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Patrick Roy aimerait effectuer un retour derrière un banc de la LNH, mais le quadruple champion de la Coupe Stanley affirme qu'il ne va pas se morfondre près du téléphone en attendant qu'il sonne pour qu'on lui offre une entrevue.

« C'est difficile pour moi d'obtenir un emploi en raison de la manière dont j'ai quitté le Colorado », a reconnu Roy depuis Québec jeudi, toujours un brin fatigué quatre jours après avoir mené les Remparts de Québec au championnat de la Coupe Memorial 2023.

« Je sais que j'ai fait de mauvais choix. Je sais que la manière dont je suis parti, et tout ce que j'ai fait, pourrait avoir un impact sur la perspective qu'on a de moi aujourd'hui. Je dois vivre avec ça. Je sais que j'ai appris de mes erreurs. Le passé appartient au passé, mais il arrive qu'on doive vivre avec son passé. Je comprends la situation. »

Roy a pris l'Avalanche au dépourvu en août 2016 en démissionnant de ses postes d'entraîneur et de vice-président des opérations hockey. À ses yeux, malgré ses deux fonctions, sa vision ne s'enlignait pas avec celle de l'organisation du Colorado et de celle de celui qui était alors vice-président principal et directeur général de l'équipe, Joe Sakic, qui occupe aujourd'hui le poste de président des opérations hockey.

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« Je comprends mieux maintenant, mieux que jamais, qu'on ne peut être dans l'équipe de direction et diriger une équipe en même temps, a admis Roy jeudi. Si tu es l'entraîneur, tu diriges. Si tu es le DG, c'est ton rôle. »

Celui qui a été intronisé au Temple de la renommée du hockey en 2006 s'est éloigné des projecteurs pendant quelques saisons, et est retourné à la barre des Remparts dans la LHJMQ en 2018-19. Il avait dirigé les Remparts pendant huit saisons avant de se joindre à l'Avalanche.

Sa brusque décision de quitter le Colorado, qui s'inscrit dans la continuité de l'intensité qui le définit depuis toujours et qui lui a permis de devenir l'un des plus grands gardiens de tous les temps, suit Roy depuis.

C'est ce tempérament qui a mené à la conclusion très publique de son passage comme joueur à Montréal en 1995, alors qu'il a eu maille à partir avec l'entraîneur des Canadiens Mario Tremblay. Laissé devant le filet des siens pour neuf buts des Red Wings de Detroit, lorsque Roy a finalement été retiré de la rencontre du 2 décembre au Forum de Montréal, il est passé devant Tremblay derrière le banc des siens pour aller dire au président de l'équipe Ronald Corey, assis dans la première rangée, qu'il venait de disputer son dernier match avec Montréal.

Cette confrontation entre deux égos très forts - le sien et celui de Tremblay - a mené à la transaction qui a fait passer Roy à l'Avalanche quatre jours plus tard. Cet échange demeure à ce jour un sujet sensible pour plusieurs partisans des Canadiens.

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L'émotion a sans aucun doute joué un rôle dans la décision de Roy de quitter l'Avalanche, lui qui a mis de l'avant des différences de philosophie avec la direction.

Le 4 juin dernier, au terme de ce qu'il assure être son dernier match comme entraîneur des Remparts, Roy a mené les siens au championnat de la Coupe Memorial 2023. Il s'agissait du premier titre de Québec à ce tournoi depuis sa première campagne à la barre de l'équipe en 2006.

« Il n'y a pas de meilleure fin possible, c'est certain », a affirmé le pilote de 57 ans jeudi.

Par pure coïncidence, cette victoire à la Coupe Memorial est survenue presque 27 ans jour pour jour après la conquête de la Coupe Stanley de Roy avec l'Avalanche en 1996. Le 10 juin de cette année, il a signé un gain de 1-0 en troisième période de prolongation contre les Panthers de la Floride au Miami Arena pour compléter le balayage.

Ce ne sont pas des raisons financières qui pousseraient Roy à retourner derrière un banc de la LNH. Il assure que le fait que le téléphone sonne ou pas n'allait pas définir sa vie.

« Ce fut très plaisant de revenir dans le junior il y a cinq ans, afin de me prouver que je pouvais aider [Québec] à gagner, a-t-il expliqué. Je sais que j'ai été très chanceux de pouvoir miser sur un tel groupe de joueurs cette année. Je le disais souvent quand j'étais gardien : tu es aussi bon que les joueurs devant toi. C'est la même chose comme entraîneur.

