OReilly-Horvat-split

MANALAPAN, Floride - Lou Lamoriello ne savait pas que l'acquisition de Bo Horvat par les Islanders de New York, le 30 janvier, allait engendrer autant d'activité bien avant la date limite des transactions.

« Nous savions qu'il était disponible, et si tu peux prendre de l'avance dans quelque chose que tu veux faire le plus rapidement possible, à quoi ça sert d'attendre? », a demandé Lamoriello, le directeur général des Islanders, à la réunion des DG cette semaine.
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L'acquisition de Horvat des Canucks de Vancouver a été la première de 45 transactions impliquant 90 joueurs et 61 choix au repêchage entre le 30 janvier et le 2 mars. Il y a eu 21 autres échanges impliquant 34 joueurs et 14 choix le 3 mars, le jour de la date butoir.
S'il est trop tôt pour le dire avec certitude, plusieurs directeurs généraux croient que les nombreux mouvements dans les semaines précédant la date limite cette année pourraient devenir la norme.
« C'est peut-être la tendance qui va s'installer », a souligné le DG des Sharks de San Jose Mike Grier. « C'est ce qu'on voit dans certains autres sports, surtout quand tu es une équipe acheteuse. C'est logique d'acquérir des joueurs plus tôt pour leur permettre de s'acclimater à leur nouvel environnement. […] C'est vers là qu'on se dirige. Ça fait une longue période des transactions, mais ça gâche un peu la journée de la date butoir. »
Plusieurs théories circulent pour expliquer l'allure qu'a prise cette date limite des transactions, alors que des joueurs de premier plan comme Horvat, Vladimir Tarasenko, Patrick Kane, Timo Meier et Ryan O'Reilly sont tous passés de l'Association de l'Ouest à l'Association de l'Est.
Par les années passées, le plafond salarial empêchait les équipes de bouger rapidement, car plus une équipe attend longtemps, plus elle accumule d'espace en fonction de la comptabilité reliée au plafond salarial.
Mais le DG du Lightning de Tampa Bay Julien BriseBois a souligné que presque la moitié de la Ligue utilise l'argent dégagé par la liste des blessés à long terme, ce qui signifie qu'elles avaient un montant fixe d'espace sous le plafond salarial qui n'allait pas changer.
Quand une équipe ajoute le nom d'un joueur sur la liste des blessés à long terme, particulièrement un joueur qui ne reviendra pas au jeu lors de la saison en cours, elle peut dépasser la limite du plafond salarial par le montant qu'elle a placé sur la liste des blessés à long terme.
De plus en plus d'équipes utilisent cet argent dégagé par la liste des blessés à long terme, ce qui a permis à ces équipes d'agir plus tôt durant la saison, car elles n'avaient pas à se soucier d'accumuler de l'espace sous le plafond salarial quotidiennement.
« Toutes les équipes avec des joueurs sur la liste des blessés à long terme - et ce n'est pas notre cas - n'accumulent pas d'espace sous le plafond salarial, a expliqué BriseBois. Tu sais avec quelle marge de manœuvre tu opères. »
Plusieurs de ces équipes sont en position de participer aux séries éliminatoires, incluant le Lightning, les Maple Leafs de Toronto, les Golden Knights de Vegas, les Bruins de Boston et les Devils du New Jersey. Toutes ces formations ont procédé à des acquisitions importantes avant la journée de la date butoir.
BriseBois a indiqué que l'utilisation de la liste des blessés à long terme a augmenté depuis que la LNH a dû imposer un plafond salarial fixe à compter de la saison 2020-21, en raison des revenus perdus avec la pandémie.
Le plafond salarial est resté à 81,5 millions $ de 2019 à 2021. Il est passé à 82,5 millions $ cette saison. Il devrait monter à 83,5 millions $ la saison prochaine et pourrait même grimper un peu plus en fonction des revenus reliés au hockey.
« Je pense que le plafond salarial fixe nous a forcés à bien comprendre comment utiliser la liste des blessés à long terme, a renchéri BriseBois. Peu d'équipes utilisaient la liste des blessés à long terme dans les premières années du plafond salarial. Tout le monde essayait de se garder une marge de manœuvre. Personne ne dépensait jusqu'à la limite. Mais maintenant, il y a tellement d'équipes qui sont près de la limite, et c'est ce qu'il faut faire si tu utilises la liste des blessés à long terme. Aussi bien en profiter pleinement. »
Les équipes vont s'adapter lorsque le plafond salarial fera bel et bien un bond important - on s'attend à ce qu'il grimpe de 4,5 millions $ la saison prochaine ou pour la saison 2024-25 -, mais les équipes qui dépensent jusqu'à la limite vont vraisemblablement continuer à le faire, ce qui fait que certaines d'entre elles vont continuer à utiliser la liste des blessés à long terme.
« Tu fais tes projections en fonction de ça », a dit BriseBois.
Les échanges à trois équipes ont également été populaires cette saison, ce qui a facilité la tâche des équipes prises à la gorge avec le plafond salarial ou celles qui utilisent la liste des blessés à long terme.
Quatre transactions ont impliqué une troisième équipe qui retenait du salaire en retour d'une compensation afin de permettre à l'équipe acheteuse de faire cadrer le joueur sur sa masse salariale.
« Il y avait plus d'équipes qui voulaient agir comme tierce partie et participer », a noté Lamoriello.
Les Coyotes de l'Arizona l'ont fait dans la transaction qui a fait passer Kane des Blackhawks de Chicago aux Rangers de New York.

