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Bouchard: Les Sénateurs s'imposent

La troupe de Guy Boucher a remporté huit de ses 10 derniers matchs et fait mentir les observateurs

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Les Sénateurs d'Ottawa sont sur une lancée : six victoires de suite, huit à leurs 10 derniers matchs. Les hommes de Guy Boucher sont en train de faire mentir bien des analystes - dont votre humble serviteur - qui, dès le mois de décembre, notaient leur piètre différentiel de tirs et considéraient que cette équipe vivait sur du temps emprunté.

Ce « problème » du nombre de tirs obtenus est encore bien présent. Même lorsqu'on ajuste en fonction du score - j'utilise la formule développée par le blogueur Micah Blake McCurdy - on constate que, sur 10 matchs, les Sénateurs n'ont que rarement obtenu la part du lion des tirs vers le filet depuis le début de la saison.

Il semble que les Sénateurs sont une équipe sous-estimée par ces indicateurs de possession de rondelle. La chose s'illustre en observant les variations de la part des tirs obtenus par l'équipe en fonction du score. Pour simplifier les choses, j'aime bien distinguer le score en trois catégories élémentaires : une équipe est en avance lorsqu'elle a au moins deux buts d'avance lors des deux premières périodes, ou un seul but d'avance en troisième. Au contraire, une équipe est en retard lorsqu'elle affiche un déficit de deux buts lors des deux premières périodes, ou d'un seul but en troisième. Enfin, lorsque le score est égal en troisième ou qu'un seul but sépare les deux équipes lors des deux premières périodes, le score est serré.

Les Sénateurs ne font pas figure d'exceptions, lorsqu'on divise les choses ainsi. En fait, ils font légèrement moins bien que les autres équipes de la ligue lorsqu'ils ont l'avance ou encore si le score est serré.

 

Par contre, les Sénateurs sont depuis quelques mois de plus en plus opportunistes. Après avoir passé le premier quart de la saison à jouer du hockey de rattrapage, ils ont joué la moitié de leur temps en troisième période en défendant une avance depuis une vingtaine de matchs.

 

À défaut de prendre le contrôle du jeu, donc, on a à tout le moins fait preuve d'opportunisme. Mais un autre élément nous indique que les Sénateurs sont sur la corde raide. 

Depuis le début de la saison, les Sénateurs sont au sixième rang pour le temps passé à jouer, en fin de 3e période, contre des adversaires qui ont retiré leur gardien. Ils n'ont malgré tout accordé que deux buts dans cette situation et, surtout, ils ont obtenu pas moins de 15 buts dans un filet désert! C'est le plus haut total de la LNH, à égalité avec les Blackhawks de Chicago et le Wild du Minnesota.

Les Sénateurs sont donc encore une équipe qui vit sur la ligne. En gros, le sort de l'équipe repose sur les épaules d'Erik Karlsson, Mike Hoffman, Derick Brassard et Michael Stone. Ce sont ces joueurs qui, match après match, poussent l'équipe vers la zone offensive et gardent les meilleurs adversaires en échec.

On a bien vu des combinaisons secondaires efficaces apparaître. Jean-Gabriel Pageau et Tom Pyatt sont consacrés aux missions défensives, notamment aux mises en territoire des Sénateurs. Mark Borowiecky et Chris Wideman ont fait du très bon boulot comme troisième paire défensive. Notez comment, dans ce graphique du site hockeyviz.com, ils se situent en haut et à droite du graphique, signe d'un tandem qui obtient plus de tirs et réduit ceux de l'adversaire.

Mais au bout du compte, on sent qu'il manque quelque chose à cette équipe, quelque chose comme un ou deux joueurs que les anglophones appellent des « middle-six », des joueurs qui, sans être des contributeurs de premier trio, sont capables de faire le boulot sur le deuxième trio et déclassent leurs adversaires lorsqu'ils sont sur un troisième trio. L'acquisition d'Alex Burrows s'inscrit parfaitement dans cette logique.

La régression rapide de Bobby Ryan, depuis deux ans, fait dans ce contexte vraiment très mal. Parce que les Sénateurs, quoi qu'on en pense, ne sont pas en position de reconstruire. Leurs attaquants sont dans la force de l'âge (du noyau, seuls Pageau et Stone ont moins de 25 ans!) et surtout, Erik Karlsson n'a que deux autres saisons à écouler à son contrat, après quoi, son salaire va exploser. On doit donc trouver le moyen de rabouter tout ce qu'on trouve de mieux pour tirer le maximum des deux prochaines campagnes. Encore ici, la logique derrière le contrat de deux saisons accordé immédiatement à Burrows après son acquisition devient plus claire : on ne sent manifestement pas que suffisamment de jeunes poussent dans l'organisation pour le déloger du 12 partant à moyen terme.

La présente résurgence des Sénateurs, fortement tributaire d'un opportunisme qui ne dure jamais, n'est donc pas une mauvaise chose dans les circonstances. Une équipe compétitive qui participe aux séries, a plus de chances d'attirer les joueurs autonomes de son choix. Avec 17 joueurs sous contrat et un peu moins de 10 millions $ sous le plafond l'été prochain, ne nous étonnons pas si Ottawa décide de choisir cette option pour obtenir de l'aide à court terme.

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