« Vous pouvez être le meilleur des entraîneurs, mais ce sont les joueurs qui vous font bien paraître, et c'est exactement ce qui est arrivé avec ce groupe. Ils étaient tellement réceptifs, tellement dévoués à gagner, et j'ai été très chanceux pour cette raison. »

Roy a entrepris sa carrière d'entraîneur avec Québec en 2005-06, et il a passé huit saisons à titre d'entraîneur, directeur général et membre du groupe de propriétaires de l'équipe avant d'être embauché par l'Avalanche le 23 mai 2013. Il a mené le Colorado au titre de la section Centrale en 2013-14 avec 112 points, le deuxième total le plus élevé de l'histoire de l'Avalanche à l'époque, et a remporté le trophée Jack Adams à titre d'entraîneur de l'année.

Le Colorado a toutefois été surpris en sept matchs par le Wild du Minnesota en première ronde de l'Association de l'Ouest, et n'a pas participé aux séries au cours des deux années suivantes, les deux dernières de Roy à la barre de l'équipe. Au moment de sa démission, il avait compilé un dossier de 130-92-24.

« J'ai peut-être tenu certaines choses pour acquises quand j'ai fait mes débuts avec le Colorado, a mentionné Roy. Je pensais que la porte allait toujours être ouverte, mais j'ai réalisé que ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Lorsque tu obtiens une chance, tu as intérêt à travailler fort. Il y a beaucoup de bons entraîneurs et de bons hommes de hockey, et tout le monde peut être remplacé. Il faut considérer ça comme un privilège d'obtenir une telle chance. »

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Roy se souvient d'une discussion qu'il a eu peu de temps après quitté l'Avalanche avec Alain Vigneault, qui dirigeait les Rangers de New York à l'époque.

« Alain m'a dit : "Tu sais quoi Patty? Il y a juste 30 postes d'entraîneurs (maintenant 32) dans la LNH", a raconté Roy. Il avait tellement raison. Les offres d'emplois sont tellement rares dans la ligue, et en obtenir un doit être considéré comme un privilège. Ce que tu as accompli comme joueur importe peu.

« J'ai dirigé Québec pendant 13 ans, et l'équipe a été fantastique. J'ai eu un grand privilège d'avoir la chance de travailler avec autant de jeunes joueurs, comme entraîneur et comme directeur général. Je suis reconnaissant envers eux. Le personnel d'entraîneurs les a poussés chaque année afin de tenter de les aider. Ils ont été très réceptifs, et ils accueillaient très bien ce que nous apportions. »

Roy a volontiers accepté de se replonger dans le passé pour revenir sur cette conquête de 1996, sa première de deux avec l'Avalanche, dont ce sera l'anniversaire samedi. Ce championnat s'est conclu avec un gain de 1-0 dans la quatrième partie, un marathon de trois prolongations qui s'est terminé à 1 h 07, heure de l'Est.

Roy a réalisé 63 arrêts, tandis que devant le filet de la Floride, John Vanbiesbrouck a été battu par un seul des 56 tirs dirigés vers lui. C'était la première fois depuis 1953 qu'une finale se terminait sur un match de 1-0 en prolongation.

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Au cours de la deuxième période de surtemps de cette partie, Roy a stoppé 18 lancers, un sommet en carrière pour lui pour une période de prolongation.

« Je me souviens que "Beezer" réussissait arrêt après arrêt à l'autre bout de la glace, et que je me disais : "Beezer, laisses-en une entrer que nous puissions tous rentrer chez nous", a lancé Roy en riant. Il était tellement bon. Wow. Il repoussait une chance de qualité après l'autre. J'ai été chanceux de faire partie d'une équipe aussi talentueuse et d'un groupe qui était à ce point affamé de mettre la main sur la Coupe Stanley. Ce fut un parcours très plaisant. »

Il s'agissait du troisième des quatre titres de Roy, lui qui avait soulevé la Coupe Stanley en 1986 et 1993 avec les Canadiens, avant de renouveler l'expérience en 2001 avec le Colorado. Il a reçu le trophée Conn Smythe à deux reprises à titre de joueur par excellence des séries au cours de ses deux conquêtes avec les Canadiens, ainsi qu'en 2001 avec l'Avalanche.

Trois fois gagnant du trophée Vézina à titre de meilleur gardien du circuit, Roy place ses quatre championnats sur un pied d'égalité, affirmant simplement qu'elles étaient toutes différentes. Ses performances devant le filet ont été incroyablement constantes d'une conquête à l'autre. Son pourcentage d'arrêts s'est élevé respectivement à ,923, ,929, ,921 et, 934. Dans l'ensemble, Roy a conservé un dossier de 63-22 au cours de ces quatre tournois printaniers, avec une moyenne de buts alloués de 1,96, un taux d'efficacité de ,927 et huit jeux blancs.

