ASKAROV BADGE THIBAULT

Choix de première ronde des Nordiques de Québec au repêchage 1993 de la LNH, Jocelyn Thibault a disputé 586 matchs au cours de sa carrière de 15 saisons dans la LNH. Il a porté l'uniforme des Nordiques, de l'Avalanche du Colorado, des Canadiens de Montréal, des Blackhawks de Chicago, des Penguins de Pittsburgh et des Sabres de Buffalo, signant 238 victoires. Il a été entraîneur des gardiens de l'Avalanche pendant deux saisons et il est désormais propriétaire du Phoenix de Sherbrooke dans la LHJMQ. Il a accepté de collaborer avec l'équipe de LNH.com pour traiter des dossiers chauds devant les 32 filets de la Ligue.
Ils sont probablement plusieurs sur la planète hockey à avoir regardé attentivement le match entre les Canadiens de Montréal et les Predators de Nashville, jeudi.

Et ce n'était pas pour voir l'hommage, quoique réussi, à P.K. Subban. C'était sans aucun doute pour voir comment allait se débrouiller Yaroslav Askarov à son tout premier départ dans la LNH. Croyez-moi, ce n'est pas d'hier que le gardien russe fait jaser - et saliver - les recruteurs et les dirigeants de la grande ligue.
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Je me souviens l'avoir vu jouer pour la première fois à 16 ans au Défi mondial des moins de 17 ans, à Saint-Jean au Nouveau-Brunswick, alors que j'étais directeur général du Phoenix de Sherbrooke. Déjà à ce moment, on pouvait parler d'un phénomène : deux ans avant son repêchage, plusieurs l'avaient à l'œil.
Quand on l'a vu devant le filet, on capotait tous et des recruteurs d'équipes de la LNH étaient déjà convaincus qu'il serait un choix de première ronde. Ça s'est avéré en 2020 quand il a été réclamé au 11e rang.
Si vous avez regardé le match contre les Canadiens - une défaite de 4-3 - vous avez probablement remarqué quelques similitudes entre son style et celui de ses compatriotes russes Andrei Vasilevskiy, Igor Shesterkin et Alexandar Georgiev. Généralement, il est assez facile d'identifier les gardiens russes par leurs mouvements, la qualité de leur jeu de pieds et leur athlétisme hors du commun.
Ce que j'aime particulièrement chez Askarov, et ce qui saute aux yeux depuis quelques années, c'est qu'il est toujours stable quand les lancers sont décochés.
Autant il est mobile, autant il sait quand se planter les pieds pour faire face à la menace. Il travaille beaucoup en shuffle, c'est-à-dire qu'il se déplace latéralement avec des mouvements courts et secs qui limitent les failles dans sa muraille. En bon français, il est écoeurant dans cet aspect! Ses capacités athlétiques lui permettent aussi de sortir de sa technique pour faire des arrêts quand il en a besoin - on l'a vu quand il a exécuté deux ou trois fois le grand écart en début de match contre le Tricolore.

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De ce point de vue, je vois beaucoup de similitudes entre son jeu et celui de Vasilevskiy. Une des grandes différences, toutefois, est que j'ai l'impression qu'Askarov joue petit dans son filet. Il mesure 6 pieds 4 pouces, mais on a parfois l'impression qu'il ne s'en sert pas. D'un autre côté, il a seulement 20 ans et ne pèse que 180 livres, comparativement aux 220 livres de Vasilevskiy.
Il a aussi démontré dans ce premier match qu'il ne manquait pas de confiance en n'hésitant pas à sortir de son filet pour jouer la rondelle, et en effectuant quelques feintes également. Il aurait peut-être pu se garder une petite gêne par moments - notamment sur le jeu qui a mené au but de Kirby Dach - mais quand un gardien est habile en maniement de rondelle, une équipe ne devrait pas s'en priver.
Sur une saison complète, les bons coups vont être plus nombreux que les gaffes. Et ces gaffes vont survenir de moins en moins souvent, au fur et à mesure que les défenseurs connaîtront les tendances et les habitudes de leur gardien. Vous comprendrez donc qu'il a fait preuve d'un peu d'audace à son tout premier match derrière cette brigade défensive.
Fort de cette première expérience, Askarov retournera probablement dans la Ligue américaine sous peu, et c'est bien correct ainsi. Les Predators comptent sur un excellent gardien en Juuse Saros et ils n'ont aucune raison de bousculer les choses avec leur jeune espoir. C'est une bonne chose qu'il transite par la Ligue américaine après des saisons au cours desquelles il n'a disputé que très peu de matchs dans la KHL.
L'environnement parfait
Une chose est certaine, c'est que les Predators n'ont pas hésité à l'envoyer dans la mêlée dans un environnement assez impressionnant. Le Centre Bell était bruyant, surtout après le discours livré par Subban.
Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ça peut être une bonne chose pour un gardien même si ce sont des moments assez stressants. La première fois que j'ai joué dans la LNH, c'était à l'ancien Garden de Boston alors que j'étais venu en relève à Stéphane Fiset après une période. C'était à l'époque où les Bruins alignaient les Raymond Bourque, Adam Oates, Cam Neely et compagnie.
Je m'en étais quand même bien tiré. Par la suite, l'entraîneur des gardiens Daniel Bouchard avait poussé fort pour que j'obtienne un départ au Stadium de Chicago plutôt qu'à Hartford, justement parce que l'ambiance plus terne d'Hartford faisait en sorte que c'étaient des matchs plus difficiles à jouer.
Tout ça pour dire que ce n'est pas mauvais de mettre un jeune gardien dans des situations plus émotives. C'est même mieux que de l'envoyer dans la mêlée pour un match somnifère.
Les dirigeants des Predators avaient fait leurs devoirs, et se doutaient bien qu'Askarov était suffisamment outillé pour relever le défi de Montréal. Ils ne s'étaient pas trompés.
\Propos recueillis par Guillaume Lepage, journaliste LNH.com*