Perron-Brady

Curieusement, David Perron n’était pas le joueur le plus heureux sur la patinoire, lundi soir à Nashville, lorsqu’il a trompé la vigilance de Juuse Saros pour marquer son premier but dans l’uniforme des Sénateurs d’Ottawa.

La réaction de Brady Tkachuk était encore plus forte. Le capitaine a carrément explosé de joie.

«Je suis tellement content», a-t-il crié.

Perron était bien loin de chez lui mais un vétéran à l’attitude bienveillante faisait tout en son possible pour qu’il ne se sente pas trop seul.

Ce vétéran, c’était Keith Tkachuk.

Tkachuk ouvrait très souvent les portes de sa maison à ses jeunes coéquipiers.

«Parfois, quelques joueurs allaient manger chez les Tkachuk. Parfois, j’y allais seul, se remémore l’attaquant québécois. Quand j’étais assis à table, il m’arrivait de faire des calculs. Je me rendais bien compte qu’il y avait une moins grande différence d’âge entre les enfants de Keith et moi.»

Quand le repas était terminé, Perron ne se sentait donc pas trop mal d’aller au sous-sol avec les jeunes Matthew, Brady et Taryn pour s’amuser un peu.

«On jouait de gros matchs de mini-hockey», raconte Perron.

De gros matchs?

«Avec les garçons, ça jouait déjà très dur dans les coins.»

Perron se permet d’insister, sur ce sujet. Si les frères font aujourd’hui partie des attaquants en puissance les plus respectés dans la LNH, c’est qu’ils ont appris très tôt à jouer de la bonne façon.

«C’était fou! Matthew et Brady, ensemble, ça n’avait aucun sens! Quand j’allais chez eux, ce que j’aimais, c’était de baigner dans une véritable ambiance de hockey. Ce n’était pas du tout négatif. Chez les Tkachuk, on avait du fun! Il y avait des chandails encadrés sur les murs. Le sous-sol, c’était pour les matchs de mini-hockey. Les fins de semaine étaient dédiées au hockey mineur. Keith était un vrai passionné de hockey. Il parlait de hockey tout le temps! Je me souviens que Keith pouvait se montrer dur envers les jeunes parce qu’il tenait à ce qu’ils jouent de la bonne façon. Il voulait qu’ils soient des attaquants en puissance et c’est exactement ce qu’ils sont devenus aujourd’hui.»

Les souvenirs de Brady sont similaires.

Il sourit, par exemple, lorsqu’on lui parle de mini-hockey.

«Nous avons fait beaucoup de trous dans les murs de la maison de mes parents! Lorsque des ouvriers venaient faire des réparations, on se dépêchait de faire de nouveaux trous», rigole-t-il.

«Je crois que DP venait nous rendre visite plus souvent que les autres joueurs des Blues», ajoute Brady, tout en précisant que le jeune attaquant québécois ne se contentait pas de jouer au hockey avec les enfants Tkachuk. «Il jouait aux jeux vidéo, aussi. Un jour, mon père a essayé de se joindre à nous, mais on a beaucoup ri de lui parce que c’était la première fois qu’il essayait et qu’il n’était vraiment pas très doué.»

«Je me souviens d’avoir voyagé avec DP pour assister au Match des étoiles de 2009 à Montréal. Mon père participait au Match des étoiles et DP était là pour le match des jeunes étoiles. C’est un beau souvenir.»

Un leader exigeant

En tant qu’adjoint au capitaine Eric Brewer, Keith Tkachuk pouvait aussi se montrer très dur envers les recrues des Blues, en 2007.

Le jeune Perron, qui avait causé la surprise en se taillant un poste alors qu’il était toujours éligible pour le hockey junior, l’a vite découvert à ses dépens.

Et ça ne le dérangeait pas du tout!

«Keith était très tough. En fait, il ne me lâchait pas. Parfois, après une période où j’avais fait une erreur, il ne voulait pas m’apostropher devant tout le monde. Il pouvait demander aux trainers de venir le voir dans le couloir. Quand ça se produisait, je savais bien ce qui m’attendait.»

Perron avait été choix de première ronde. En 2007, alors qu’ils étaient engagés dans une phase de reconstruction, les Blues détenaient trois des 26 premières sélections du repêchage. Lorsqu’est venu le temps d’effectuer leur troisième sélection, ils ont décidé de prendre une chance en réclamant ce jeune homme au parcours intrigant, qui avait disputé une seule saison dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (LHJMQ) et qui n’avait jamais vraiment évolué dans des niveaux compétitifs dans le hockey mineur.

«J’avais beaucoup à apprendre. Il y avait plein de petits détails, dans la game, qui m’échappaient. Pour certaines choses, on peut dire que j’ai appris à la dure. En même temps, je ne suis pas convaincu que j’aurais connu une aussi longue carrière dans la Ligue nationale si je n’avais pas vécu ces moments-là. Je ne serais plus là sans des gens, comme lui, qui ont eu la patience de m’enseigner ce que je devais apprendre.»

Parmi tous les joueurs qui ont été repêchés en 2007, seulement trois ont franchi le plateau des 1100 matchs joués dans la LNH. Le tout premier joueur sélectionné cette année-là, Patrick Kane, arrive en tête de liste. L’ailier américain a disputé 1274 rencontres. Jamie Benn et Perron occupent les deux échelons suivants, eux qui ont joué respectivement 1165 et 1147parties.

Perron a porté les couleurs de six équipes différentes. Il a marqué plus de 300 buts. Il a été le meilleur marqueur des Blues au printemps 2019, lorsqu’il a remporté la coupe Stanley.

Ottawa Pour La Famille

David Perron est assez fier, aujourd’hui, de vivre dans une maison où le hockey occupe beaucoup de place.

En signant un contrat d’une durée de deux ans, l’été dernier, il était content de se rapprocher de la maison. Pour la première fois de sa carrière, il vit à moins de 400 kilomètres des Cantons de l’Est, la région du Québec où il a grandi. Il savait aussi que ses enfants pourraient s’épanouir en participant à des activités bien structurées.

Il ne pouvait pas savoir, à l’époque, à quel point tout cela serait bénéfique. Pour plein de gens!

«J’arrive à un autre niveau, dans ma carrière. Je pense à ma famille. Je constate que tout n’est pas à propos de moi. Si je donne le choix à mes parents de venir à Ottawa pour venir voir un de mes matchs, ou pour voir un des matchs de mon fils, je sais très bien de quel côté ils vont pencher! Et je ne vois pas ça de façon négative du tout!»

Perron, désormais, se perçoit désormais comme un mentor. Il aimerait bien aider les jeunes joueurs des Sénateurs à grandir et à apprendre. Il aimerait être celui qui transmet les connaissances, quitte à parfois se montrer un peu sévère.

Il ne demande rien de mieux que de le faire à Ottawa, une ville où il se plaît énormément. «Dans chaque ville où j’ai joué, j’ai accumulé un peu de bagage. Les deux dernières années avec les Red Wings m’ont permis de me préparer à gérer différentes situations. Y’a des matchs que tu devrais gagner et que tu ne gagnes pas. J’ai compris qu’il est important d’utiliser les bonnes méthodes pour avancer. Et oui, de temps en temps, il faut apprendre à transformer des expériences négatives en opportunités d’apprentissage positives. Toutes mes expériences m’ont bien préparé», pense-t-il.