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Les recherches dans les décombres du World Trade Center étaient encore en cours lorsque Mark Messier a placé le casque du chef des pompiers Raymond Downey, mort en service, sur sa tête le 7 octobre 2001 au Madison Square Garden.

Ce fut un geste spontané, a raconté Messier. Le capitaine des Rangers avait alors subjugué la foule présente au Garden lors d'une cérémonie poignante et émouvante avant le match d'ouverture contre les Sabres de Buffalo, moins d'un mois après les attentats terroristes du 11 septembre.
« Rien n'était prévu », a indiqué Messier, jeudi. « Le pompier qui l'avait apporté l'a fait sur un coup de tête pour honorer le chef Downey, qui était un homme extraordinaire et un grand partisan des Rangers, d'après ce que sa famille avait raconté. On l'a fait pour honorer sa mémoire en tant que père de famille, pompier et partisan des Rangers. »
Le fait que Messier porte le casque de l'officier le plus haut gradé du Service des incendies de New York à avoir péri le 11 septembre a eu un impact immédiat dans toute la ville et cette image est toujours aussi émouvante 20 ans plus tard.
« En plus d'honorer le chef Downey, sa famille et sa mémoire, ce geste était dédié à tous les premiers répondants qui ont perdu la vie, à tous les intervenants et à l'esprit qui les animait, a expliqué Messier. Chaque année, à cette date, on se rappelle ces événements tragiques et c'est difficile pour tous ceux qui ont perdu un être cher. Cependant, ce qui en ressort, c'est la bonté et l'esprit humain. J'espère qu'on se souviendra de tous ceux qui ont accouru et qui se sont jetés dans les flammes pour sauver des gens ainsi que de tous ceux qui ont perdu la vie. Tous ces innocents étaient malheureusement au mauvais endroit au mauvais moment. »
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Messier était dans son appartement de l'Upper West Side de Manhattan quand les avions ont heurté les tours jumelles. Plusieurs de ses coéquipiers étaient en train de se soumettre à des examens physiques au Madison Square Garden, où les Rangers tenaient leur camp d'entraînement pour la première fois.
Messier ne devait se présenter au Garden qu'à 10h30. Il ne s'y est jamais rendu.
« Tout ce dont chacun se souvient, c'est la confusion sur ce qui venait d'arriver, a mentionné Messier. Tous ceux qui étaient au centre-ville essayaient de fuir. La ville est devenue très silencieuse. Outre le bruit des autorités qui survolaient la ville, on aurait pu entendre une mouche voler dans l'Upper West Side, ce soir-là. C'était étrangement silencieux. »
Eric Lindros habitait avec Messier à l'époque. Le futur membre du Temple de la renommée s'apprêtait à disputer une première saison avec les Rangers et il était à la recherche de son propre appartement.
Ce matin-là, il devait faire une apparition à l'émission Live! with Regis and Kelly dans les studios de la chaîne ABC au coin de la 67e rue et de l'avenue Columbus. Le premier avion a frappé juste avant son départ. Le deuxième, au moment où John Rosasco et Darren Blake, deux membres de l'équipe des relations avec les médias des Rangers, le faisaient monter à bord de leur voiture pour se rendre au studio.
Ils ignoraient encore toute la gravité de ce qui venait de se produire, et c'est à leur arrivée au studio que la coanimatrice Kelly Ripa, en larmes, leur a tout expliqué.
L'émission a été annulée et ABC a diffusé un bulletin spécial en direct.
Ensemble, ils ont regardé les nouvelles après que le vol 77 d'American Airlines se fut écrasé sur le Pentagone.
Lindros est rentré à l'appartement de Messier et les tours se sont effondrées peu de temps après son arrivée. Rosasco et Blake sont retournés dans la confusion du Garden pour aider le personnel qui était toujours sur les lieux.
Le beau-frère du directeur général adjoint Don Maloney est mort dans les tours. Brian Leetch, le défenseur intronisé au Temple de la renommée, a également perdu un de ses meilleurs amis dans cette catastrophe.