Sa première conquête ressort du lot, parce que : « c'était un peu de l'inconnu. Je me trouvais là en tant que recrue, soutenu par des vétérans comme Bob et Larry », a-t-il souligné en parlant du capitaine Bob Gainey et de l'imposant défenseur Larry Robinson. « Ils étaient d'incroyables leaders, et ils m'ont aidé. »

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Au cours du 24e et plus récent titre de la Coupe Stanley des Canadiens en 1993, Montréal a perdu ses deux premiers duels contre les Nordiques de Québec, avant d'y aller d'une séquence de 16-2, ponctuée de 10 gains consécutifs en prolongation.

Roy était en colère contre lui-même après avoir conclu la saison régulière avec une très ordinaire fiche de 1-7-0 à ses huit derniers matchs, dont cinq revers de suite en fin de calendrier. Il a ensuite amorcé les séries avec deux défaites sur la route contre leurs grands rivaux provinciaux, ce qui n'a pas aidé son moral. C'est alors que son entraîneur Jacques Demers l'a fait venir à son bureau du Forum.

« Jacques m'a dit : "Écoute, je vais vivre ou je vais mourir avec toi, alors il te reste à décider de ce que tu veux faire", a rapporté Roy. Quand je me suis présenté au match no 3 (un gain de 2-1 en prolongation), j'étais prêt à faire de mon mieux et à donner à Jacques tout ce que j'avais. Il m'a donné tellement de confiance, en plaçant la sienne en moi. Tu veux jouer pour un entraîneur comme lui. »

Les Canadiens ont éliminé les Nordiques avec quatre victoires consécutives, avant de balayer les Sabres de Buffalo et de vaincre les Islanders de New York en cinq parties. Ils ont complété le travail en s'imposant en cinq matchs contre les Kings de Los Angeles en finale.

« Gagner 10 matchs de suite en prolongation, quand on y repense, c'est ridicule, a admis Roy. Notre état d'esprit quand nous arrivions en surtemps était uniquement de la confiance. C'était toujours un gars différent qui marquait le gros but pour nous. »

Le championnat de 2001 tournait surtout autour de Raymond Bourque, qui était arrivé au Colorado par le biais d'une transaction le 6 mars 2000 après 21 saisons passées avec les Bruins de Boston, alors qu'il était toujours à la recherche d'un premier titre de la Coupe Stanley. Roy et ses coéquipiers ont déplacé des montagnes pour que ça se produise.

« Nous étions tellement motivés de permettre à Raymond de gagner la Coupe Stanley, a-t-il dit. Nous nous sommes ralliés derrière lui. C'était notre but premier. »

Roy devait se diriger vers Sherbrooke vendredi afin de participer au repêchage de la LHJMQ, et a mentionné que son rôle de directeur général de Québec au-delà de la présente saison restait à déterminer.

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Il continuait à vanter ses joueurs des Remparts quatre jours après leur triomphe à la Coupe Memorial, malgré la fatigue entraînée par le tourbillon qui avait entraîné l'équipe depuis son retour du tournoi, présenté à Kamloops, en Colombie-Britannique.

« Pour être très honnête, je n'ai pas encore vraiment célébré, a affirmé Roy. J'ai vraiment savouré chaque moment, mais je suis un peu fatigué. Je tente simplement de profiter de mon sommeil.

« Le moment que j'ai aimé le plus, est d'avoir pu observer le dévouement de nos jeunes joueurs afin que nous puissions connaître du succès. Ce groupe a été très spécial, au chapitre du dévouement et de la résilience. Ce fut un privilège de les regarder jouer, de les voir faire tous ces sacrifices pour connaître du succès. Ils étaient en mission. »

Même si son attention était portée sur la Coupe Memorial, Roy a trouvé le temps de regarder la finale de la Coupe Stanley, et a apprécié chaque minute de la série entre les Golden Knights de Vegas et les Panthers. Le match no 4 sera présenté samedi, alors que Vegas mène la série 2-1 (20 h (HE), TNT, TBS, truTV, CBC, SN, TVAS).

« J'ai toujours aimé regarder les matchs avec les yeux d'un entraîneur, a-t-il mentionné. Je suis toujours curieux de voir ce que les entraîneurs tentent de faire du côté de la stratégie, des systèmes et des confrontations de trios. Il y a tellement de bons entraîneurs, et j'adore apprendre. C'est la partie qui est plaisante - s'améliorer et apprendre des autres.

« Une personne que je connais très bien m'a dit un jour : "Le hockey n'est pas ta passion, le hockey c'est ta vie", et c'est vraiment exact. Ce serait un honneur pour moi d'avoir la chance de retourner dans la LNH. »