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Le record de Maurice Richard a tenu pendant 69 ans. La légende des Canadiens de Montréal avait battu le gardien Don Simmons des Bruins de Boston trois fois en l’espace de 6:21 dans le match no 1 de la finale de la Coupe Stanley au Forum de Montréal, le 6 avril 1957. 

Samedi au T-Mobile Arena, l’attaquant des Golden Knights de Vegas Mitch Marner s’est emparé du trône de l’incomparable Richard, déjouant Frederik Andersen des Hurricanes de la Caroline à trois reprises dans un intervalle de 6:10. 

La soirée historique de Marner n’était qu’une partie de l’incroyable scénario de ce match no 3 de la finale, alors que les Hurricanes ont comblé un retard de 4-0 en troisième période, marquant notamment trois buts en 39 secondes, avant que Vegas ne sauve les meubles en deuxième période de prolongation. Les Golden Knights mènent maintenant la série 2-1 et seront les hôtes du match no 4 mardi (20 h HE; ABC, SN, TVAS, CBC).

En plus de son tour du chapeau, Marner a récolté une passe sur le premier but de la rencontre, celui de Tomas Hertl, pour devenir le premier joueur de l’histoire à enregistrer quatre points en une seule période en finale de la Coupe Stanley. Et ce n’est pas tout : en amassant son 28e point des présentes séries, Marner a battu un autre record des Canadiens vieux de 55 ans, soit celui de Frank Mahovlich pour le plus de points par un joueur en éliminatoires à sa première saison avec une équipe.

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Le deuxième but du tour du chapeau historique de Maurice Richard présenté dans le Montreal Gazette le 8 avril 1957.

En route pour le cinquième de ses six titres de la Coupe Stanley, Mahovlich est arrivé à Montréal dans une transaction avec les Red Wings de Detroit, le « Big M » étant envoyé aux Canadiens en retour des attaquants Mickey Redmond, Guy Charron et Bill Collins le 13 janvier 1971. La sixième conquête de la Coupe Stanley de Mahovlich viendrait en 1973 – ses quatre premières étant survenues dans les années 1960 avec les Maple Leafs de Toronto. 

Richard, alors âgé de 35 ans, a malmené Simmons au grand plaisir de la foule du Forum qui croyait avoir tout vu de son Rocket adoré. Ce dernier allait ajouter un quatrième but dans la victoire de 5-1 du Tricolore. Son tour du chapeau à la vitesse de l’éclair lui permettait de battre la marque du légendaire Ted Lindsay des Red Wings de Detroit, qui avait inscrit trois buts en 11:27 dans le match no 2 de la finale de la Coupe Stanley le 5 avril 1955, Detroit étant en route vers un championnat en sept matchs aux dépens des Canadiens.

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À partir de la gauche, Gordie Howe, Sid Abel et Ted Lindsay de la fameuse « Production Line » de Detroit, dans une photo de février 1948 au Maple Leaf Gardens de Toronto.

En 1956-57, à sa première de quatre saisons en tant que capitaine, Richard a mené Montréal à une victoire en cinq matchs contre Boston en finale, permettant aux siens de défendre leur titre de champions de la Coupe Stanley de 1955-56. Les Canadiens ont remporté trois autres titres d'affilée jusqu’en 1959-60, Richard savourant sa huitième conquête avant de prendre sa retraite en 1960 au terme d’une dynastie inégalée de cinq championnats consécutifs de Montréal. 

Le triplé de Marner – à forces égales – a coïncidé avec le 70e anniversaire de l’adoption de ce qui a été surnommé la « règle Montréal ». Avant le 6 juin 1956, au moment où le règlement a été modifié, un joueur pénalisé devant passer les deux minutes complètes d’une punition mineure au banc, peu importe combien de buts l’adversaire pouvait marquer pendant son avantage numérique.

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Maurice Richard sur une table médicale, s’étant blessé à la jambe gauche dans un match de 1957 au Maple Leaf Gardens de Toronto.

Les Canadiens ont inscrit un sommet de 66 buts en avantage numérique en 70 matchs de saison régulière en 1955-56; ce total inclut trois buts en 44 secondes du futur capitaine Jean Béliveau sur le même jeu de puissance contre Terry Sawchuk et les Bruins le 5 novembre 1955. 

Marner n’a pas eu besoin de temps de glace à 5-contre-4 pour réécrire le livre des records, samedi.

Le deuxième but du fameux tour du chapeau de Richard a été marqué en avantage numérique. Le Rocket a finalement ajouté son quatrième de la soirée en fin de troisième période, dans une victoire scellée depuis un bon moment. 

Avec sa performance historique en finale de la Coupe Stanley, Richard a amené les journalistes à se remémorer le match du 23 mars 1944, au cours duquel il avait inscrit cinq buts pour démanteler les Maple Leafs dans une victoire 5-1 des Canadiens. Le Rocket avait alors reçu les trois étoiles de la partie après le match no 2 de la demi-finale.

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Bernard Geoffrion et Maurice Richard célèbrent la conquête de la Coupe Stanley des Canadiens dans le vestiaire du Forum de Montréal le 16 avril 1957. 

« Une partie de la stratégie des Leafs consistait à neutraliser Richard, écrivait le journaliste du Montreal Gazette Dink Carroll. Ils disaient pouvoir stopper les Habitants en le stoppant. Mais hier soir, ils ont été tout simplement incapables de contenir le garçon de Bordeaux, et l'entraîneur Dick Irvin mérite une mention pour la superbe prestation de l'attaquant aux cheveux noirs. »

Treize ans plus tard, les superlatifs fusaient de nouveau après le tour du chapeau record de Richard.

