Choix de premier tour des Nordiques de Québec au repêchage de 1993, Jocelyn Thibault a disputé 586 matchs au cours de sa carrière de 15 saisons dans la LNH. Il a porté l'uniforme des Nordiques, de l'Avalanche du Colorado, des Canadiens de Montréal, des Blackhawks de Chicago, des Penguins de Pittsburgh et des Sabres de Buffalo, signant 238 victoires. Il a été entraîneur des gardiens de l'Avalanche pendant deux saisons et il est aujourd’hui actionnaire du Phoenix de Sherbrooke dans la LHJMQ. Il collabore depuis plusieurs années avec l'équipe de LNH.com pour traiter des dossiers chauds devant les 32 filets de la Ligue.
L’émotivité et la compétitivité de Jakub Dobes le servent bien depuis le début de sa carrière, mais ces qualités peuvent s’avérer un couteau à double tranchant pour le gardien des Canadiens de Montréal.
On l’a constaté pas plus tard que mardi, en prolongation du match entre le Tricolore et les Sharks de San Jose. Dans le feu de l’action, alors que l’issue du match était en jeu, Dobes a commis un geste impulsif et inutile d’obstruction à l’endroit de Collin Graf, qui passait devant son filet pour aller appliquer de la pression sur Alex Newhook en zone offensive. Résultat : les Sharks ont obtenu un jeu de puissance et Macklin Celebrini leur a donné la victoire 20 secondes plus tard.
Ce revers a prolongé les déboires du gardien tchèque, qui n’a pas signé de victoire en quatre départs (0-2-2) depuis une première sortie convaincante contre les Maple Leafs de Toronto le 29 septembre. Au cours de cette séquence difficile, Dobes a accordé 20 buts sur 116 tirs (pourcentage d'arrêts de ,828).
Dobes est un gardien qui carbure à l’émotion, mais il aurait avantage à être un peu plus en contrôle de ses sentiments. On sent qu’il est encore à la recherche du juste équilibre à ce chapitre. Et vous savez quoi? C’est parfaitement normal pour un gardien de 25 ans avec seulement 64 matchs d’expérience dans la LNH. Tous les athlètes passent par un tel processus durant leur carrière, et Dobes ne fait pas exception.
Comprenez-moi bien : Dobes ne doit pas se dénaturer pour autant. Son côté compétitif et le fait qu’il laisse paraître ses émotions sont une force chez lui.
Pensez aux dernières séries éliminatoires contre le Lightning de Tampa Bay et les Sabres de Buffalo. Dobes s’engageait régulièrement dans des échanges verbaux avec ses adversaires et ne se gênait parfois pas pour les narguer. On voyait qu’il jouait dans la tête des joueurs adverses, et il avait été fumant aux premier et deuxième tours, notamment dans les matchs no 7 remportés par les Canadiens. Si ces derniers ont atteint la finale de l’Association de l’Est, c’est en grande partie grâce au côté gamer de Dobes.
Reste que sa jeune carrière a été ponctuée de quelques séquences difficiles. Il y a celle qu’il traverse cette saison, mais également celle de l’an dernier, quand il avait conservé un dossier de 4-5-2 et accordé 38 buts en 11 matchs (10 départs) entre le 6 novembre et le 9 décembre 2025, avant de prendre son envol en deuxième moitié de campagne.
À mes yeux, la solution pour obtenir un peu plus de constance passe d’abord par un meilleur contrôle des émotions. Quand tu es calme, en contrôle et rassurant, ça se transpose au reste de l’équipe, qui joue avec beaucoup plus de confiance. En ce sens, un gardien a un rôle de leadership à jouer.
Mais Dobes aurait aussi avantage à miser sur un peu plus de structure dans son jeu. Quand la confiance le quitte et qu’il traverse une passe difficile, il devrait pouvoir se rabattre sur sa technique et les éléments structurels. Or, à l’heure actuelle, on a l'impression qu'il mise plutôt sur sa compétitivité et son intensité pour essayer de s’en sortir.
Le cas de Dobes me rappelle un peu les débuts de Marc-André Fleury, que j’ai côtoyé chez les Penguins de Pittsburgh de 2005 à 2007, même s’ils sont deux gardiens très différents.
Je me souviens qu’à l’époque, Marc-André et moi parlions beaucoup de l’importance de la structure dans son jeu, de simplifier son match. Marc-André était alors un gardien athlétique et spectaculaire. Il n’a jamais perdu cet aspect de son identité, mais en vieillissant et en gagnant en expérience, il a intégré de la structure dans son jeu et il a trouvé son équilibre. Comme gardien, tout comme les joueurs de position, tu dois trouver la recette qui fonctionne pour toi. C’est un processus normal.
Marc-André a su trouver cet équilibre qui lui a permis de jouer longtemps et avec constance – il est deuxième dans l’histoire de la LNH pour les victoires (575) et les matchs joués (1051) – et il a même remporté le trophée Vézina pour la première et seule fois de sa carrière à l’âge de 36 ans.
Je suis convaincu que Dobes peut faire la même chose sans changer d’identité. Il a un bon entraîneur des gardiens en Marco Marciano et il évolue dans un excellent environnement de développement chez le CH.
Un ménage à trois pour un temps?
Le directeur général des Canadiens Kent Hughes avait indiqué avant la saison vouloir éviter un ménage à trois devant le filet. Mais avec le rendement de Jacob Fowler, les déboires de Dobes et le retour éventuel de Samuel Montembeault, blessé au bas du corps, le CH pourrait être contraint de garder trois gardiens… pour un temps du moins.
Au vu de ses performances récentes, Fowler ne peut pas être renvoyé avec le Rocket de Laval avec la simple justification qu’il n’a pas à passer par le ballottage lorsque Montembeault sera prêt à réintégrer la formation.
Le portier de 21 ans montre un dossier de 4-1-0 avec une moyenne de buts alloués de 1,94 et un pourcentage d’arrêts de ,910 en cinq départs cette saison. L’entraîneur Martin St-Louis veut gagner des matchs et en ce moment, c’est Fowler qui donne les meilleures chances au CH d’y arriver.
Qu’est-ce qui se passera exactement devant le filet? Je n’ai pas de boule de cristal, mais je pense que la situation va forcer les dirigeants des Canadiens à prendre une décision avec leurs gardiens.
- Propos recueillis par Hugues Marcil, pupitreur LNH.com


