« Je me souviens que j'ai essayé d'appeler mes parents, mais les lignes étaient hors service », a déclaré Lindros, jeudi. « Puis, je suis sorti pour marcher et il y avait tellement de poussière dans l'air cet après-midi-là, c'était fou. À ce moment-là, on savait ce qui s'était passé. Plus tard dans l'après-midi, je crois que les gens saisissaient mieux l'ampleur de cette tragédie. Je me souviens avoir vu des centaines, des milliers de personnes remonter les rues de la ville. Elles étaient bondées. Les gens voulaient aller le plus loin possible vers le nord pour s'éloigner de tout ça. »
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Selon Messier, la confusion qui a suivi ces attentats a duré plusieurs jours, tandis que lui et les Rangers tentaient de déterminer ce qu'ils pouvaient faire pour aider la ville à s'en remettre.
« Le sentiment prévalent était que personne ne savait quoi faire, quand le faire ou comment le faire, a poursuivi Messier. Tout le monde pensait à ceux qui avaient perdu des êtres chers et personne ne voulait être perçu comme celui qui agissait trop tôt. L'atmosphère est restée lourde pendant longtemps. »
Messier et Lindros se sont joints au gardien Mike Richter, au directeur général de l'époque Glen Sather, à Rosasco et à Blake pour visiter Ground Zero, cinq jours après la chute des tours.
Ce fut un choc pour eux de voir cet endroit qui ressemblait à une zone de guerre. Ils ont rencontré des familles au sous-sol du quartier général de la police. Celles-ci attendaient et priaient dans l'espoir que leurs proches soient retrouvés.
Une femme a remercié Richter d'être venu et elle lui a dit qu'il devrait revenir pour le défilé prévu une fois toutes les victimes retrouvées. C'est l'espoir auquel plusieurs s'accrochaient, aussi irréaliste fût-il.
« C'était horrible, tout simplement horrible », a déclaré Lindros.
Trois jours plus tard, les Rangers accueillaient les Devils du New Jersey à l'occasion d'un match préparatoire au Garden. Il s'agissait du premier événement sportif professionnel dans la ville depuis les attentats.

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Le soir suivant, le 20 septembre, ils se préparaient à amorcer la troisième période de leur partie contre les Flyers de Philadelphie au Wachovia Center (aujourd'hui le Wells Fargo Center) quand le discours à la nation du président Bush a été diffusé sur l'écran géant. Tous les spectateurs l'ont écouté religieusement.
« Je me souviens d'avoir sauté sur la patinoire. Je m'étirais et je balayais le devant de mon filet quand Mark Recchi, je crois, s'est approché et on se demandait ce qui se passait, si on allait jouer », a raconté l'ancien gardien des Flyers Brian Boucher, jeudi. « On ne croyait pas que ce serait possible de jouer la troisième période. À ce moment-là, il y avait des choses beaucoup plus importantes dans la vie que ces insignifiantes 20 minutes de hockey. »
Le match n'a jamais repris. Les joueurs des deux équipes ont regardé le reste du discours sur leur banc respectif, hormis le défenseur des Rangers Jamie Lundmark, qui s'était dirigé vers le banc des punitions à son retour sur la glace. Après le discours, les joueurs se sont serré la main au centre de la patinoire, puis ils sont retournés au vestiaire.
« On était dans l'amphithéâtre de nos rivaux et 95 pour cent des spectateurs étaient là pour les encourager. Soudainement, on avait l'impression qu'on faisait tous partie de la même équipe », avait mentionné Leetch avant le dixième anniversaire du 11 septembre. « Peu importe s'ils étaient assis dans la première ou la dernière rangée, je savais que tout le monde écoutait et regardait le discours comme moi. On était tous ensemble et on regardait la même chose ensemble. »
Le coup de circuit vainqueur de Mike Piazza des Mets de New York contre les Braves d'Atlanta au Shea Stadium, le lendemain soir, a ensuite clairement démontré que le sport pouvait aider la ville de New York à guérir et la revigorer après ces attentats.
Les Rangers ont suivi quelques semaines plus tard au Garden. Messier a porté le casque du chef Downey. Leetch a compté en prolongation pour permettre aux siens de remporter leur match d'ouverture 5-4 contre les Sabres. Cette saison dédiée aux premiers répondants, aux partisans et à la ville était ainsi lancée.
« C'est alors qu'on a réalisé que tout le monde avait besoin d'un exutoire pour se divertir. Donc, plus on jouait bien, plus on pouvait les aider, a indiqué Lindros. On a dû ajuster notre perception de nous-mêmes et de la situation pour offrir cet exutoire pendant deux heures et demie à tous les matchs. On devait donner un bon spectacle. On voulait divertir nos partisans. »