ego de côté. »

L’homme de 49 ans a remplacé Rick Tocchet à la barre des Coyotes en juillet 2021, quelques semaines après une autre exclusion des séries éliminatoires en Arizona, une huitième en neuf ans.

Il était temps pour l’équipe d’avoir une nouvelle voix, un nouveau meneur et établir des bases de stabilité afin de tourner la page sur quelques saisons de marasme.

Tourigny a attendu longtemps cette occasion. Et lorsqu’elle est venue, il est pratiquement reparti de zéro : il a dû perfectionner son anglais, établir une relation avec ses nouveaux joueurs, puis remplacer des méthodes qui n’étaient plus dans l’ère du temps.

« J’étais un entraîneur sévère, de la vieille école, explique-t-il. J’ai réalisé qu’il y a une différence entre faire faire quelque chose à un joueur pour toi ou le faire faire pour ses coéquipiers. C’est ce que j’essaie maintenant de bâtir comme entraîneur. Tu essaies de faire développer un sentiment d’appartenance, de fierté et de camaraderie, pour donner le goût aux joueurs d’aller à la guerre les uns pour les autres. »

La stratégie porte visiblement ses fruits. De nombreux joueurs des Coyotes ont évoqué Tourigny, qu’ils surnomment Bear (Ours en français), lorsqu’on les interroge sur leur plaisir d’évoluer en Arizona et leur volonté de demeurer avec l’équipe. Chacun des parents de l’attaquant vedette Clayton Keller, séparément, a fait mention de la joie de leur fils depuis l’arrivée du nouvel entraîneur-chef.

« Je les ai payés pour qu’ils disent ça », lance Tourigny à la blague.

Le 23 août, le Trifluvien a paraphé une entente avec les Coyotes afin de demeurer à la barre de l’équipe pour trois autres saisons. La prolongation de cette association entre Tourigny et l’équipe a été un argument phare du maintien en poste d’attaquants comme Nick Bjugstad en Arizona.

« Bear et le reste du personnel d’entraîneurs y ont été pour beaucoup, de la manière dont ils dirigent et traitent les joueurs, affirme Bjugstad. C’était très important pour moi d’avoir un environnement de travail plaisant, tout en ayant la possibilité de s’améliorer même en étant un vétéran. »

Les joueurs de l’équipe dénotent sa patience, puis son habileté et son désir d’enseigner. Ils ajoutent qu’ils ont confiance en lui et que malgré ses exigences, il sait donner en retour.

« Et il sait saisir chaque joueur, a indiqué Keller dans un épisode de la baladodiffusion At the Rink. Je crois que tout le monde dans l’équipe te dirait qu’il est honnête. Il va droit au but, il ne fera rien dans ton dos. Il sait tourner la page. Lorsqu’il te chicane un soir, il te voit le lendemain et te parle comme si rien ne s’était passé.

« Il se soucie du joueur, mais aussi de l’individu à l’extérieur de la patinoire. Tout le monde le ressent. Et bien que nous disions que nous jouons pour les autres joueurs dans le vestiaire, nous jouons aussi pour lui et le reste du personnel. »

Derrière cette appréciation des joueurs, il y a eu plusieurs années de travail en amont.

Tourigny a amorcé sa carrière d’entraîneur-chef en novembre 2002, à la barre des Huskies de Rouyn-Noranda (LHJMQ). Il a occupé ce poste pendant 11 saisons. Le copropriétaire de l’époque, Pierre Cloutier, a vu de près sa passion et son désir d’excellence.

« Il était un entraîneur sévère et exigeant, mais il était assez intelligent pour ajuster ses méthodes. Il est constamment en évolution. Il a toujours su s’adapter, raconte-t-il. J’ai eu de très bons parents. Ils étaient très exigeants envers moi, mais me montraient tout de même leur amour. C’est ce qu’André était aussi. Il était assez intelligent pour cerner le meilleur message à passer à chacun de ses joueurs. »

Une demande d’échange de l’un de ses joueurs, en 2008, est toutefois encore gravée dans la mémoire de Tourigny, 15 ans plus tard. Un mauvais souvenir pour l’instructeur.

« J’avais un très bon joueur envers qui j’étais très sévère, mais que je traitais néanmoins comme s’il était mon fils, se remémore-t-il. Je l’aimais beaucoup. À un certain moment dans sa carrière, il a eu besoin de changement. Ça m’a ouvert les yeux. Je me suis demandé comment nous en étions arrivés là. »

Les Huskies venaient d’atteindre la finale de la LHJMQ. Tourigny a pris le temps de se remettre en question, surtout concernant sa manière d’agir et de discuter avec ses joueurs.

« Je me suis demandé : ‘’As-tu gâché son parcours? Comment est-ce possible?’’ J’avais pourtant une belle relation avec lui, selon moi. Nous avions eu du succès ensemble. Ce fut un point tournant concernant ma manière de diriger. »

L’émotif et fougueux Tourigny a appris à refouler sa colère jusqu’à ce qu’il puisse s’exprimer avec amour et compassion.

« Parfois, on fait des choses sur le coup de l’émotion et on traverse la ligne, explique-t-il. J’ai appris de cela. J’ai appris à connaître du succès en changeant mon approche. C’est donc devenu facile d’y adhérer en tout temps.

« C’est important que les joueurs laissent leur ego de côté, mais c’est également important que les entraîneurs le fassent. »

Et le changement d’attitude de Tourigny a bien été pris en compte lorsque Bill Armstrong l’a embauché. C’est la première chose qu’il a remarquée de l’instructeur, arrivé directement des rangs juniors.

« Il a un effet sur les joueurs, décrit le DG des Coyotes. Ils aiment jouer pour lui, travailler fort pour lui et depuis son embauche, ça n’a pas changé… Il rend chaque joueur important et investi au plan de match. C’est l’une de ses forces et elle se reflète par le retour de plusieurs de nos joueurs avec l’organisation depuis qu’il est ici. »

La troisième campagne de Tourigny en Arizona en sera une importante.

« Je sens l’urgence, affirme-t-il. Il faut s’assurer de ne pas tout gâcher. Il faut s’assurer d’être quotidiennement à notre meilleur, car ce sera difficile. Parfois, on dit cela aux gars qui arrivent de la Ligue américaine de hockey et qui ont une occasion de se faire valoir. On croit parfois qu’ils jouent avec un sentiment d’urgence et j’adhère à cela.

« C’est la même chose avec un entraîneur. Lorsque tu travailles aussi longtemps avant d’avoir une occasion, il faut approcher chaque match comme un match 7. »

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