RALEIGH, Caroline du Nord – Lane Hutson portait encore dans son visage les marques et les égratignures de six semaines de hockey de séries. La déception se lisait dans ses yeux et son ton de voix après que le parcours des Canadiens de Montréal eut été freiné à trois victoires de la finale de la Coupe Stanley.
Mais, fidèle à sa réputation, le défenseur avait déjà le regard tourné vers l’avenir.
« Il y a beaucoup de leçons à tirer de ce qui s’est passé dans les dernières semaines, beaucoup d’accomplissements dont on peut être fiers, a lancé le jeune homme de 22 ans. Je n’ai aucun doute que nous serons de retour dans cette situation. J’ai déjà hâte de reprendre l’aventure. »
Cette aventure, elle a commencé il y a presque huit mois. Elle a nécessité 101 matchs dans une saison au calendrier condensé. Il y a aussi eu deux longues séries, deux matchs ultimes, beaucoup de hauts, autant de bas, et cinq rencontres extrêmement ardues contre une équipe à maturité, prête à gagner.
Tout ça alors que le Tricolore avait encore la plus jeune équipe de la Ligue, et qu’il devait – à la base – se battre pour une place en séries éliminatoires. Ces minces attentes ont été largement dépassées.
Reste qu’après tout ce chemin, les Canadiens repartent les mains vides. Ça doit faire mal.
« Ça devrait mettre de l’huile sur le feu, et faire de nous une équipe encore plus affamée, a philosophé l’entraîneur Martin St-Louis. On a perdu, mais on va se souvenir de tout le plaisir qu’on a eu pendant six semaines. C’est ça, le plus dur quand c’est fini, c’est de revenir à une vie normale.
« À ma première expérience en séries comme joueur, j’avais perdu au deuxième tour. Je ne pouvais pas croire qu’on allait devoir jouer 82 autres matchs avant de retrouver ce plaisir. Quand tu goûtes à ça, ça te rend plus affamé. Il y a eu des moments plus difficiles, mais c’est incroyable d’avoir vécu tout ça. »
Avec le nouveau format, le Tricolore aura 84 matchs à jouer, l’an prochain, avant de goûter à nouveau au hockey de printemps – à condition d’y faire sa place. En théorie, il devrait y parvenir. Le noyau de l’équipe commence à avoir beaucoup d’expériences intéressantes derrière la cravate.
Il a vécu une course endiablée pour une place en séries et une élimination crève-cœur au premier tour, l’an dernier. Il vient d’y ajouter une saison couronnée de succès individuels et collectifs, deux séries remportées en sept matchs et un dur rappel que l’expérience ne s’achète pas contre les Hurricanes, en finale de l’Est.
« On a fait de gros pas vers l’avant, a souligné Alexandre Carrier. On a une jeune équipe, et il y avait beaucoup d’attentes envers nous cette année. Malgré ça, on a continué de s’améliorer. Tous nos joueurs l’ont fait, les jeunes comme les plus vieux. On a aussi gagné deux rondes de séries. Il faut voir le positif de tout ça. »
Et aussi garder en tête ce qui a, entre autres, mené à leur perte. Les hommes de St-Louis ont raté la chance d’éliminer le Lightning de Tampa Bay et les Sabres de Buffalo à la première occasion. Ils ont aussi maintenu une piètre fiche de 2-6 devant la foule du Centre Bell – de loin la plus bruyante du circuit.
« Si j’ai appris une leçon, c’est qu’il faut être capables de finir une série en six matchs quand tu en as la chance, a fait valoir Phillip Danault. Il faut apprendre à jouer devant notre foule, aussi. Nous aurions eu besoin d’économiser de l’énergie. Mais tu ne choisis jamais ton parcours. »
De beaux souvenirs
Il y a fort à parier que les 23 joueurs qui ont fait partie de cette aventure, chacun à leur manière, ne changeraient absolument rien à la route qu’ils ont dû emprunter. Les obstacles qu’ils ont surmontés, et aussi ceux qui leur ont barré la route, leur serviront pour la suite des choses.
« Tu ne grandis pas sans être placé dans des situations inconfortables, a observé St-Louis. Quand tu te fais tester physiquement et mentalement comme ça, ce sont tellement des moments qui te font grandir. Tu ne peux pas répliquer ce stress physique et mental. Je suis content qu’on ait eu la chance de vivre ça. »
Même si ça n’a pas toujours été rose, et même si le club a encaissé quelques varlopes en chemin, les joueurs garderont de très bons souvenirs des 41 derniers jours qu’ils ont passés ensemble dans les tranchées.
« C’était tellement le fun de gagner avec ces gars-là, a assuré Hutson. Je ne peux même pas expliquer le sentiment. Quand nous étions à notre mieux et que nous gagnions, c’étaient probablement les meilleurs moments que j’ai vécus dans ma carrière. C’est vraiment plaisant de faire partie de ce groupe. »
Un groupe qui restera majoritairement intact, mais qui présentera assurément un nouveau visage dans quelques mois à peine. Parce qu’il est déjà presque temps d’amorcer un nouveau chapitre.
« C’est le plus de plaisir que j’ai eu à jouer au hockey, a conclu Carrier. L’équipe est incroyable et on a tellement de plaisir. C’est ça qui est plate, il y a toujours des changements. C’est ça la business et c’est ça qui est le plus triste. On aurait aimé se rendre en finale et gagner la Coupe cette année.
« Reste qu’il y avait de quoi de spécial dans le groupe qu’on avait. »


















