Le matin du 22 mars 2008, Armstrong s'est envolé vers Québec dans le but de se rendre ensuite à Chicoutimi, où il voulait absolument voir un espoir à l'œuvre. La tâche s'annonçait difficile, puisqu'une tempête de neige frappait le Québec au moment où son avion s'est posé sur le tarmac de l'Aéroport Jean-Lesage.
Armstrong allait devoir conduire de Québec jusqu'à Chicoutimi, une distance de 215 kilomètres à travers la réserve faunique des Laurentides.
Du moins, c'est ce qu'il pensait.
« J'ai changé de vol plusieurs fois parce que je voulais vraiment réussir à voir le gars, a expliqué Armstrong. Quand je suis arrivé, on m'a dit que je n'allais pas réussir à me rendre, mais j'ai demandé le plus gros camion possible, avec des chaînes aux pneus.
« Le préposé m'a demandé de voir mon permis de conduire. Je ne l'avais pas. Il m'a dit qu'il ne pouvait pas me louer la voiture. »
Armstrong avait oublié son permis de conduire à la maison après en avoir fait une copie. À trois heures du début du match, il n'avait aucun moyen de se rendre au Centre Georges-Vézina, où les Saguenéens de Chicoutimi s'apprêtaient à affronter les Remparts de Québec.
Mais Armstrong s'est souvenu qu'il avait parlé à un autre dépisteur qui lui avait mentionné qu'il allait assister au match. Il lui a téléphoné. Coup de chance, le dépisteur était à cinq minutes de l'aéroport. Un détour plus tard et les deux étaient en route pour le Saguenay.
Du moins, c'est ce qu'ils pensaient.
« Quand nous sommes arrivés (à la réserve), c'était fermé. Ils avaient barré le chemin. Je n'en revenais pas, après tout ce que j'avais vécu dans la journée. Mais le dépisteur m'a dit qu'il connaissait peut-être un moyen. Soudainement, nous sommes en train de traverser des champs, à travers la propriété de gens. Ç'a duré deux heures! »
Soudainement, Chicoutimi est apparue. Ils étaient fin tirés d'embuches.
Du moins, c'est ce qu'ils pensaient.
« Nous avions une côte à descendre dans laquelle il y avait plusieurs intersections. Nous sommes passés à travers trois arrêts obligatoires, incapables de nous arrêter comme si nous étions en luge! »
Et lorsque la voiture s'est enfin immobilisée, elle était pratiquement devant le Centre Georges-Vézina. Tout juste à temps pour le début du match.
Armstrong pourrait-il enfin voir les habiletés du hockeyeur qu'il ne voulait absolument pas rater?
Pas tout à fait. Lors de cette soirée, le duel entre les Remparts et les Saguenéens a davantage eu l'air d'une bataille royale à la lutte que d'un match de hockey.
« Il y a eu une bagarre générale! Le fils de Patrick Roy se battait, et c'est un gardien. Il s'est battu contre trois personnes, je pense. Le dur à cuire (des Saguenéens) n'arrêtait pas de sortir du banc pour aller se rebattre. »
Eh oui, c'était le fameux soir du légendaire match impliquant l'incident où Jonathan Roy, le fils de Patrick et entraîneur des Remparts, avait sauté sur le gardien Bobby Nadeau pour le rouer de coups, des images qui ont marqué les esprits des amateurs de hockey.
Après 99 minutes de pénalités et 12 punitions d'extrême inconduite, le jeu a enfin pu reprendre et Armstrong a pu commencer à épier le joueur pour qui il avait vécu toutes ces aventures.
« Je ne l'ai pas aimé! Je suis presque mort trois fois, j'ai dû me battre contre tout, offrir un deuxième et troisième effort, et finalement, j'ai vraiment haï ce que j'ai vu de ce joueur! », a lancé Armstrong en riant.
Maintenant directeur général, Armstrong a beaucoup moins souvent besoin de parcourir les arénas du continent afin de tenter de dénicher la perle rare. Parions qu'il choisit un peu mieux ses voyages que celui du 22 mars 2008.
« J'ai vu un match à Palm Springs (en Californie) l'autre jour. Je peux vous dire que c'est le rêve des dépisteurs! »