Il y a à peine deux ans de cela, Félix Trudeau n’y croyait plus.
Ses deux premières saisons « très difficiles » à l’Université du Maine avaient suffi pour plomber ses aspirations. Le rêve de l’attaquant québécois de gravir les échelons jusqu’à la LNH ne tenait qu’à un fil, et son avenir allait se jouer sur le portail des transferts de la NCAA.
Sauf que le natif de Terrebonne n’avait amassé que six buts et 13 points en 52 matchs répartis sur deux saisons au Maine. Les universités ne se bousculaient pas nécessairement au portillon pour ses services.
« Mon moral était à terre, s’est-il remémoré lors d’une entrevue avec LNH.com. Il n’y a pas grand-monde qui y croyaient encore, y compris moi. Je ne sentais quasiment pas d’intérêt de la part d’autres universités. Après un temps, un de mes amis m’avait dit que Sacred Heart me voulait. Je n’ai pas hésité une seconde.
« Ç’a été la meilleure décision de ma vie, à ce jour. »
Il n’aura eu besoin que de deux saisons à SHU, dans le Connecticut, pour changer la donne du tout au tout.
Jamais repêché, Trudeau a signé un contrat de recrue avec les Blues de St. Louis au terme d’une saison où il a terminé au deuxième rang des buteurs de la NCAA, avec 25 réussites. Il est aussi l’un des 10 finalistes à l’obtention du trophée Hobey-Baker, remis au joueur par excellence du circuit universitaire américain.
À 23 ans, il amorcera le prochain chapitre de sa carrière en rejoignant le club-école des Blues, dans la Ligue américaine, pour conclure la saison. On est loin du sort qui semblait l’attendre il n’y a pas si longtemps.
Mais comment a-t-il orchestré cet impressionnant revirement de situation?
« Je n’ai pas l’impression qu’on m’a placé dans de bonnes positions avec le Maine, mais ce sont des choses qui arrivent, a-t-il amorcé. Je ne leur en veux pas. Ça me prenait un second souffle et Sacred Heart me l’a donné. J’ai toujours été un joueur offensif et on m’a donné une chance dans ce rôle en partant.
« Je l’ai tout de suite saisie. Tu peux avoir une deuxième chance, mais je savais que je n’en aurais pas trois. Alors j’y suis allé à fond en me disant que je n’avais plus rien à perdre. »
Le patineur de 6 pieds 2 pouces et 190 livres a renoué avec son identité dès sa première saison, inscrivant 15 buts et 38 points en 39 matchs. Le téléphone s’est alors mis à sonner : des équipes professionnelles étaient prêtes à lui offrir un contrat de la Ligue américaine.
Trudeau, bien habitué à le faire, a toutefois décidé de parier sur lui-même en demeurant dans la NCAA pour une quatrième saison. Ça lui a de nouveau souri : il a récolté 25 buts et 48 points en 39 matchs pour convaincre les Blues de lui offrir un contrat à deux volets.
Il est intéressant de noter que la formation du Missouri n’était pas seule sur les rangs – un contraste avec la situation dans laquelle il s’est retrouvé en optant pour le portail des transferts en 2024.
« Je n’aurais jamais pensé pouvoir signer un contrat de recrue dans la LNH, a-t-il réfléchi. J’ai gardé la même mentalité et j’ai fait ce que j’avais à faire. […] Les Blues ont été les premiers à démontrer de l’intérêt; j’ai même rencontré (le vice-président des opérations hockey) Peter Chiarelli après Noël.
« C’est à ce moment que j’ai compris que ça pouvait être possible. J’ai essayé de mettre ça de côté et de me concentrer sur mon jeu en me disant qu’il arrivera ce qui arrivera. »
Un baume
Cette immense nouvelle est venue mettre un baume sur un week-end plutôt difficile pour Trudeau. Avec une défaite en finale du championnat de la section AHA contre Bentley, samedi, le Québécois a vu son parcours universitaire prendre fin. Il a dû faire ses adieux au programme qui l’a vu renaître, en quelque sorte.
Même deux jours plus tard, et malgré son nouveau contrat en poche, il n’était pas tout à fait remis des émotions fortes qu’il venait à peine de vivre.
« Pour être honnête, ç’a fait vraiment mal, a-t-il confié. Après mes deux années au Maine, il n’y avait quasiment pas d’universités qui me voulaient. C’est SHU qui m’a donné ma deuxième chance, et je vais toujours leur en être reconnaissant. Quand on a perdu, j’étais dévasté.
« J’ai vécu les deux meilleures années de ma vie là-bas. Je vais m’en souvenir pour toujours. »
Trudeau a quitté Fairfield pour rejoindre sa nouvelle équipe à Springfield, mercredi. Il finira tout de même son baccalauréat en gestion du sport à distance, après quoi il devra couper le cordon pour de bon.




















