Bowman 1940 2021

Scotty Bowman, l’entraîneur le plus victorieux de l’histoire de la LNH, célèbrera lundi son 90e anniversaire exactement où et comment vous l’imaginez : il sera dans les gradins du LECOM Harborcenter de Buffalo, à regarder deux matchs en après-midi lors de la dernière journée du tournoi des recrues de Buffalo.

« Je vais voir deux matchs vendredi, puis deux autres lundi », a affirmé Bowman avec le sourire, quelques jours avant sa journée de fête.

« Ensuite, ma femme et moi sortirons pour un bon repas. »

Six équipes prennent part au tournoi – les Sabres de Buffalo, qui sont les hôtes du tournoi, les Canadiens de Montréal, les Penguins de Pittsburgh, les Bruins de Boston, les Devils du New Jersey et les Sénateurs d’Ottawa. Bowman n’hésite pas à souligner qu’il a dirigé les trois premières équipes sur cette liste.

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Scotty Bowman et son ami de longue date, l’entraîneur Barry Smith (à gauche), dans les gradins du LECOM Harborcenter Arena de Buffalo, le 15 septembre 2023, pour le tournoi des recrues des Sabres de Buffalo.

Officiellement, Bowman n’a plus d’attache à aucune équipe de la LNH depuis le 1er juillet 2022, quand, après 62 ans à travailler au sein d’une équipe de la LNH, il a démissionné de ses fonctions de conseiller principal aux opérations hockey des Blackhawks de Chicago, un poste qu’il avait occupé pendant 14 ans.

Mais de dire qu’il s’est éloigné du hockey serait loin de la vérité. La saison dernière, Bowman estime avoir assisté aux trois quarts des matchs à domicile du Lightning de Tampa Bay, se rendant au Amalie Arena depuis son domicile hivernal de Saratosa, pour s’asseoir sur la galerie de presse et admirer un sport qui est dans son sang depuis sa jeunesse passée dans le quartier Verdun à Montréal.

Cette légende possède 14 titres de la Coupe Stanley liés à son nom, incluant un record de neuf à titre d’entraîneur dans la LNH. Il en a gagné cinq avec les Canadiens, en 1973 et de 1976 à 1979, puis en 1992 avec les Penguins, et avec les Red Wings de Detroit en 1997, 1998 et 2002.

Il a ajouté cinq titres de plus dans différentes fonctions administratives avec les Penguins (1991), les Red Wings (2008) et les Blackhawks (2010, 2013, 2015).

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Scotty Bowman à la maison, à East Amherst, New York, avec la Coupe Stanley, et derrière le banc des Canadiens de Montréal de 1970.

Sa propre carrière de joueur ayant été écourtée par une blessure, Bowman s’est tourné vers le dépistage au milieu des années 1950, puis vers le 'coaching'. Il allait devenir l’entraîneur le plus couronné de l’histoire de la LNH, signant un record de 1244 victoires en 2141 matchs de saison régulière entre 1967-68 et 2001-02, en plus de 223 victoires en 353 rencontres des séries éliminatoires de la Coupe Stanley.

Intronisé au Temple de la renommée du hockey dans la catégorie des bâtisseurs en 1991 et honoré par l’Ordre du hockey au Canada en 2017, Bowman avait gravité dans ou autour de la LNH pendant 65 ans quand il a « pris sa retraite » en 2022 – 18 ans dans l’organisation des Canadiens, 15 avec Detroit, 14 avec Chicago, huit avec les Sabres, quatre avec les Blues de St. Louis, trois avec les Penguins et trois autres en tant qu’analyste à la télévision.

Encore aujourd’hui, c’est dans un aréna ou en compagnie de gens de hockey qu’il est le plus confortable.

Au début octobre, Bowman et son épouse Suella quitteront leur domicile estival de Buffalo pour se rendre à Saratosa. Et aussitôt, Bowman commencera ses allers-retours à Tampa pour assister à des matchs du Lightning.

« Porte à porte, c’est 111 kilomètres, a dit Bowman. Ça se fait sur l’autoroute tout au long, un chemin facile. Pas besoin d’arrêter. »

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Scotty Bowman, alors directeur du développement des joueurs des Penguins de Pittsburgh, soulève la Coupe Stanley après la conquête des Penguins contre les North Stars du Minnesota en 1991.

« Julien BriseBois est un homme merveilleux », a poursuivi Bowman, très reconnaissant de l’accueil qui lui est toujours réservé par le DG du Lightning. « Julien prend soin de moi. Il y a quelques années, il m’a accroché pour me demander comment se comportait Sam Pollock quand il était DG avec les Canadiens (gagnant neuf fois la Coupe Stanley entre 1965 et 1978). »

Lundi, il y aura un discret repas de fête en famille, mais la vraie célébration, elle a eu lieu le 31 juillet, quand il s’est embarqué sur une croisière de quatre jours organisée par sa famille, avec un départ de Port Canaveral, en Floride jusqu'à Nassau, aux Bahamas.

En fait, c’était un trois en un pour la famille : le 90e anniversaire à venir de Bowman; la célébration du 50e anniversaire de son fils Stan, et le 21e anniversaire du fils de Stan, Will.

Au total, 21 membres de la famille y étaient – Bowman et Suella, leurs enfants Alicia, Nancy, Stan et Bob et leurs conjoints, ainsi que leurs 11 petits-enfants, âgés de 4 à 24 ans.

