La source de ce désaccord est facile à identifier. Shea Weber incarne l'archétype même du défenseur étoile. Grand, gros, fort, doté d'un tir exceptionnel, il accumule les points, est capitaine de son équipe, a participé deux fois plutôt qu'une à la conquête de l'or olympique. Marc Bergevin l'a résumé d'une expression bien connue en anglais : « he's a stud »; Shea Weber est un pur-sang.
Or, sur la planète Moneypuck, l'ancien capitaine des Predators est l'exemple par excellence à donner lorsqu'on parle de joueur surévalué. On n'y considère pas Weber comme un mauvais défenseur, mais on n'accepte pas l'idée selon laquelle il ferait partie de l'élite de la profession.
Vu par les nombreuses lorgnettes de l'analyse statistique, Weber apparaît non pas comme un membre de l'élite, mais bien comme un défenseur unidimensionnel, un spécialiste de l'offensive dont les performances défensives sont au mieux moyennes, au pire carrément abominable. Connaissant la réputation de l'homme, c'est dire l'ampleur du choc des visions qui se produit présentement autour de cet échange.
Lorsqu'on regarde de plus près les données concernant Shae Weber, un premier fait s'impose de manière sensationnelle : depuis le début de la saison 2008-09 (sa première complète), Weber a joué, toutes situations confondues, 84 pour cent du temps avec Roman Josi ou Ryan Suter. C'est assez remarquable.
Et la coupure est presque totalement nette lors du changement de partenaire. En 2011-12, Weber joue 89 pour cent de son temps avec Suter. Les deux saisons suivantes, suite au départ de Suter, il joue un peu plus de 75 pour cent de son temps avec Josi, proportion qui est au-delà de 90 pour cent depuis 2013-14.
Première difficulté, donc : lorsqu'on regarde les chiffres de la LNH, on ne voit pas tant Weber que Weber et Suter ou Weber et Josi. On peut quand même faire certains constats. Le plus dur, c'est celui qui veut que Weber soit, à forces égales du moins, un piètre contributeur en défensive.
Des outils statistiques développés à partir des différentiels de tirs, celui de Dominic Galamini, les « Hero charts » est à ma connaissance le plus explicitement défavorable à Weber.
La version permettant de comparer celui-ci à P.K. Subban est tout simplement dévastatrice
. Un deuxième outil que j'aime bien, illustrant l'indice dCorsi développé par le blogueur Stephen Burtch, montre aussi Weber sous un jour de plus en plus défavorable.
Dans les deux cas, les indices nous montrent Weber, sur le plan défensif, pique graduellement du nez à partir de la saison écourtée de 2012-13, suite au départ de Suter.
En fait, si on se contente de prendre le nombre de tirs accordés par les Predators lorsque Weber est sur la glace et qu'on le compare à ce qu'ils accordent lorsqu'il n'y est pas, le même mouvement se constate. Le graphique ci-dessous illustre l'évolution de ce taux relatif de tirs accordés par heure jouée pour Weber, Josi et Suter (et pourquoi pas Subban, une fois parti!).