L'amour du hockey va permettre à Kessel de marquer l'histoire
L'attaquant des Golden Knights va égaler un record en jouant son 989e match consécutif lundi

© Jeff Bottari/Getty Images
L'attaquant des Golden Knights de Vegas, assis devant son casier au City National Arena après l'entraînement de vendredi, vient de se faire demander s'il se souvient de la dernière fois où il a raté un match dans la LNH. Comme il est sur le point de devenir l'ultime homme de fer de la LNH, on pourrait s'attendre à ce qu'il connaisse la réponse. La plupart des joueurs le sauraient.
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Mais Kessel n'est pas un joueur comme les autres.
« Je n'en ai aucune idée », a répondu l'attaquant de 35 ans. « Vous allez devoir vérifier ça. »
Comment se fait-il qu'il ne le sache pas?
« Je n'ai aucun doute qu'il ne le sait pas », a assuré Wade Arnott, l'agent de longue date de Kessel. « Tu pourrais être sceptique avec une telle réponse de la part de beaucoup de joueurs et ne pas les croire. Mais dans le cas de Phil, je suis convaincu qu'il ne le sait pas.
« Phil n'est pas quelqu'un qui regarde ses statistiques ou des choses comme ça. Il ne regarde pas en arrière. Il vit dans le moment présent. »
Peut-être. Mais Kessel est sur le point de marquer l'histoire, à commencer par le duel des Golden Knights contre les Maple Leafs de Toronto au T-Mobile Arena lundi (22 h HE; TSN-4, ATTSN-RN, ESPN+, SN NOW).
Kessel devrait être sur la glace contre les Maple Leafs pour disputer un 989e match consécutif, ce qui lui permettra d'égaler le défenseur à la retraite Keith Yandle pour la plus longue séquence du genre dans l'histoire de la LNH. Le lendemain, il aura la chance d'établir un nouveau record contre les Sharks de San Jose au SAP Center.
Les chiffres sont renversants.
Pour votre information (et celle de Kessel), il n'a pas raté une rencontre depuis le 31 octobre 2009, quand les Maple Leafs se sont inclinés 5-4 en tirs de barrage contre les Canadiens de Montréal au Centre Bell.
Trois jours plus tard, le 3 novembre, la séquence prenait vie, même si personne n'aurait pu prédire cela à ce moment-là, incluant Kessel. En fait, il avait été durement mis en échec durant cette partie par le défenseur Mattias Ohlund dans un revers de 2-1 contre le Lightning de Tampa Bay à Toronto.
Après être demeuré sur la glace quelques secondes, il a balayé la neige sur lui et s'est relevé. C'est ce qu'il fait chaque fois qu'on le met en échec depuis et il est maintenant en position d'égaler la marque de Yandle 4738 jours après le début de sa séquence.
« J'ai toujours été un joueur qui préférait jouer plutôt que rater un match », a expliqué Kessel durant une entrevue de 10 minutes avec LNH.com. « J'essaie de jouer dans toutes les circonstances.
« Sinon, c'est de cette façon que ça prend fin, n'est-ce pas? »
À l'exception qu'on ne sait pas à quel moment la séquence prendra fin. En fait, s'il continue, il jouera une 1000e partie consécutive contre les Coyotes de l'Arizona à Las Vegas le 17 novembre.
Même la naissance de son premier enfant n'a pas brisé la séquence. Le 8 mars, Kessel, qui évoluait alors avec les Coyotes, a effectué une présence contre les Red Wings de Detroit, avant de sauter dans un avion nolisé par le propriétaire des Coyotes Alex Meruelo afin de retourner à Phoenix pour la naissance de son bébé. Même ce soir-là, Kessel voulait jouer tout le match, selon l'entraîneur André Tourigny.
Les obstacles ont été nombreux en cours de route. Alex Goligoski, son ancien coéquipier avec les Coyotes et avec l'Université du Minnesota auparavant, se rappelle que Kessel était aux prises avec une blessure aux tissus mous, mais qu'il refusait de rater des rencontres. Il s'absentait plutôt des entraînements pour se rétablir. Rick Tocchet, qui était entraîneur adjoint chez les Penguins de Pittsburgh durant le passage de Kessel avec l'équipe, a souligné que l'attaquant s'aide en ne se plaçant pas dans des situations où il peut être frappé solidement dans la bande ou mis en échec devant le filet.