« Il y avait des activités pour tous les âges, a dit Bowman. Et il s’agissait de trois plateaux d’importance. »

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Scotty et Suella Bowman avec leur famille durant une croisière pour célébrer le 90e anniversaire de Bowman en 2023. 

Quelques jours avant son 90e anniversaire, Bowman a dirigé une conversation sur le « Historic 100 » des Bruins de Boston, soit la liste des 100 joueurs les plus légendaires d’une concession qui n’a que 10 ans de plus que lui. Puis, une autre conversation sur le beaucoup moins connu Alcide Hébert.

Il a cité une douzaine de noms, tous provenant d’un lointain passé des Bruins. Il avait en tête les regrettés Frank Brimsek, Milt Schmidt, Eddie Shore, Dit Clapper et son premier héros du hockey, Bill Cowley. Chacun d’entre eux se trouvait sur la liste du « Historic 100 » qu’il n’avait pas encore vue.

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Bill Cowley des Bruins de Boston (à gauche), la première idole de hockey de Scotty Bowman, et le capitaine Aubrey “Dit” Clapper lorsque ce dernier a atteint le plateau des 200 buts en carrière contre Toronto au Maple Leaf Gardens le 18 janvier 1941. Cowley a obtenu une passe sur le but.

Le jour de Noël en 1941, Bowman était le premier – et le seul – enfant du quartier Verdun à porter un chandail des Bruins, avec la laine épaisse ornée du numéro 10 porté par le centre Cowley, gagnant de la Coupe Stanley et du trophée Hart à titre de joueur le plus utile à son équipe la saison précédente.

Jane Bowman travaillait au grand magasin Eaton et elle avait commandé le chandail par correspondance à partir du catalogue. Elle savait que son fils de 8 ans adorait les Bruins, puisque le jeune homme écoutait leurs matchs sur le signal nocturne de la radio de Boston.

Alors il allait de soi qu’elle commande un chandail de Cowley pour Scotty, et non pas le chandail bleu-blanc-rouge des Canadiens, qui était le seul choix de chaque enfant du quartier.

Des décennies plus tard, à Ottawa, Bowman a rencontré Cowley par l’entremise de ses fonctions dans le monde du hockey et il lui a dit à quel point il avait eu un impact sur le jeune partisan qu’il était.

Les souvenirs de Cowley, des joueurs de sa jeunesse et de tellement de légendes qu’il a dirigées pendant son illustre carrière refont surface dans la mémoire de Bowman maintenant qu’il atteint le remarquable plateau des 90 ans.

Il y a aussi les souvenirs d’Hébert, un homme discret qui vivait à l’étage au-dessus de la famille Bowman dans les années 1940.

Dépisteur principal des Rangers de New York pour le Québec, Hébert a été embauché en 1948 en tant que directeur de l’Auditorium de Verdun alors qu’il était entraîneur des Cyclones au niveau junior dans cet amphithéâtre. Il est celui qui allait recommander Gump Worsley, un de ses gardiens prometteurs, aux Rangers, ouvrant le chemin au futur membre du Temple de la renommée vers sa première équipe de la LNH en 1952.

En 2021, la patinoire principale de l’historique Auditorium a été nommée en l’honneur de Bowman, dont le père, John, avait contribué à la construction vers la fin des années 1930.

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La carte « recrue » Topps de Scotty Bowman en tant qu’entraîneur des Canadiens de Montréal en 1974-75.

Il y a 40 ans, alors entraîneur des Sabres en 1982-83, Bowman s’est présenté devant les journalistes au Forum de Montréal.

« Après l'entraînement, nous nous sommes regroupés autour de lui comme des étudiants autour d'un éminent professeur sur le circuit des conférences, en l'alimentant de temps en temps avec une question aléatoire juste pour le faire réagir. Ensuite, tu t’assieds et tu apprécies », a écrit le chroniqueur de la 'Montreal Gazette', Tim Burke.

« Scotty Bowman, de Verdun, a l’esprit de hockey le plus vif. Il est peut-être l’intellect le plus curieux, le plus captivant, le plus chercheur – et assurément le plus mathématicien – de tous les sports. 

« Dans un entretien avec Bowman, vous n’obtenez pas seulement un aperçu des équipes, vous êtes également emmené dans une tournée exotique à travers tout le monde du hockey alors qu'il se penche sur des tournois internationaux juniors à Camrose, en Alberta, jusqu'aux espoirs les plus méconnus de la Finlande. »

Quatre décennies plus tard, il est évident que seuls les arénas ont changé, le sang de hockey de Bowman étant plus épais que jamais.

« J’aimerais être là pour le dernier match lundi », a-t-il dit en parlant de la finale du tournoi des recrues. « Ce sera un duel entre les Sabres et les Penguins, deux de mes équipes. Mais le match commence à 17 h, et nous avons des plans pour le souper. »

Attendez-vous à ce que le serveur de Bowman apporte le score de la partie avec le repas.

Photo principale : Scotty Bowman, à l’âge de 7 ans en 1940, et photographié en 2021 avec sa biographie de 2019 écrite par Ken Dryden, le gardien no 1 de Bowman chez les Canadiens de Montréal pendant la dynastie des années 1970. © Scotty Bowman; Dave Stubbs, NHL.com