Marie-Philip-Poulin

Dans le cadre des textes de la série « Tête-à-tête avec… », nous nous entretenons avec des acteurs du monde du hockey afin d'en apprendre plus sur leur vie sur la glace et à l'extérieur. Cette édition met en vedette la joueuse étoile Marie-Philip Poulin.

L'une des meilleures hockeyeuses au monde depuis plus d'une décennie, Marie-Philip Poulin a inspiré de nombreuses jeunes filles et femmes à chausser les patins et à s'initier au sport qui a permis à l'attaquante canadienne d'assouvir sa soif d'excellence depuis son plus jeune âge.
À LIRE AUSSI : Tête-à-tête avec… Zach Werenski
Poulin a mené le Canada à trois médailles d'or olympiques (Vancouver 2010, Sotchi 2014, Pékin 2022) en marquant le but gagnant chaque fois. À vrai dire, « Captain Clutch » a marqué deux fois lors du gain face aux États-Unis à Pékin, faisant d'elle la première joueuse - hommes et femmes inclus - à trouver le fond du filet lors de quatre finales olympiques consécutives.
Elle a pu montrer l'étendue de son talent pendant le match féminin à 3-contre-3 du concours d'habiletés de la LNH en 2020 et elle participe à plusieurs autres événements qui font grandir la popularité du hockey féminin. Poulin faisait notamment partie de l'équipe Harvey's au dernier « Secret Dream Gap Tour » de l'Association professionnelle des joueuses de hockey féminin (PWHPA).
LNH.com s'est entretenu avec Poulin pour discuter notamment de son embauche à titre de consultante au développement des joueurs des Canadiens de Montréal en juin, de l'importance des embauches féminines aux opérations hockey à travers la Ligue, de l'implication de Billie Jean King avec la PWHPA et de son influence sur son sport.
Qu'est-ce que ton embauche par les Canadiens signifie pour toi?
« Je viens du Québec, donc les Canadiens ont évidemment fait partie de mon enfance. J'avais déjà pensé à la possibilité de faire partie de l'organisation à un moment de ma carrière. C'est arrivé plus tôt que je le prévoyais, mais c'est fantastique. Évidemment, c'est un emploi à temps partiel étant donné que je joue encore, mais j'apprends beaucoup et tout le monde est accueillant. C'est intéressant d'être dans l'entourage de l'équipe et de découvrir une autre facette du hockey. »
Comment en êtes-vous arrivés là? Comment l'équipe t'a-t-elle approchée?
« Après les Jeux olympiques (2022), j'ai eu quelques appels, puis à un certain moment, je suis allée rencontrer [le vice-président exécutif des Canadiens] Jeff Gorton, [le directeur général] Kent Hughes et quelques autres personnes. Nous nous sommes assis pour discuter d'où j'en étais dans ma carrière et de ce que je voulais éventuellement accomplir. J'ai été très claire avec eux que ma priorité était de jouer, évidemment, et ils étaient très ouverts à l'idée. Puis, ils m'ont simplement demandé si je voulais devenir consultante au développement des joueurs. C'est une belle et amusante opportunité. »
As-tu hésité?
« C'était une décision claire, mais je voulais quand même prendre le temps de vérifier si ça allait bien s'agencer avec mon horaire. Évidemment, c'était difficile de dire non à une telle offre. C'est exceptionnel de faire partie de l'organisation. »
Pendant le camp d'entraînement des Canadiens, nous t'avons vue sur la patinoire en compagnie de plusieurs entraîneurs et consultants, dont Vincent Lecavalier. Comment as-tu trouvé l'expérience? Qu'en as-tu tiré?
« Probablement la préparation et l'effort mis. Le hockey évolue chaque jour, que ce soit de développer une nouvelle feinte, une nouvelle façon de changer un match. Évidemment, l'embauche [du directeur au développement hockey] Adam Nicholas et la présence du reste de l'équipe de développement des joueurs qui apporte de nouvelles idées concernant les habiletés est quelque chose de nouveau selon moi. Je crois que d'être entourée d'eux et de voir comment ils bougent, comment ils font les choses, est très « cool ». Et étant donné que je joue encore, je vois parfois une nouvelle freinte et je me dis que je veux essayer ça tout de suite. C'est bien d'avoir cette perspective différente, notamment pour pouvoir l'inclure dans son propre jeu. »
Que penses-tu de l'augmentation des embauches féminines au sein des opérations hockey d'équipes de la LNH?
