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MONTRÉAL – Dans un marché bouillonnant comme celui de Montréal, où une simple déclaration peut allumer un feu, la prudence représente souvent la meilleure arme. Jeff Gorton et Kent Hughes ont compris ce principe.

En conférence de presse lundi matin au Centre Bell, le vice-président exécutif aux opérations hockey et le directeur général ont fait le bilan de cette saison 2024-2025 des Canadiens de Montréal pendant près de 45 minutes tout en négociant avec délicatesse chacune des questions. L’objectif consistait à ne pas gonfler les attentes après une participation au premier tour des séries ce printemps, où les Canadiens ont subi l’élimination en cinq matchs contre les Capitals de Washington.

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« Il y a plusieurs avantages à ce que nous avons accompli, mais le travail n’est pas terminé, a dit Gorton. Nous avons connu une bonne saison, une saison qui était excitante à suivre et à vivre. Nous espérons qu’elle servira de pierre d’assise pour la suite. »

Pour passer à l’étape suivante ou pour accélérer encore plus sa reconstruction, le CH aura besoin de se dénicher un deuxième centre. Techniquement, ce souhait devrait se retrouver très haut dans la liste des priorités du vice-président des opérations hockey et du directeur général.

« Vraiment! », a répliqué Gorton en souriant lorsque le collègue Marc De Foy, du Journal de Montréal, lui a fait la remarque au sujet d’un deuxième centre.

« Je lis mieux en français que je peux le parler, a poursuivi l’Américain de 56 ans. Est-ce diffusé dans le reste de la Ligue? Je comprends la question et le désir d’améliorer l’équipe comme notre deuxième trio. Nous avons suivi notre saison. Ça ne nous échappe pas. Mais si vous cherchez une réponse aujourd’hui, j’y répondrai que nous aurons besoin de temps. Il y a d’autres façons aussi pour améliorer notre niveau de talent au sein des deux premiers trios. Si tu regardes à travers la LNH, il y a des équipes qui misent sur des joueurs qui ne jouent pas au centre, mais qui amassent près de 100 points et qui font rouler leur trio. Il y a plusieurs manières d’y parvenir. »

« C’est difficile pour nous de vous dire ce que nous ferons et les joueurs que nous avons ciblés, a poursuivi Gorton. Vous pouvez comprendre. »

Assis à la gauche de Gorton au podium, Hughes a également maîtrisé l’art de cacher son jeu.

« Ça prend de l’expérience et de bons meneurs, et il faut continuer d’ajouter des pièces à l’équipe », a dit le DG du CH en tentant d’expliquer la route à suivre pour devenir une équipe qui participera tous les ans aux séries. « Mais ce dont j’ai discuté avec Jeff ce matin, c’est de réaliser qu’il y a certaines choses dont nous pouvons discuter et d’autres choses dont nous ne pouvons pas. Nous ne voulons pas dire aux 31 autres équipes ce que nous désirons faire.

« Nous voulons ajouter du talent à l’équipe. Il faut déterminer comment nous établirons l’équilibre entre ajouter de l’expérience et continuer d’offrir de l’expérience à nos jeunes joueurs. »

Au bilan des joueurs vendredi, Nick Suzuki a mentionné qu’il s’attendait à voir l’entrée d’autres jeunes joueurs la saison prochaine. S’il restait conscient d’un possible rajeunissement avec l’insertion probable de David Reinbacher, Ivan Demidov, Oliver Kapanen ou Owen Beck, le capitaine a lancé le message qu’il n’avait pas l’intention de vivre un recul.

« Comme je l’ai mentionné à Martin (St-Louis), nous aurons toujours à déterminer cet équilibre entre la jeunesse et l’expérience, que ce soit cet été ou dans le futur, a affirmé Hughes. Il n’y a personne qui veut reculer. Mais pour ne pas reculer, ça doit commencer aujourd’hui avec le travail de tout le monde jusqu’au camp au mois de septembre. J’espère que ce que nous avons vécu (une présence en séries) nous donnera encore plus faim comme équipe et individuellement. Je souhaite aussi voir nos jeunes grandir encore plus. »

Hutson : une priorité oui et non

Lane Hutson, qui pourrait faire partie des trois candidats pour l’obtention du trophée Calder à titre de recrue de l’année dans la LNH, aura l’occasion de négocier une prolongation de contrat à partir du 1er juillet. Vendredi dernier, Hutson n’a pas caché son désir de s’entendre rapidement avec le Tricolore.

