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La famille et les épreuves ont inspiré Brodeur

Le meilleur gardien de l'histoire de la LNH pour les victoires et les blanchissages a gagné trois fois la Coupe Stanley et sera intronisé au Temple de la renommée

par Tom Gulitti @TomGulittiNHL / Journaliste NHL.com

NEWARK - Pendant qu'il préparait son discours en vue de son intronisation au Temple de la renommée du hockey à Toronto, lundi, Martin Brodeur est revenu sur les nombreux moments et les nombreuses personnes qui lui ont permis de mériter un tel honneur.

« C'est ma vie dans le hockey de ma jeunesse jusqu'à la LNH, en passant par Équipe Canada et une tonne d'autres choses, qui a fait de moi la personne que je suis et qui est la raison pour laquelle je vais être intronisé, a-t-il déclaré. Personnellement, je n'y ai jamais vraiment pensé. Qui pense au Temple de la renommée quand il est jeune? »

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Ce n'est certainement pas venu à l'esprit de Brodeur quand, à l'âge de sept ans, il a choisi le poste de gardien au lieu de celui d'attaquant lorsqu'on lui a demandé de se concentrer sur une seule position. Ou encore quand son frère aîné, Claude, l'a convaincu de ne pas abandonner le hockey (pour se concentrer sur le ski) à l'âge de 14 ans. 

Ou bien lors de cette soirée de la saison 1986-87 où son père, Denis, un ancien gardien de but et le fidèle photographe des Canadiens de Montréal, est rentré à la maison pour lui expliquer comment le gardien recrue des Flyers de Philadelphie Ron Hextall quittait son demi-cercle pour s'emparer de la rondelle et la passer à ses coéquipiers, une habileté que Brodeur a appris à maîtriser avant que la LNH impose un règlement pour limiter les sorties des gardiens.

Le destin a voulu que les Devils du New Jersey effectuent un échange avec les Flames de Calgary pour reculer du 11e au 20e rang et ainsi réclamer Brodeur au repêchage 1990 de la LNH. Il a disputé 21 saisons avec le New Jersey avant de conclure sa carrière par un séjour de sept rencontres avec les Blues de St. Louis en 2014-15.

Lorsqu'il a pris sa retraite, Brodeur n'avait pas seulement établi de nouveaux records pour les victoires (691) et les blanchissages (125) en carrière dans la LNH, il avait littéralement pulvérisé les anciennes marques. Patrick Roy, l'ancien détenteur du record de victoires, demeure à la deuxième place avec 551. Terry Sawchuk, qui est décédé en 1970, est deuxième pour les blanchissages avec 103.

« Je suis probablement biaisé, mais je crois qu'il est le meilleur de tous les temps », a révélé l'ancien capitaine des Devils Scott Stevens. « Il est au moins parmi les deux ou trois meilleurs. » 

En 1266 parties, un autre record de la LNH, Brodeur a conservé un dossier de 691-397-49 avec 105 matchs nuls. L'ancien gardien de 46 ans, qui est originaire de Montréal, a permis aux Devils de remporter la Coupe Stanley en 1995, 2000 et 2003 et d'atteindre la Finale à cinq reprises, dont en 2012 alors qu'il avait 40 ans.

Il a gagné le trophée Vézina, remis au meilleur gardien de la LNH, à quatre occasions et il a aidé le Canada à remporter deux fois l'or aux Jeux olympiques.

Étrangement, parmi ses souvenirs les plus précieux, Brodeur évoque un moment que plusieurs autres préféreraient sûrement oublier : un revers de 2-1 en deuxième période de prolongation contre ses rivaux des Rangers de New York dans le septième match de la finale de l'Association de l'Est en 1994. 

« Si le résultat avait été différent, ç'aurait probablement été ma plus belle performance à vie », a-t-il précisé.  

Brodeur, qui s'est vu décerner le trophée Calder remis à la meilleure recrue de la LNH cette saison-là, avait repoussé 46 lancers avant que Stéphane Matteau inscrive le but victorieux en contournant son filet. Ce but aurait pu hanter pour toujours certains gardiens, mais Brodeur l'a vite oublié et il a permis aux Devils de soulever la Coupe Stanley pour la première fois de leur histoire l'année suivante.

