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Clint Malarchuk reprend goût à la vie

L'ancien gardien des Sabres est heureux de pouvoir aider ceux qui luttent contre la dépression comme lui

par Tom Gulitti @tomgulittinhl / Journaliste NHL.com

ARLINGTON, Virginie - Clint Malarchuk pleure. Et il n'est pas le seul. 

Dans son cas, c'est une bonne chose. Cela signifie que son message sur la vie avec la dépression et le trouble de stress post-traumatique (TSPT) a touché son public. 

« Ça veut dire que d'autres personnes comprennent ce que vous leur racontez », a révélé Malarchuk. 

Ce jour-là, au centre d'entraînement des Capitals de Washington, Malarchuk, un ancien gardien et entraîneur des gardiens dans la LNH, s'adresse à des joueurs du programme de hockey USA Warriors. Ce programme mise sur le hockey en tant qu'outil récréatif et thérapeutique pour ceux qui ont été blessés en servant leur nation. Lors des deux dernières années et demie, Malarchuk a parcouru les États-Unis et le Canada pour sensibiliser les gens au sujet de la santé mentale en racontant son histoire de survie après 20 années d'enfer personnel qui ont failli lui coûter la vie. 

Malarchuk est également un dentiste et un chiropraticien pour chevaux qui tient un petit ranch à Gardnerville, au Nevada, et il estime qu'il fait une trentaine de présentations par année. Il discute de son expérience avec le trouble obsessionnel compulsif (TOC), la dépression, l'anxiété, l'alcoolisme, les tentatives de suicide et le TSPT dans des entreprises, des écoles et des universités. 

Or, c'est son travail avec les vétérans de l'armée et les premiers répondants qui est le plus satisfaisant. Il a qualifié son après-midi avec les membres du programme USA Warriors, qui a compris une petite partie sur la glace, « de l'un des moments les plus importants, amusants et émouvants de sa vie. » 

« Le lien était très fort entre le hockey, l'amour du hockey, la guérison par le hockey et le TSPT dont moi et d'autres dans la pièce avons souffert, a mentionné Malarchuk. Donc, ç'a été une expérience extraordinaire pour moi. » 

Comment un ancien gardien de 55 ans peut-il se sentir aussi proche de ceux qui ont servi et donné autant pour leur pays? Malarchuk n'a jamais été dans l'armée, mais psychologiquement, il a vécu les mêmes choses que ces vétérans. 

« J'étais impatient de le rencontrer après avoir découvert sa situation parce que je voulais savoir comment un civil avait géré tout ça », a lancé Rafael Delgado, un sergent d'état-major de l'armée américaine à la retraite qui a été blessé au combat en Iraq. « Après [l'avoir écouté], j'ai réalisé qu'on avait beaucoup de points communs. 

« Le TSPT reste le TSPT, peu importe où on l'attrape. » 

*** 

Malarchuk, qui a disputé 10 saisons dans la LNH avec les Nordiques de Québec, les Capitals de Washington et les Sabres de Buffalo, commence sa présentation par un avertissement. L'histoire de sa coupure au cou alors qu'il évoluait avec les Sabres le 22 mars 1989 est bien connue, mais le documentaire d'ESPN qu'il s'apprête à montrer aux membres du programme USA Warriors contient des scènes difficiles à regarder. 

« Il y a un peu de sang », a tout simplement dit Malarchuk. « Est-ce que ça risque d'indisposer quelqu'un? J'espère que non. Si c'est le cas, fermez les yeux et écoutez. » 

Malarchuk a perdu près du tiers de son sang ce soir-là, presque tout sur la glace du Buffalo Memorial Auditorium, après que la lame du patin de l'attaquant des Blues de St. Louis Steve Tuttle lui eut coupé la jugulaire et atteint la carotide. Sa vie a été sauvée par le soigneur des Sabres Jim Pizzutelli, un vétéran de la guerre du Vietnam, et des chirurgiens qui ont dû faire 300 points de suture pour refermer sa blessure. 

Une cicatrice de 15 centimètres sur le côté droit du cou de Malarchuk est encore visible, d'ailleurs. L'homme de Grande Prairie, en Alberta, vit toujours avec des séquelles psychologiques également. 

Malarchuk est revenu devant le filet des Sabres pour affronter les Nordiques de Québec 11 jours après avoir été coupé par le patin de Tuttle, mais il était loin d'être guéri. Pendant presque trois ans, il a été victime de crises de panique et de cauchemars récurrents. 

