REID BADGE LEPAGE

Chase Reid a reçu sa part de claques au visage dans les dernières années. Le défenseur américain aurait eu toutes les raisons de se laisser abattre et de baisser les bras.

Au lieu de ça, il s’est retroussé les manches pour se hisser parmi les meilleurs espoirs de sa cuvée. Quatrième espoir nord-américain selon le Bureau central de dépistage de la LNH, il peut désormais aspirer à une sélection hâtive en juin prochain – une éventualité qui semblait impossible il y a un an à peine.

Il venait d’être ignoré par la formation américaine en vue de la Coupe Hlinka-Gretzky, et avait été retranché par les Blackhawks de Waterloo, dans la USHL.

« J’étais au point le plus bas de ma carrière », a confié sans détour le jeune homme de 18 ans.

Jugé trop moyen pour jouer dans la ligue junior américaine, il a dû se rabattre sur la NAHL – une ligue junior de second ordre. C’est là qu’il a compris qu’il devait prendre sa carrière en main, sans quoi son rêve d’un jour accéder à la LNH allait lui glisser entre les mains.

« Le fait d’abandonner ne m’a jamais passé par la tête, a-t-il poursuivi en entrevue avec LNH.com. Je me disais que je devais simplement travailler plus fort, que ce que je faisais à l’époque n’était pas suffisant. J’ai poussé plus de fonte, je suis resté plus longtemps sur la glace et j’ai travaillé sur les détails de mon jeu.

« J’ai l’impression que j’en récolte maintenant les fruits. »

C’est peu dire. Après 18 matchs avec les Bobcats de Bismarck en 2024-25 – et après les changements de règlements sur les transferts entre la Ligue canadienne de hockey (LCH) et la NCAA – Reid a vu la porte s’ouvrir pour lui avec les Greyhounds de Sault Ste. Marie, dans la Ligue de l’Ontario (OHL).

On lui offrait là-bas la chance de relancer sa carrière et de poursuivre son développement à un niveau de jeu auquel on croyait qu’il appartenait. Il n’a pas mis de temps à le prouver. Le droitier a amassé sept buts et 40 points en 39 matchs en plus de maintenir un différentiel de +32.

« On l’a lancé dans le feu de l’action dès son arrivée, a expliqué son entraîneur John Dean. On lui a donné toutes les chances de se faire valoir et il les a saisies. Sa transition s’est vraiment faite en douceur, et il a été comme un sauveur pour nous. Il nous a aidés à participer aux séries éliminatoires.

« Quand il est arrivé, nous étions en difficulté. Il nous a offert du sang neuf à un bon moment. Il a eu toutes les chances, mais il y a des joueurs qui en ont autant et qui n’en profitent pas comme Chase l’a fait. »

La différence, c’est que Reid – du haut de ses 6 pieds 2 pouces et 188 livres – a eu droit à des signaux d’alarme que d’autres n’ont pas avant d’en arriver à ce stade de leur carrière. Il a vu ce que c’était de dégringoler dans l’estime des décideurs dans des années charnières de son développement.

Et il ne veut plus jamais revivre ça, même si avec du recul, il est le premier à admettre que ç’a été une bonne leçon d’humilité.

« Il est extrêmement fort mentalement, a vanté Dean. Il croit en ses moyens, et il est très motivé par tout ce qui s’est passé. Il n’est pas du genre à laisser traîner des choses qui ne le satisfont pas. Quand quelque chose le fatigue, je vois son regard changer un peu, et il s’assure que ce soit corrigé.

« Peut-être qu’il ne serait pas d’accord avec moi, mais je crois que ces retranchements ont été la meilleure chose qui pouvait lui arriver. Ç’a allumé un feu en lui, et vous voyez où ça l’a mené. »

Énorme potentiel

Reid est maintenant le pilier défensif des Greyhounds, et il poursuit sur sa lancée au chapitre offensif avec sa récolte de 16 buts et 43 points en 37 matchs. Il revient tout juste du Championnat mondial junior – l’équipe américaine l’a sélectionné, cette fois – où il a occupé un rôle sur le top-4 malgré son jeune âge.

Tout ça, c’est le résultat des bouchées doubles qu’il a prises au cours de la dernière année.

« Je deviens un défenseur beaucoup plus complet qui ne se concentre pas seulement sur l’attaque, a-t-il affirmé. Je continue de corriger mon jeu défensif et je veux devenir un joueur fiable dans toutes les situations. Un joueur qui peut marquer si l’équipe en a besoin, mais qui peut aussi défendre une avance en fin de match. »

Il décrit un peu ici le rôle d’un défenseur de première paire, et c’est exactement ce que plusieurs commencent à voir en lui en prévision du prochain niveau.

« C’est un gros droitier qui voit et pense bien le jeu, observait le dépisteur du Bureau Nick Smith dans une vidéo publiée par la LNH. Il rend ses coéquipiers meilleurs. Je crois qu’il peut devenir un défenseur no 1 au prochain niveau. »

Ça peut paraître gros comme affirmation, mais Smith n’est pas le seul à le penser. Après le grand virage que Reid a orchestré, ils ne sont plus nombreux à vouloir parier contre lui.

« J’ai aussi vu cette vidéo, a rigolé Dean. Chase a tous les outils : le gabarit, l’intelligence et la force. Il est très motivé et il est un très bon être humain hors de la glace. Je ne vois pas ce qui pourrait l’empêcher d’atteindre ce potentiel. Je me doute bien qu’il va y parvenir. »