« Oui, nous aimerions lui offrir un contrat et nous parlerons avec son agent, a répliqué Hughes. J’ai vu que Lane avait dit qu’il aimerait obtenir un contrat plus tôt que tard. Mais ce n’est pas une priorité. C’est important de se parler et d’apprendre ce qui est important pour Lane. De là, nous regarderons si c’est possible de s’entendre pour un contrat.

« Avec Cole Caufield, nous avions attendu à la fin de son contrat de recrue. Pour Slaf (Slafkovsky) et Guhle, nous avions négocié une prolongation de contrat un an avant la fin de leur entente. Nous devrons commencer à nous parler pour savoir où nous nous dirigerons. »

Slafkovsky a paraphé le 1er juillet 2024 une prolongation de contrat de 8 ans et 60,8 millions (7,6 millions en moyenne à partir de la saison 2025-2026). Sans être un génie comptable, on peut déjà prédire que le contrat de Hutson sera plus généreux, tournant assez facilement au-dessus de neuf millions annuellement.

Sans Laine, pas de séries

Le cas Patrik Laine était aussi un sujet de discussion en cette journée de bilan. Auteur de 20 buts, dont 15 en supériorité numérique en seulement 52 matchs, Laine n’a pas marqué en deux rencontres en séries. Il a regardé les trois derniers matchs de la passerelle de presse en raison d’une fracture à un doigt.

Si on décortique moindrement les propos des deux hommes de hockey du Tricolore, l’énigmatique ailier finlandais semble toujours figurer dans les plans de l’équipe. Il jouera la saison prochaine la dernière année d’un pacte lui rapportant 8,7 millions.

« Pour moi, on n’est pas en séries sans Laine, a dit l’ancien agent de joueurs. Il a donné du bon hockey à son retour de sa blessure (genou). Il a marqué des buts importants. Il n’a pas suivi une route toujours en ligne droite. Il a aussi eu de la difficulté à cinq contre cinq. Mais je restais impressionné par Patrik. Il a toujours démontré un désir de s’améliorer, même pour un joueur qui en avait déjà fait beaucoup offensivement dans la LNH. »

La fragilité de Dach et l’avenir de Vincent

Opéré pour une deuxième fois en un an et demi au genou droit, Kirby Dach fera partie des joueurs qui auront plusieurs choses à prouver lors du prochain camp. Avant de faire un X sur sa saison à la fin du mois de février, Dach n’avait pas réussi à démontrer qu’il avait l’étoffe d’un deuxième centre.

« Il n’a pas connu la saison qu’il voulait ou que nous voulions de lui, a admis Hughes. Il ne faut pas négliger le fait qu’il revenait d’une blessure sérieuse. Dès le départ, nous avons vu qu’il n’avait pas son coup de patin. Dans une ville comme Montréal, un marché de hockey, ça devient lourd quand un joueur connaît un mauvais départ. On parle de toi tous les jours et il y a un effet boule de neige. Mentalement, ça devient difficile pour les athlètes. Je crois encore en Kirby. Il a un potentiel comme joueur.

« Je ne dirais pas qu’il s’agira de sa dernière chance, mais il jouera une saison très importante, a-t-il enchaîné. Il le sait et nous le savons aussi. »

Il n’y avait pas uniquement des enjeux touchant le futur du CH dans cette conférence. L’avenir de Pascal Vincent, élu l’entraîneur en chef de l’année dans la Ligue américaine (trophée Louis-A.-R.-Pieri), a aussi fait surface.

D’ici les prochaines semaines, Vincent pourrait être courtisé par l’une des nombreuses équipes de la LNH à la recherche d’un nouvel entraîneur.

« On va voir, a répondu Hughes lorsque questionné sur cette possibilité. Pascal a connu une très bonne saison avec le Rocket. Il y a huit ou neuf équipes qui regarderont pour un entraîneur. Si ça arrive, ça arrive. Mais c’est certain que nous n’aimerions pas le perdre. »