« J'ai passé dix jours sans dormir, a-t-il confié. Chaque fois que je m'assoupissais, je revoyais le patin. » 

Le 26 janvier 1992, Malarchuk s'est rendu à une fête pour le Super Bowl chez son coéquipier des Sabres Dale Hawerchuk. Il a pris quelques verres, puis il est rentré chez lui et a vidé une bouteille de scotch. Il a ensuite pris ses médicaments pour son ulcère et des analgésiques pour soulager la douleur causée par une vertèbre cassée. 

« Je ne pouvais pas dormir, alors quand je suis revenu [de cette fête], je voulais dormir. J'ai pris le contenant de pilules qui disait qu'elles causaient la somnolence si on les mélangeait avec de l'alcool, a expliqué Malarchuk. Je me suis donc dit : "Oui, cette nuit, je vais dormir." » 

Malarchuk s'est évanoui sur le plancher de sa chambre et a fait un arrêt cardiaque. Il a été transporté à l'hôpital pour y être réanimé. 

« Non, ce n'était pas une tentative de suicide. Pas cette fois-là », a précisé Malarchuk à son auditoire. « Je souffrais de TSPT. Tout voulait exploser. » 

*** 

Selon le Centre national du TSPT, environ sept ou huit pour cent de la population américaine souffrira de TSPT à un moment ou à un autre de sa vie et environ huit millions d'adultes américains vivent avec le TSPT chaque année. 

Ces chiffres sont plus importants chez les anciens combattants. Près de 30 pour cent des vétérans de la guerre du Vietnam ont souffert du TSPT. Tout comme environ 12 pour cent de ceux de la guerre du Golfe et de 11 à 20 pour cent de ceux des opérations Liberté irakienne et Liberté immuable. 

« Nos soldats, ils survivent à la guerre, mais quand ils reviennent, même si leur corps est en un seul morceau, plusieurs sont malades ou blessés psychologiquement à cause du TSPT », a indiqué Malarchuk. 

Une étude du Département des anciens combattants publiée en 2016 estime qu'en moyenne, 20 vétérans se suicident chaque jour. Malarchuk sait pourquoi plusieurs d'entre eux en viennent là. 

Son TSPT n'a été diagnostiqué qu'après sa tentative de suicide du 7 octobre 2008. 

À la suite de l'incident de la fête du Super Bowl en 1992, Malarchuk a reçu un diagnostic de TOC. Le Dr Stephen Stahl, un professeur de l'Université de la Californie à San Diego et un spécialiste du TOC, lui a prescrit du Zoloft et Malarchuk a semblé prendre du mieux pendant un certain temps. 

Puis, l'attaquant des Panthers de la Floride Richard Zednik s'est fait couper la carotide par le patin de son coéquipier Olli Jokinen lors d'un match contre les Sabres le 10 février 2008. Malarchuk, qui était l'entraîneur des gardiens des Blue Jackets de Columbus à l'époque, a été inondé d'appels et de demandes d'entrevue. 

Malarchuk prenait ses médicaments, mais il n'avait pas vu de thérapeute depuis plusieurs années. L'accident de Zednik a déclenché sa rechute dans l'alcool. 

« Je ne voyais pas de psychiatre et après 15 ans, j'ai développé une insensibilité [au Zoloft]. Quand l'accident de Richard Zednik est arrivé, c'était un cocktail explosif, je suppose », a indiqué Malarchuk. 

Six mois plus tard, il s'est saoulé à son ranch, il a pointé un fusil sur son menton et pendant que sa femme Joanie regardait, il a appuyé sur la détente. La balle a fait éclater son menton, ses dents, l'os de sa joue et une des orbites de ses yeux. 

Contre toute attente, il a survécu. Encore. 

Pour cette partie de l'histoire de Malarchuk, il projette une radiographie montrant la balle logée de façon permanente dans son crâne sur l'écran derrière lui. 

« On se réveille à l'hôpital avec une balle dans la tête. Ça fait trois fois qu'on évite la mort, alors on commence à se demander à quoi ça sert », a raconté Malarchuk à son public du programme USA Warriors. « Les deux journées les plus importantes de votre vie sont celles de votre naissance et celle où vous comprenez pourquoi vous êtes né. Je croyais être né pour être un joueur de hockey, alors en raison de mon TOC, c'est ce que j'ai fait et je suis aussi devenu entraîneur dans la LNH. Mais même quand je jouais dans la LNH, je me sentais coupable. Je me sentais coupable parce que je n'étais pas heureux. Je souffrais d'anxiété et de dépression. Je vivais tout ça. 

