Morin Lepage

NASHVILLE - Étienne Morin a beau se tenir en plein cœur de Nashville, à quelques centaines de mètres du Bridgestone Arena où se tiendra le repêchage de la LNH, il n'a toujours pas pris la pleine mesure de ce qu'il s'apprête à vivre dans les prochains jours.

C'est pourtant le moment dont le défenseur des Wildcats de Moncton rêve depuis longtemps et qu'il attend depuis le début de la dernière saison. Le moment où il revêtira le chandail d'une équipe de la grande ligue.

« On dirait que je ne le réalise pas encore, lance-t-il à l'ombre d'un hôtel du centre-ville. C'est étrange de penser que je suis ici, que c'est la LNH et que j'ai la possibilité d'être un choix de première ronde. »

C'était l'objectif ultime dès le jour où il est tombé en amour avec le hockey dans son Valleyfield natal. C'est avec cette étape importante en tête qu'il a orienté ses choix, qu'il a fait des sacrifices, et que ses parents l'ont soutenu invariablement, sans restriction.

Fort d'une récolte de 72 points, dont 21 buts, en 67 rencontres cette saison, Morin a mis la cerise sur le sundae pour bien placer ses pions et espérer être appelé au podium dès la première ronde, mercredi.

« Il nous a toujours dit qu'il voulait être un joueur de hockey dans la vie, a raconté son père Roger, assis aux côtés de sa mère Isabelle. Que ce soit dans n'importe quelle ligue, il voulait faire ça de sa vie. Chaque fois qu'il gravissait les échelons, certaines personnes nous disaient qu'il avait quelque chose de spécial. »

À travers les fins de semaine passées dans les arénas, les longs voyages en voiture - dont un aller-retour à Toronto pour prendre part à un entraînement d'une heure dirigé par l'ancien défenseur Carlo Colaiacovo - et les visites à Moncton en cours de saison, ils ont toujours été à ses côtés.

Ils le seront aussi lors du jour J, comme sa sœur Catherine. Évidemment.

« Il y a beaucoup de stress de leur côté, je dirais, a lancé Morin en riant. Ils sont beaucoup plus stressés pour moi que je le suis réellement moi-même. C'est toujours comme ça. C'est une expérience qui arrive juste une fois dans une vie et on va essayer d'apprécier ça le plus possible. »

Toujours humble, le jeune homme de 18 ans est bien conscient de la chance qu'il a d'avoir des parents aussi dévoués, qui n'ont jamais compté les heures pour lui permettre de se développer et de s'épanouir dans son sport. Pour eux, ces longues heures n'ont jamais été un sacrifice.

« On n'a jamais mis de limites pour qu'il atteigne son rêve, a dit sa mère Isabelle. Petit, il disait qu'il allait jouer au hockey comme bien des garçons. On a vite réalisé qu'il se passait quelque chose quand il était sur la glace. […] Le bonheur d'une mère passe par le bonheur de son enfant. S'il est heureux, je le suis aussi. »

C'est à ce moment que le jeune homme l'a interrompu pour ajouter un bémol : « En fait, le gros sacrifice a été la porte de garage! »

Il semblerait qu'elle ait aussi payé le prix chez les Morin en raison de rondelles errantes, au même titre que la fameuse sécheuse de Sidney Crosby. Ce fut le cas au domicile familial de plusieurs joueurs qui ont atteint le sommet. Elle est peut-être là, la clé.

« Quand des gens viennent chez nous et qu'ils cherchent la maison, on leur dit de chercher la porte de garage », a lancé Isabelle en riant. Son père Roger a ensuite enchaîné en rappelant que Phillip Danault avait payé une nouvelle porte de garage à ses parents à la signature de son premier contrat dans la LNH.

Peut-être s'agissait-il d'un message pour fiston, qui écoutait attentivement.

En attendant, les Morin devront faire preuve de patience. Ils n'ont jamais compté les heures, mais les prochaines seront longues. Plus le moment approchera, plus il sera difficile d'éviter de penser à des scénarios ou de se faire des idées sur les potentielles destinations du jeune homme.

Il y a, au moins, beaucoup d'endroits où passer le temps dans la capitale du country.

« Tout le monde est arrivé en ville, a conclu Roger. Ce soir, on va aller souper en équipe… en famille! (rires) »

« On est une équipe aussi! », a rattrapé Isabelle.

Elle est en fait là, la vraie clé.