« Oui, il y a de la chance dans tout ça », a mentionné l'entraîneur des Golden Knights Bruce Cassidy. « Et parfois, tu es chanceux de ne pas te placer dans des situations dangereuses. On sait que certains joueurs se blessent simplement parce qu'ils sont au mauvais endroit au mauvais moment. Ils se retournent et entrent en contact avec quelqu'un. Phil a fait du bon travail pour éviter ces situations.
« Cela dit, avec ce qu'il est sur le point d'accomplir, tout le mérite lui revient. »
Kessel ne se souvient pas de tous les petits bobos qu'il a dû surmonter pour que la séquence se poursuive. Il ne veut pas s'en souvenir non plus.
« Il y en a eu beaucoup, a-t-il confié. Mais je me suis toujours dit que j'allais jouer quand même parce que j'aime jouer. Je préfère jouer plutôt qu'être assis dans les estrades. »
Kessel cumule 957 points (399 buts, 558 passes) en 1210 matchs en carrière avec les Bruins de Boston, les Maple Leafs, les Penguins, les Coyotes et les Golden Knights. Le fait saillant de sa carrière : avoir aidé les Penguins à remporter la Coupe Stanley en 2016 et 2017.
« J'ai eu tellement de bons coéquipiers et j'ai gagné la Coupe Stanley deux fois. Je m'en tire plutôt bien, non? », a-t-il demandé en riant.
Difficile d'être en désaccord. Mais après avoir joué autant de minutes durant sa carrière, combien de temps compte-t-il jouer encore?
« Jusqu'à ce que quelqu'un me dise que je ne peux plus », a-t-il répliqué en riant.
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Le flirt de Kessel avec l'histoire de la LNH aurait pu prendre fin presque trois ans avant le début de sa séquence.
Six mois après avoir été repêché au cinquième rang total par les Bruins en 2006, Kessel a vu sa vie changer lorsqu'il a reçu un diagnostic de cancer des testicules le 11 décembre. Il a été opéré pour que le cancer soit retiré et il était de retour sur la glace avec Boston contre les Sénateurs d'Ottawa le 9 janvier, après avoir raté 11 matchs.
« Pouvez-vous imaginer? Vous n'avez que 19 ans, vous êtes encore un adolescent, vous vivez enfin votre rêve de jouer dans la LNH, puis votre vie entière est chamboulée, a dit Arnott. Je me souviens d'être allé à Boston, à l'hôpital à ses côtés.
« Heureusement, il s'en est bien sorti. Mais ça l'a transformé. Le contraire aurait été surprenant. »
En effet, la vision du monde de Kessel allait être profondément changée par cette expérience.
« Ce n'est pas facile, a-t-il raconté. Ça t'ouvre les yeux brusquement. Tu apprends et tu grandis assez rapidement. Ç'a changé la personne que je suis. Ça change ta perspective de la vie.
« Tu ne sais jamais ce qui peut arriver dans la vie. La vie est courte. L'important pour moi était de jouer. Je n'avais rien à cirer de ce qui entourait le hockey. J'adorais jouer à l'époque et j'adore jouer encore aujourd'hui. Avec ce que j'avais vécu, tout le reste n'avait pas d'importance. »
« Tout le reste », c'est être dans l'œil du public. Kessel n'a jamais aimé être sous les projecteurs et il a souvent été perçu comme renfrogné lorsque c'était le cas. Il n'a jamais été à l'aise dans cette situation et il ne s'en est pas excusé, même quand il a été critiqué par les médias au fil des ans.
Kessel a affirmé que son cancer lui a fait réaliser ce qui est important. La célébrité ne l'est pas, a-t-il dit.
« Je n'ai jamais porté attention à ce qu'on dit de moi, à l'exception de ce que disent mes amis, ma famille et mes coéquipiers, a mentionné Kessel. Beaucoup de gens ne me connaissent pas personnellement. Et plusieurs personnes qui parlent de moi ne connaissent parfois pas le hockey. »
Le directeur général des Coyotes Bill Armstrong a souligné que l'image que le public se fait de Kessel est très différente de la personne qu'il est derrière les portes closes d'un vestiaire. Kessel a joué avec l'Arizona de 2019 à 2022 avant de signer un contrat d'un an d'une valeur de 1,5 million $ avec les Golden Knights le 24 août.
« Phil a été extraordinaire, a dit Armstrong. Il a été un gros morceau de notre organisation. Il est une personne très intéressante. Je trouve qu'il est souvent mécompris. »
Dans quel sens?
« Parfois, lorsqu'il traverse des périodes où il ne joue pas bien, il y a certaines conversations que tu dois avoir avec Phil, et il est réceptif », a précisé Armstrong.