« Rocket Richard, auteur d’étincelants chapitres en 15 saisons dans la LNH, est encore loin de fermer le livre de sa carrière, écrivait Baz O’Meara dans les pages du Montreal Star. Personne cette année n’a dominé un match comme le Rocket l’a fait. Non seulement a-t-il été bon en attaque, il a été incroyable en défense. »

Quittant la glace du Forum sous un tonnerre d’applaudissements, Richard a modestement suggéré que l’exploit qu’il venait d’accomplir n’avait rien de très impressionnant. Une thèse démentie par le livre des records pendant 69 ans.

« Le Rocket a été formidable, vantait son entraîneur et ancien compagnon de trio Toe Blake après la rencontre. Je ne l’avais jamais vu patiner aussi vite que ce soir. »

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Le dernier des quatre buts de Maurice Richard contre le gardien des Bruins de Boston Don Simmons le 6 avril 1957. Photo tirée de l’édition du 8 avril du Montreal Star.

L’entraîneur des Bruins Milt Schmidt, qui avait affronté Richard à maintes reprises pendant sa carrière de joueur, avait lui-même des fleurs à lui lancer. « Je n’avais jamais vu le Rocket dominer un match comme il l’a fait ce soir. »

Entouré de journalistes, Richard s’est frotté la joue gauche, cicatrisée à la suite d’une collision en fin de match avec l’attaquant des Bruins Vic Stasiuk.

« Je ne crois pas que c’était un coup de coude, a argué Richard sans broncher. Il m’a eu avec l’épaule, et mon visage a dû heurter la bande. »

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Maurice Richard pointe son uniforme dans le vestiaire du CH. Le Rocket a été le capitaine des Canadiens pour quatre saisons – et quatre championnats – de 1956 à 1960.

À court d’angles pour parler du Rocket depuis longtemps déjà, les journalistes y allaient de toutes sortes de tentatives pour délier la langue de leur interlocuteur. On lui demanda si le chapeau qu’il portait en avant-match était un porte-bonheur.

« Je m’en suis tenu à la routine, répondit-il. Ce genre de match arrive parfois. »

Si ce n’était pas de l’honnête tenue de Simmons, Richard aurait pu marquer cinq ou six buts.

« Vous avez probablement raison, a-t-il acquiescé. Il a bloqué l’un de mes tirs en échappée avec un patin en troisième période, puis j’ai frappé le poteau à un autre moment. »

Les photographes étaient massés aux alentours de Richard dans le vestiaire du CH. L’un d’entre eux a tendu au Rocket le chandail no 4 de Jean Béliveau pour prendre la pose, pendant qu’un autre amenait le jeune Normand, 4 ans, dans le vestiaire pour une photo avec son père.

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L’édition 1956-57 championne des Canadiens de Montréal. Rangée du bas, à partir de la gauche : Jacques Plante, Henri Richard, l’entraîneur Toe Blake, le DG adjoint Kenny Reardon, le capitaine Maurice Richard, le président Hartland de Montarville Molson, le DG Frank Selke, Dickie Moore et Gerry McNeil. Rangée du milieu : le directeur des communications Camil Desroches, Floyd Curry, Doug Harvey, Dollard Saint-Laurent, Jean Béliveau, Ab McDonald, Tom Johnson, Al Langlois, Bernard Geoffrion et le préposé aux communications Frank Selke Jr. Rangée du haut : le préparateur physique Hec Dubois, Marcel Bonin, Claude Provost, Don Marshall, Jean-Guy Talbot, Bob Turner, Phil Goyette, André Pronovost, Connie Broden et le préparateur physique Larry Aubut. 

Soulignons l’idée d’Alain Brouillard, dont une grande partie du travail est immortalisé au Temple de la renommée du hockey. Le photographe québécois a tendu à Richard un nombre suffisant de rondelles pour remplir ses deux mains.

Richard aura transcendé l’univers sportif montréalais et québécois, devenant l’emblème du peuple canadien-français pendant les années 40 et 50.

Il aura joué 978 matchs dans la LNH, tous avec les Canadiens de 1942 à 1960, puis aura totalisé 544 buts et 422 passes. Il est encore à ce jour le meilleur buteur de l’histoire des Canadiens.

Les 82 buts du Rocket en séries éliminatoires représentent le huitième plus haut total de l’histoire de la LNH et le plus haut total de l’histoire du CH, trois buts devant Jean Béliveau au deuxième rang. Ses sept tours du chapeau en séries lui confèrent le deuxième rang de tous les temps – à égalité avec Jari Kurri – derrière les 10 de Wayne Gretzky.

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Le gardien des Bruins Don Simmons, venant d’encaisser le troisième but de Maurice Richard, regarde Marcel Bonin et Fern Flaman se ruer vers la rondelle.

Le record de Richard est demeuré inégalé jusqu’à hier. Cette soirée de 1957 restera quand même historique, et Simmons y aura contribué malgré lui.

« J’ai touché à la rondelle sur ses trois premiers buts, a-t-il souligné. Une fois avec mon pied gauche, une fois avec mon pied droit et l’autre fois avec mon ventre. C’est une sensation étrange de voir le Rocket se ruer vers toi. Ses yeux brillent comme des gyrophares. »

Ce ne fut pas la soirée de Simmons, qui a tout de même connu une belle carrière ensuite. Il a remporté trois fois d’affilée la Coupe Stanley avec les Maple Leafs de Toronto, de 1962 à 1964.