« On apprend de nos erreurs et de nos échecs, a poursuivi Brodeur. Jusqu'à un certain point, c'est la manière de laquelle vous vous relevez qui vous définit. »

Brodeur, dont le nom figure sur la liste des 100 meilleurs joueurs de la LNH présentée par Molson Canadian, n'a pas connu beaucoup d'échecs. Cependant, sa capacité à rebondir rapidement après un échec est une de ses qualités qui l'ont rendu si spécial.

« Il était assez fort mentalement pour être un gardien », a indiqué Stevens, qui a été admis au Temple de la renommée du hockey en 2007. « C'est une position un peu solitaire, comme un lanceur au monticule. On est laissé à soi-même dans un sport d'équipe et il avait la capacité de passer à autre chose. Il ne laissait pas les problèmes prendre de l'ampleur et le déconcentrer. »

Lou Lamoriello, le directeur général des Devils de 1987 à 2015, mentionne la Finale de la Coupe Stanley de 2003 comme un autre exemple de cette qualité. Après avoir été chassé du match dans une défaite de 5-2 contre les Mighty Ducks d'Anaheim dans le sixième affrontement, Brodeur a réalisé 24 arrêts dans un gain de 3-0 lors de la septième partie.

« Sa façon d'oublier une mauvaise soirée et de rebondir ou de se concentrer sur l'instant présent, c'est ça qui est spécial chez lui », a révélé Lamoriello, qui est maintenant le DG des Islanders de New York. « Je n'ai pas vu beaucoup de joueurs capables de faire ça comme lui, de ne pas laisser un mauvais but les influencer. »

Lamoriello a souvent dit que s'il avait su à quel point Brodeur serait bon, il n'aurait jamais reculé au repêchage avant de le sélectionner. Son talent exceptionnel s'est presque immédiatement exprimé à son premier séjour de quatre parties dans la LNH en 1991-92, alors qu'il n'avait que 19 ans. À son premier match, le 26 mars 1992, il a signé une victoire de 4-2 contre les Bruins de Boston.

« Je crois que dès qu'on l'a rappelé, on le savait, a admis Lamoriello. C'était ses qualités athlétiques et plusieurs petits détails, les intangibles autres que son talent, qui nous laissaient cette impression. C'était son comportement et son professionnalisme. Ça venait sûrement de son père et du fait qu'il ait eu des athlètes professionnels dans son entourage. »

C'est en prêtant main-forte à son père lors de séances de photographie des Canadiens que Brodeur a rencontré Roy, son idole d'enfance, pour la première fois. Or, contrairement à plusieurs autres gardiens de sa génération, Brodeur n'a pas adopté le style papillon popularisé par Roy.

Pour éviter que Brodeur souffre de problèmes récurrents aux genoux après avoir subi deux opérations tôt dans sa carrière, l'entraîneur des gardiens des Devils Jacques Caron l'a aidé à améliorer son jeu de pieds et à développer un style hybride basé sur ses qualités athlétiques et sur son instinct. Brodeur est convaincu que ce changement lui a permis de rester en santé pendant la majeure partie de sa carrière et de jouer plus de matchs que tout autre gardien. 

Il a disputé au moins 70 parties lors de 12 saisons, dont cinq campagnes de 75 matchs ou plus. Il a mené tous les gardiens du circuit pour les matchs joués à six reprises et neuf fois pour les victoires. 

Brodeur a connu huit campagnes de 40 victoires ou plus (aucun autre gardien n'en a réussi plus que trois), dont une de 48 en 2006-07, un record de la LNH pour une saison qui a été égalé par Braden Holtby des Capitals de Washington en 2015-16. 