« C'est formidable. Je crois qu'il y en a de plus en plus qui s'ajoutent et c'est excellent. Pas seulement pour la cause des femmes, mais aussi - et surtout - pour notre connaissance du hockey. Voir davantage de femmes avec des organisations de la LNH me fait espérer que nous aurons notre propre ligue de hockey féminin. Nous sommes sur la bonne voie pour y arriver. C'est bien de voir des embauches faites indépendamment de si tu es un homme ou une femme, mais plutôt par rapport à ta connaissance du hockey. C'est majeur. »
Peux-tu nous expliquer ce que signifie le nom de votre tournée Secret Dream Gap Tour?
« Il y a trois ans, la Ligue canadienne de hockey féminin (LCHF) s'est dissoute très rapidement. Ç'a eu lieu pendant les championnats du monde, et notre équipe canadienne a rencontré l'équipe américaine afin de voir ce qui allait se passer. Au terme de cette rencontre, nous avons créé la PWHPA afin d'avoir une alternative viable et très professionnelle pour nous. Nous aimerions déjà avoir cette alternative, mais toutes les bonnes choses prennent du temps. Nous avons collaboré avec plusieurs bonnes personnes, dont la présidente de la PWHPA Jayna Hefford et Billie Jean King. Nous avons des investisseurs. Nous espérons mettre tout cela en place dans la prochaine année. »
Tu suis les traces de Jayna et de plusieurs autres grandes joueuses qui ont contribué à bâtir le hockey féminin. Et je suis certain que tu réalises que de jeunes filles qui te regardent aujourd'hui vont un jour suivre tes traces parce que tu les as inspirées. Ça doit venir avec énormément de responsabilités et d'efforts pour toi, incluant à l'extérieur de la patinoire.
« Oui. Au cours des dernières, c'est allé plus loin que de simplement jouer. Nous avons travaillé extrêmement fort. Je ne pense pas que les gens voient ça. Bien entendu, nous nous entraînons et nous jouons avec intensité, mais quand nous enlevons nos patins, le travail n'est pas terminé. Nous devons prendre le temps d'aller à la rencontre des jeunes filles, prendre du temps avec nos partisans. Nous devons nous tourner vers les médias sociaux pour attirer des gens à s'impliquer avec nous. Et je ne pense pas que les gens le réalisent. Bien entendu, nous adorons notre sport. Nous sommes des passionnées. C'est génial de voir les jeunes filles dans les estrades avec les yeux brillants et de les entendre scander les noms des joueuses. Mais c'est gros. Nous le prenons comme un privilège et c'est génial. Nous voulons créer quelque chose non seulement pour nous, mais aussi pour la prochaine génération. »
D'où vient ton amour du hockey et qu'est-ce qui t'attend pour la suite?
« Ça fait partie de moi depuis longtemps, depuis que je suis petite, et honnêtement, je ne m'en lasse pas.
« C'est drôle. Je me suis toujours dit que le jour où j'allais me présenter à l'aréna et que je n'aurais plus de plaisir, ce serait la fin pour moi. Mais à 31 ans, quand je vais à l'aréna, c'est l'endroit où je me sens bien. Tu te présentes là-bas et tu ne réfléchis pas. Tu vis le moment présent et tu fais tes choses. Tu côtoies tes amies, et c'est le meilleur sentiment au monde. Évidemment, je déteste perdre, je ne vais pas mentir. Mais ça fait partie du hockey. Quand tu prends un pas de recul pour réfléchir, tu réalises pourquoi tu fais tout ça, et j'adore ce sport depuis l'âge de 4 ans.
En dehors du hockey, qu'est-ce qui te passionne?
« Rien en particulier. Je possède un véhicule récréatif, donc quand j'ai du temps, j'aime aller dehors et faire un feu de camp. J'aime respirer l'air frais. »