« Il devient frustré. Les gens pensent qu'il s'en fout, mais je ne pense pas que ce soit ça du tout. Je pense qu'il se soucie presque trop de l'équipe. Il se met presque trop de pression sur les épaules et il se referme sur lui-même. Et si tu n'interprètes pas ça de la bonne façon, tu peux penser qu'il est paresseux. Mais Phil fait exactement ce que tu lui demandes.
« Phil a beaucoup de qualités. Il est un spécimen, croyez-le ou non, avec sa manière de patiner à son âge et non niveau d'habiletés. Nous sommes heureux qu'il obtienne une occasion à Vegas. »
Jusqu'ici, Kessel est devenu l'un des joueurs les plus populaires des Golden Knights.
« Quiconque connait Phil hors de la glace sait à quel point il est extraordinaire dans un vestiaire », a dit le défenseur de Vegas Alex Pietrangelo. « Tout le monde veut le côtoyer, donc il est une belle acquisition pour nous. »
Cassidy l'a remarqué lui aussi.
« Les gars ici adorent Phil, a-t-il noté. Il a un sens de l'humour différent. Il détend l'atmosphère dans le vestiaire. J'adore le temps passé avec lui. Il aime parler de hockey et je trouve qu'il a été bon pour Vegas.
« J'ai parlé à différentes personnes de la manière dont il a contribué dans différents vestiaires. »
Jusqu'à maintenant, Kessel a démontré qu'il est tout aussi capable de faire des blagues que d'être la tête de Turc.
Voici un exemple.
Kessel n'a jamais été reconnu pour ses prouesses défensives. Il a un différentiel en carrière de moins-148, des chiffres qui le placent loin d'une nomination au trophée Selke à titre de meilleur attaquant défensif de la LNH.
Peu importe. Après avoir effectué quelques beaux replis défensifs à ses débuts avec les Golden Knights, il a rapidement reçu un nouveau surnom de la part de ses coéquipiers. On l'appelle maintenant Selke dans le vestiaire de Vegas.
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Kessel sera le premier à vous dire qu'il ne figurera jamais sur le frontispice d'un magazine de musculation.
Il fait 5 pieds 11 pouces et pèse 208 livres. Tocchet a déjà fait des blagues au sujet de la petite bedaine de Kessel. Il est même devenu viral sur les médias sociaux pour son amour des hot-dogs.
Il n'a pas exactement la stature d'un joueur sur le point de devenir le plus grand homme de fer de l'histoire de la LNH.
« Je suis un joueur de hockey, tout simplement, a dit Kessel. Il y en a de toutes les formes et grandeurs. »
Dans son cas, son physique peut être trompeur.
« Regardez ses statistiques et voyez à quel point il est un bon patineur, a dit Pietrangelo. Est-ce que son physique importe vraiment? Je ne pense pas.
« Regardez-le. Il a beaucoup plus de puissance que moi. Il y a une raison pour laquelle il est un aussi bon patineur. »
Le défenseur des Coyotes Shayne Gostisbehere croit savoir pourquoi.
« On dit de Phil qu'il ne s'entraîne pas et tout le bla-bla, a lancé Gostisbehere. Mais quand il se rend au gymnase, je vous jure qu'il a les jambes les plus fortes que j'ai jamais vues de ma vie.
« Ces photos avec les hot-dogs... Cette aura autour de lui, ce sont les médias et le public qui la lui attribuent. Ils créent cette bulle autour de lui. Mais tout le monde qui a joué avec lui connait le vrai Phil et sait qu'il travaille fort. »
À l'approche du record, Kessel est de plus en plus superstitieux. Il préfère ne pas en parler afin de ne pas saboter son moment avec l'histoire.
Mais ça n'enlève rien à ce qu'il est sur le point d'accomplir.
« Quand tu y penses, c'est vraiment exceptionnel », a dit son compagnon de trio Jack Eichel, qui a grandi en Nouvelle-Angleterre et été témoin des exploits de Kessel avec les Bruins. « Tu vois rarement un joueur disputer 82 matchs. Qu'il y soit arrivé pendant plusieurs saisons de suite, c'est impressionnant. »
Et vous n'entendrez jamais Kessel s'en vanter.
« Je veux simplement être considéré comme un bon coéquipier, a-t-il dit. J'ai encore du plaisir à jouer au hockey.
« Tant que ce sera le cas, je vais continuer. »

