« Il était au sommet année après année après année, a mentionné Roy. Sa constance… Il a joué un nombre fou de parties. Il a joué avec d'excellentes équipes derrière d'excellents défenseurs, mais il faisait le travail de son côté. »

Ken Daneyko, qui a passé ses 20 saisons dans la LNH avec le New Jersey avant de prendre sa retraite en 2003, croit que l'arrivée de Brodeur en 1993 est le moment clé dans la construction de la formation championne des Devils.

« Seulement par son comportement et son calme devant le filet. C'est la position la plus importante, alors il faut quelqu'un qui a cette confiance à ce poste, a déclaré Daneyko. Il n'y avait aucune peur en lui… Il avait cette attitude et cet athlétisme, alors on se disait qu'il avait le potentiel d'être bon et d'être bon pendant longtemps s'il poursuivait sa progression.

« Maintenant, on sait qu'il a continué [de progresser] et on connaît tous la suite. »

Brodeur juge qu'il a été chanceux de jouer pendant dix ans derrière une brigade défensive composée de Stevens, Daneyko et Scott Niedermayer, qui a été intronisé au Panthéon du hockey en 2013. Cette stabilité et la structure défensive mise en place par des entraîneurs tels que Jacques Lemaire, Larry Robinson et Pat Burns ont contribué aux succès de Brodeur. Or, il constitue lui-même une des pierres angulaires de ce système.

Son habileté pour sortir de son demi-cercle afin d'intercepter un dégagement et remettre le disque à ses défenseurs lui permettait de contrer l'échec avant de l'adversaire et d'amorcer la transition de la défense à l'attaque des Devils.

« Son talent de passeur facilitait la vie des défenseurs, a affirmé Daneyko. Son agilité avec la rondelle faisait en sorte qu'il était presque comme un troisième défenseur et ils ont dû faire un règlement juste pour Martin parce qu'il était trop bon. Aucune équipe ne pouvait faire d'échec avant contre nous. »

L'implantation du trapèze derrière les buts en 2005-06 a limité la marge de manœuvre des gardiens avec la rondelle, mais Brodeur est demeuré l'un des meilleurs de la LNH, remportant le trophée Vézina en 2006-07 et en 2007-08 et signant au moins 40 victoires dans quatre de ses cinq premières saisons sous ce nouveau règlement.

« Il y a beaucoup de joueurs qui font bonne figure bien pendant une courte période, a déclaré Brodeur. Ça peut être une semaine, un mois, deux mois ou une saison. Le plus dur est de le répéter. J'ai appris à être constant en observant Patrick Roy pendant plusieurs années. Il était comme ça, il n'avait jamais de mauvaises saisons. C'est un peu comme ça que je voyais ma carrière. 

« Je ne pouvais pas me permettre d'avoir une mauvaise année. »

En dehors de la LNH, la plus belle réussite de Brodeur a été d'aider le Canada à mettre la main sur la médaille d'or aux Jeux olympiques de 2002 à Salt Lake City. Il s'agissait de la première médaille d'or olympique au hockey pour le Canada en 50 ans et son père, qui avait gagné le bronze pour le Canada aux jeux de Cortina d'Ampezzo en 1956, était plus que ravi.

« Ce lien avec mon père est incroyable. C'était agréable de le voir après, a confié Brodeur. On est rentrés à la maison, il a enfilé son chandail d'Équipe Canada de 1956 et il voulait prendre une photo avec sa médaille et la mienne… Je pense qu'on est le seul duo père-fils de gardiens de but à avoir gagné une médaille aux Olympiques, alors c'était vraiment génial. »

Brodeur a toujours aimé partager de telles expériences avec sa famille et ses amis. Même s'il dit s'habituer à vivre sans son père, qui est décédé en 2013, sa mère Mireille, qui est morte en 2016, et son frère Claude, qui nous a quittés l'an dernier, il va ressentir leur absence lors de la cérémonie d'intronisation au Temple de la renommée du hockey. 

« Mais quand j'y repense, ils ont tout vécu avec moi et c'est la seule chose qu'ils vont manquer, a-t-il ajouté. Donc, je suis certain qu'ils vont être là, en haut, et qu'ils vont profiter de ce moment. »

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