Les deux joueurs se souviennent exactement comment tout ça a commencé.
C’était le 17 octobre 2017, et Kyle Connor, qui avait amorcé la saison avec le Moose du Manitoba dans la Ligue américaine de hockey, venait d’être rappelé par les Jets de Winnipeg à la suite d’une blessure subie par Mathieu Perreault. Connor avait disputé 20 parties avec les Jets la saison précédente, mais n’avait jamais joué sur le premier trio, jamais aux côtés de Mark Scheifele.
Mais ce jour-là, Paul Maurice, qui était alors l’entraîneur des Jets, a décidé de remodeler ses trios au cours de la partie, et le jeune Connor s’est retrouvé sur la première unité avec Scheifele et Blake Wheeler, alors qu’il tentait de relancer son équipe.
C’est ce qui s’est produit.
« Il a vraiment bien coupé vers le filet, s’est récemment remémoré Scheifele. Je lui ai remis dans l’enclave pour qu’il tire, et j’ai tout de suite su que nous tenions quelque chose. Je n’étais pas certain de ce que c’était, mais moi et Wheels nous nous disions que ce jeune allait être tout un joueur. »
Ils n’ont pas eu tort. Depuis ce but, le troisième de sa carrière dans la LNH, Connor en a inscrit 313 autres, ainsi que 663 points (316 buts, 347 passes) en 684 matchs dans la LNH, dont 81 points (32 buts, 49 passes) en 71 matchs cette saison.
Plusieurs de ces points ont été amassés avec Scheifele à ses côtés.
« Nous travaillons toujours là-dessus, sur notre chimie, afin de tenter d’être au sommet de notre art, a expliqué Connor. Nous nous poussons l’un l’autre. Nous agissons beaucoup en fonction de nos tendances, et dans certaines situations, surtout dans nos lectures en zone offensive, je crois que nous avons développé quelque chose de très bien. C’est presque instinctif. C’est super de voir ça. Nous sommes deux compétiteurs et nous nous poussons tous les deux, ce qui nous a permis de nous améliorer constamment. »
Les deux joueurs sont les deux meilleurs pointeurs des Jets – la récolte de 83 points en 70 matchs de Scheifele le destine à la meilleure saison de sa carrière – mais ils devront en faire encore plus si les Jets souhaitent demeurer dans la course pour une place en séries éliminatoires, avec une série aller-retour ardue contre l’Avalanche du Colorado jeudi et samedi, qui s’amorce au Canada Life Centre (20 h HE; TSN3, ALT, KTVD). Les Jets se trouvent à cinq points des Predators de Nashville et de la deuxième place de quatrième as dans l’Association de l’Ouest, avec deux équipes qui se situent entre Winnipeg et Nashville.
Connor a particulièrement bien joué depuis son retour des Jeux olympiques, où il a remporté la médaille d’or avec les États-Unis. Il a disputé les deux premiers matchs de la ronde préliminaire avant d’être laissé de côté pour le reste du tournoi. Il a amassé 17 points (sept buts, 10 passes) en 15 parties depuis la reprise des activités.
« Les gens commencent à reconnaître son talent », a estimé l’entraîneur des Jets Scott Arniel en évoquant sa présence à la Confrontation des 4 nations et aux Olympiques. « Il possède une vitesse incroyable, en accélération comme en changement de direction, alors il est très difficile à contenir pour l’adversaire. L’autre aspect, pour moi, est son lancer. Il dégaine plus rapidement que beaucoup de joueurs dans cette ligue. Je le place dans le top-10 des marqueurs naturels. »
Au cours des neuf saisons complètes de Connor dans la LNH, en commençant par ce but contre les Blue Jackets, il occupe en fait le septième rang de toute la Ligue avec 314 buts. Seuls Auston Matthews (388), Leon Draisaitl (384), Alex Ovechkin (365), David Pastrnak (361), Connor McDavid (355) et Nathan MacKinnon (338) sont devant lui. De la plutôt belle compagnie.
« C’est une chose d’être un fabricant de jeux, a dit Arniel. C’en est une autre d’être un franc-tireur. Mais il est le type de joueur qui se rend à l’intérieur et devant le filet, puis sa dégaine, sa rapidité et ses habiletés lui permettent de placer la rondelle aux endroits libres qu’il avait repérés en regardant le gardien. Il est vraiment bon pour faire cela. »
Et c’est encore mieux avec Scheifele à ses côtés.
« C’est beaucoup grâce à son instinct, a noté Scheifele. Il y a sa façon de lire le jeu, mais il y a aussi beaucoup de conversations derrière les portes closes, des choses sur lesquelles nous travaillons, des éléments sur lesquels nous mettons l’accent. Il a un esprit de hockey très développé, mais il a surtout le talent pour l’accompagner.
« C’est incroyable de jouer avec lui. Je suis très chanceux. »
Quand on regarde les deux aller, la chimie se sent. Si Connor a besoin que Scheifele soit à tel endroit, c’est ce qui se produit, et vice versa. Ils ressentent et comprennent les besoins de l’autre, ils savent ce que l’autre pense.
« Historiquement, chaque buteur a son passeur. […] C’est toujours un duo, a souligné Arniel. [Mike] Bossy et [Bryan] Trottier. Je trahis mon âge. Mais il y a aussi [Jari] Kurri et [Wayne] Gretzky, et ainsi de suite. C’est ce qui explique pourquoi ces deux-là font aussi bien.
« On peut sentir la synchronisation. Si un tourne à gauche, l’autre tourne à droite, si un recule, l’autre avance. Ils ont cette capacité à se trouver. Ils jouent tellement souvent ensemble que la chimie se développe sans cesse. »
Comme ils ont cumulé tellement de points ensemble, il est remarquable qu’ils puissent tous les deux se souvenir de ce premier moment, de cette première connexion. Ils ont tous deux su immédiatement que quelque chose de spécial était à venir – tant dans leur capacité à travailler ensemble que chez Connor lui-même.
« Ç’a commencé dès le départ, a dit Connor. C’est incroyable. »




