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Le Wild du Minnesota a facilité la transaction ayant envoyé O'Reilly des Blues de St. Louis aux Maple Leafs ainsi que l'échange de Dmitry Orlov et de Garnet Hathaway, qui sont passés des Capitals de Washington aux Bruins.
Même chose pour les Canadiens de Montréal, qui ont contribué à l'échange ayant envoyé Nick Bonino des Sharks aux Penguins de Pittsburgh.
« Avec le plafond salarial fixe, économiser le moindre sou un peu partout devient une priorité », a affirmé le DG des Golden Knights de Vegas Kelly McCrimmon.
La parité ainsi qu'un niveau de compétition relevé ont incité les équipes à conclure des transactions rapidement, et le scénario pourrait se répéter dans l'avenir.
La parité dans la LNH fait en sorte que de plus en plus d'équipes croient qu'elles ont une chance de gagner la Coupe Stanley, ce qui crée des acheteurs agressifs qui veulent agir vite pour obtenir les joueurs qu'ils ciblent.
Certaines équipes comme les Blues et les Capitals ont reconnu que même si elles étaient encore dans la course aux séries, elles n'allaient pas lutter pour la Coupe Stanley cette saison, donc elles ont accepté de se départir de joueurs importants qui en étaient à leur dernière année de contrat.
Les deux équipes avaient plusieurs joueurs qui répondaient à ce critère : les attaquants O'Reilly, Tarasenko, Noel Acciari et Ivan Barbashev ainsi que le défenseur Niko Mikkola pour les Blues; les attaquants Hathaway, Lars Eller et Marcus Johansson ainsi que le défenseur Orlov pour Washington.
Ils ont tous changé d'adresse.
« Il y a de moins en moins d'équipes qui sont à l'aise d'être en milieu de peloton, et plusieurs équipes connaissent une très bonne saison et croient qu'elles ont de bonnes chances de gagner la Coupe, donc elles acceptent d'investir, a dit BriseBois. Certaines équipes ont clairement indiqué qu'elles doivent mettre la main sur des choix au repêchage pour bâtir une équipe prétendante à la Coupe Stanley pendant plusieurs années. »
Rien de tout ça ne devrait changer dans l'avenir, ce qui permet de croire que ce qui s'est produit cette saison va se produire de nouveau.
« Je ne serais pas surpris que cette tendance se poursuive », a confirmé le DG des Hurricanes de la Caroline Don Waddell. « On va mesurer l'efficacité de cette stratégie avec les succès des équipes. Les raisons pour lesquelles ça s'est produit cette année sont logiques, mais c'était beaucoup plus tôt que par les années passées, c'est certain. »