« Maintenant, je comprends pourquoi j'ai joué dans la LNH. Je comprends pourquoi j'avais ces démons et j'en combats encore certains aujourd'hui. Mais j'ai trouvé mon but. Mon but est d'être ici, à votre service, et c'est un travail extraordinaire. » 

*** 

Après sa tentative de suicide ratée, Malarchuk a passé six mois dans un centre de réadaptation à San Francisco. Quand il a su qu'il souffrait de TSPT, sa réaction initiale a été de le nier. 

Ça ne correspondait pas à son image de « gardien cowboy ». 

« J'étais tellement insulté parce que j'étais une vedette à Buffalo, a-t-il déclaré. Je suis revenu au jeu si vite [après avoir été coupé au cou] que toute la ville me vénérait. Je représentais le côté dur et ouvrier d'une ville comme Buffalo. Donc, quand on m'a annoncé que j'avais le TSPT et que c'était la cause de tous mes problèmes, j'étais insulté parce que je voyais ça comme de la faiblesse et non une maladie. Pourtant, c'est [une maladie]. On est malades, on est blessés. » 

C'est l'essence du message de Malarchuk. La maladie mentale n'est pas un signe de faiblesse. Demander de l'aide ne fait pas de nous des faibles. 

« Quand j'étais en service, on m'a diagnostiqué une dépression et j'ai été hospitalisée », a ajouté Jane Polcen, une majore de l'armée américaine à la retraite. « C'est génial que [Malarchuk] nous raconte ça, surtout pour des soldats. Je ne savais pas que j'étais dépressive et quand je l'ai découvert, je ne voulais pas en parler parce que je devais rester forte, comme tout ce qu'il a raconté. 

« Comme dans le hockey, dans l'armée, il n'y a pas beaucoup de soldats prêts à en parler. » 

Malarchuk a appris que parler avait un effet thérapeutique pour lui. Il a aussi rédigé son autobiographie, en collaboration avec Dan Robson, intitulée A Matter of Inches - How I Survived in the Crease and Beyond. (Au Canada, son livre est sorti sous le titre de The Crazy Game.) 

Après la publication du livre en novembre 2014, Malarchuk a commencé à faire plus d'apparitions publiques. 

« J'ai détesté l'écrire », a-t-il révélé à propos du livre. « Les gens me demandaient si c'était thérapeutique. Non, ç'a été très difficile. J'ai souvent abandonné, mais j'y revenais toujours. Depuis que je l'ai fait, je reçois tellement de commentaires. C'est justement une autre des raisons pour lesquelles j'aime les soldats et les premiers répondants parce que ceux qui ont lu mon livre sont venus me voir pour me dire qu'ils croyaient être seuls là-dedans, qu'ils se sentaient seuls. » 

Malarchuk a ajouté qu'après avoir réalisé qu'il n'était pas seul et avoir accepté son diagnostic de TSPT, il a pleuré pendant trois jours. Aujourd'hui, plusieurs personnes dans l'auditoire pleurent aussi. 

« C'est génial de savoir qu'on les a aidés seulement en se confiant à eux, a-t-il révélé. Quand je vois des gens avec les larmes aux yeux, je finis habituellement par pleurer moi aussi. » 

Malarchuk y a ajouté une touche d'humour pour égayer l'atmosphère, mais les traumatismes et la maladie mentale sont des sujets sérieux. Delgado est un de ceux qui ont pleuré à la suite du récit de Malarchuk. Il a eu besoin d'un peu de temps pour se ressaisir après l'avoir pris dans ses bras et l'avoir remercié. 

« Son message est lourd, a admis Delgado. J'espère que le fait qu'il soit capable de faire ça va pouvoir nous montrer à ne pas jouer aux durs parce que je devais atteindre ce moment où j'ai pu me dire : "Ça va aller, ça va aller." J'ai dû évacuer ça moi-même. » 

Malarchuk a mentionné que plusieurs membres du programme USA Warriors qui étaient présents ce jour-là ont communiqué avec lui depuis. Il les a invités à venir le visiter à son ranch si jamais ils veulent en parler davantage. 

Son rêve est de profiter de son amour des chevaux pour créer un programme de thérapie équine destiné aux premiers répondants et aux soldats souffrants de TSPT. 

« J'aimerais avoir un camp avec des cabanes où les vétérans pourraient venir passer dix jours pour travailler avec les chevaux et des thérapeutes équins. On ferait des feux de camp, on se raconterait des blagues et des histoires. Ce serait un endroit où les gens retrouveraient d'autres gens semblables, a conclu Malarchuk. J'ai tout ça en tête. J'aimerais aussi qu'il y ait un psychologue sur place pendant les dix jours. On pourrait ainsi s'amuser tout en guérissant. » 

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