Question piège: Qui a passé le plus de temps sur la patinoire du Centre Canadian Tire depuis son ouverture, il y a 30 ans?
À première vue, cela semble être une question facile pour les passionnés de hockey. Bien que la LNH n'ait commencé à enregistrer les données relatives au temps de glace qu'en 1997-1998, deux ans après l'ouverture du bâtiment, la réponse ne peut être que Chris Phillips ou Daniel Alfredsson, n'est-ce pas ?
Erreur. La bonne réponse, c’est le conducteur de Zamboni Glen McDonald. Ses collègues Silvano Bergnach, Ralph Yeretch et Sean Cavanagh le suivent de près. McDonald faisait partie de l’équipe d’entretien de la patinoire depuis le mois de mars 1996. Ses trois collègues ont fait leurs débuts en 2000.
En cette soirée de match particulière, comme les milliers d'autres avant elle, leur commande nocturne chez Tim Hortons attend les pilotes et l'équipe chargée de la glace qui arriveront environ deux heures et demie avant le coup d'envoi, les cafés et les beignes perdant rapidement leur chaleur dans le tunnel froid.
Les personnalités de la télévision — Jamie McLennan et Claire Hanna de TSN ce soir-là — et les officiels hors glace se faufilent dans cet espace qui offre tout juste assez de place pour faire demi-tour avec les deux machines à chaque fois qu'elles passent sur la glace. Les bottes sont posées près des chaises où l'équipe enfile ses patins.
Le juge de ligne à la retraite Derek Nansen — que Sean connaît depuis ses années dans le hockey mineur à Kanata — entre avec son petit-fils, les oreilles brûlantes, quelques minutes après que les quatre aient évoqué son dernier match dans la LNH, qui s'est déroulé en avril dernier au Canadian Tire Centre.
Son petit-fils s’installe joyeusement sur une Zamboni, qui n'est étonnamment que la troisième de ce type que le bâtiment ait vue depuis son ouverture.
Pendant ce temps, les quatre chauffeurs de Zamboni déclarent que la finale de la coupe Stanley de 2007 — McDonald et Bergnach étaient derrière le volant lors du match numéro trois, que les Sénateurs ont remporté à la maison — a été le point culminant de leurs carrières.
En 2009, lorsque Jordan Eberle a marqué le but égalisateur dans la demi-finale du championnat mondial junior, ils étaient des spectateurs attentifs. Ils se trouvaient à quelques centimètres de l’action.
Au printemps 2015, le quatuor a ramassé des douzaines de hamburgers sur la glace durant l’épopée du Hamburglar. La soirée la plus occupée fut celle du 19 mars, quand la recrue Curtis Lazar a choisi de célébrer la victoire de 6-4 contre le Minnesota en dégustant un quart de livre avec fromage.
En décembre 2017, le groupe a quitté Kanata pour une rare fois. Il s’est retrouvé sur la colline parlementaire pour préparer la patinoire en prévision de la Classique 100 de la LNH. « Il a beaucoup neigé ce soir-là. Nous avons beaucoup pelleté », raconte Cavanagh. « L’ambiance était vraiment cool. La foule était bonne. On ne sait pas si cette opportunité va se présenter à nouveau », ajoute McDonald.
La saison dernière, McDonald a recruté son fils, Tyler, pour faire partie de l’équipe. Le plus jeune membre de la famille McDonald est un commentateur sportif qui a décrit des matchs de hockey dans le réseau universitaire canadien et dans la Ligue de hockey de l’Ontario. Pendant la journée, cependant, il gère un aréna, comme le font ou l'ont fait les quatre pilotes actuels de la Zamboni, avant de prendre leur retraite ou d'être promus à des postes de supervision.
Les deux membres de la famille McDonald se rendent au boulot ensemble. Quand ils quittent Barrhaven, ils écoutent la station de radio TSN 1200. C’est un élément important de leurs soirées de matchs.
Et ce sont des déplacements bien plus agréables que celui que certains conducteurs doivent parfois effectuer dans le cadre de leur travail. Il arrive parfois qu’on ait besoin d’une Zamboni de rechange. Ces dernièeres sont empruntées au Bell Sensplex, le centre d’entraînement des Sénateurs situé à proximité.
Car bien sûr, la finale de la coupe Stanley, les matchs pour l’obtention des médailles d’or, les retraits de chandails et autres célébrations ont marqué l’histoire de l’aréna, les anecdotes les plus drôles proviennent d’événements un peu moins médiatisés.
À l’époque où l’équipe d’entretien de la glace ne comptait que deux personnes (aujourd’hui, elles sont entre 10 et 12 à nettoyer la glace), Cavanagh a accroché une carre dans une ornière et s’est retrouvé les quatre fers en l’air, sur la glace.
Le légendaire défenseur des Red Wings de Détroit, Chris Chelios, a aidé Cavanagh à se relever, non sans lui avoir d’abord donné un coup de poing amical. « Ce que j’ai vu, c’est que les joueurs de Détroit étaient regroupés en cercle autour de lui; tout à coup, je ne voyais plus où il était », explique Bergnach. « Tout à coup, les joueurs de Détroit ont reculé d’un bond et voilà Chelios qui l’a relevé. C’était drôle. »
Un coup de poing amical de la part du tenace Chelios n’est rien comparativement à l’altercation entre McDonald et un certain John Tortorella, alors que l’entraîneur au franc-parler se trouvait derrière le banc du Lightning de Tampa Bay.
En fait, pendant cette pause télévisée, il n’était pas vraiment derrière le banc. Celui qu’on surnomme Torts était au niveau de la glace, face à face avec un malheureux déneigeur.
On vous rappelle qu’à l’époque, une petite poignée de de déneigeurs sautaient sur la patinoire durant les pauses de deux minutes. Ils devaient agir très rapidement. McDonald croit que Tim Swords, qui occupe aujourd’hui le poste de directeur de la production d’événements au sein de l’organisation, a été un témoin privilégié de l’événement.
« Quand je suis passé devant le banc de Tampa Bay, les premiers joueurs se sont tassés pour me laisser passer. Les trois joueurs suivants ne les ont pas suivis », dit McDonald.
« J’ai vite compris pourquoi je ne pouvais plus avancer. Je lève les yeux et je me rends compte que je suis nez-à-nez avec Torts. Il est en train d’expliquer un jeu sur son tableau blanc. Il me hurle de me tasser de son chemin. »
« Je lui ai répondu que je voulais bien me tasser, mais c’était impossible » poursuit McDonald. « Les joueurs ont bien ri. Ils m’ont laissé passer. »




























