Kaprizov contract column

Les chiffres sont stupéfiants : huit ans, 136 millions $, une moyenne annuelle de 17 millions $.

Le Wild du Minnesota a mis sous contrat l’ailier gauche vedette Kirill Kaprizov mardi, une entente qui entrera en vigueur à compter la saison 2026-27. Le Wild a ainsi lancé un message fort sur la direction que prend l’équipe et sur la valeur de l’attaquant de 28 ans ainsi qu'à sa place dans le monde du hockey.

Questionné à savoir s’il s’agissait de la transaction la plus importante de l’histoire de la concession, le directeur général Bill Guerin n’a pas laissé planer de doute : « Oui, tout à fait. »

« Écoutez, tous nos joueurs sont importants, a-t-il ajouté. Tous les contrats sont importants. Le hockey est un sport d’équipe. Nous avons 20 gars qui compétitionnent soir après soir. Tu ne peux pas jouer un match en entier. Les joueurs ont donc besoin les uns des autres, et ils sont tous importants.

« Ce contrat-ci est imposant parce que Kirill est notre joueur de concession, et conserver ses services était extrêmement important. Il y a des dimensions supplémentaires (en lien avec ce contrat) en comparaison à certains autres, mais ça ne signifie pas que les autres ne sont pas importants. Mais oui, celui-ci est très gros. C’est le plus gros de l’histoire de la concession, c’est certain. »

Sauf qu'ultimement, ce contrat ne concerne pas seulement Kaprizov et le Wild. Ça définit vers où s’en va le hockey, et ça en dit long sur la stabilité financière de la Ligue, qui verra son plafond salarial augmenter à 95,5 millions $ cette saison, à 104 millions $ en 2026-27 et à 113,5 millions $ en 2027-28. Et ça donne aussi un aperçu de ce que nous pourrions voir avec la prochaine cuvée de joueurs autonomes, qui inclut quelques très gros noms.

Connor McDavid, des Oilers d’Edmonton, est un de ceux-ci. On parle ici du meilleur joueur de la LNH qui a gagné le trophée Hart à trois reprises et le trophée Conn-Smythe dans l’une de ses deux présences en finale de la Coupe Stanley. McDavid pourrait être libre comme l’air au terme de la campagne.

Et il n’est pas le seul.

Jack Eichel (Golden Knights de Vegas), Artemi Panarin (Rangers de New York), Kyle Connor (Jets de Winnipeg) et Adrian Kempe (Kings de Los Angeles) sont tous d’excellents joueurs dont les contrats arrivent à échéance.

Comme l’a imagé l’analyste Ray Ferraro du réseau ESPN mardi, « il y a d’énormes contrats en attente ».

Le marché est donc maintenant établi.

Un détail particulièrement important – et révélateur – pour les joueurs dont les contrats seront échus dans un avenir rapproché, c’est la manière dont le Wild et Kaprizov en sont arrivés à ce point. Selon plusieurs sources, Kaprizov aurait refusé une offre de huit ans d’une valeur de 128 millions $, qui aurait déjà fait de lui le joueur le mieux payé de l’histoire de la LNH.

Il pensait pouvoir obtenir plus. Il a eu raison.

« Je pense que ce qui est différent cette saison, c’est que nous entrons vraiment dans une ère où les joueurs vont avoir plus de pouvoir, a soumis la chroniqueuse d’ESPN Emily Kaplan. Cette réalité découle en partie d’un changement d’attitude et de culture, et en partie du fait que le plafond salarial augmente de manière importante. […] Mais pour cette raison, nous avons maintenant des joueurs qui disent : "Je sais maintenant ce que je vaux et je sais où je veux aller, alors je n’ai pas peur de tenir mon bout". Je pense que ça s’aligne avec plusieurs des autres sports. Nous avons vu Kaprizov refuser ce qui aurait été le plus gros contrat de l’histoire de la LNH parce qu’il s’est dit qu’il valait plus que ça, et il a obtenu ce qu’il voulait. »

La situation de Kaprizov n’est pas entièrement comparable à celle des autres vedettes. Eichel, par exemple, n’a pas le même statut que Kaprizov chez les Golden Knights, qui ont une pléthore de joueurs étoiles au sein de leur formation. Et McDavid est un cas unique.

Tout de même, il n’y a aucun doute que ces chiffres auront un impact.

« Le marché change tellement vite, a souligné Ferraro. Mikko Rantanen s’est entendu pour 12 millions $ à Dallas (le 7 mars). Vous allez me faire croire que Kirill Kaprizov vaut 5 millions $ de plus par année que Mikko Rantanen? Pas du tout. Mais c’est la vitesse à laquelle le marché évolue. Ce sera un défi pour les équipes de bien composer avec tout ça. »

Si ce contrat doit servir de référence, difficile de prédire ce que pourrait valoir un McDavid en raison de son statut de vedette, de ses prouesses sur la glace, de son leadership et du prestige qu’il apporte aux Oilers. C’est pourquoi le salaire de Kaprizov n’est peut-être pas si pertinent dans le dossier McDavid.

« Il sait que pour faire partie d’une équipe gagnante, tu dois parfois accepter de gagner un peu moins d’argent, surtout avec Leon Draisaitl qui est maintenant le deuxième joueur le mieux payé de la LNH (salaire annuel moyen de 14 millions $), afin d’avoir une équipe compétitive autour de toi, a expliqué Kaplan. Bien sûr, ça établit le nouveau marché avec le nouveau plafond salarial, mais je ne pense pas que Connor McDavid attendait le chiffre final de Kirill Kaprizov pour signer un nouveau contrat. Je pense qu’il attend autre chose et je m’attends à ce qu’il accepte moins d’argent que ce que Connor McDavid mérite selon nous tous. »

Ferraro a ajouté : « Si McDavid voulait signer, ce serait fait. S’il voulait un contrat de deux ans, pensez-vous vraiment qu’il y aurait une négociation? J’imagine qu’il y a un morceau de papier avec différentes options d’années, et il n’a qu’à remplir le reste avec ce qu’il souhaite obtenir. S’il voulait deux ans, trois ans ou six ans, vous ne pensez pas que ce serait fait? Je pense que c’est là où ils en sont présentement. »

À cet égard, McDavid représente le cas extrême des joueurs qui ont maintenant un peu plus de contrôle sur leur valeur, l’endroit où ils veulent jouer et où ils cadrent le mieux, et l’équipe avec laquelle ils ont les meilleures chances de gagner.

« Par le passé, les équipes avaient les deux mains sur le volant en raison des règles, a poursuivi Ferraro. Je ne pense plus que ce soit le cas. Ce n’est que le début, et quand Kaprizov refuse le contrat le plus lucratif de l’histoire de la LNH, il s’agit d’un très bon exemple. Il s’est dit qu’il valait plus. »

Il avait raison. Le Wild avait besoin de Kaprizov.

Et ils ont amélioré leur offre. Ils ont tout fait pour que ça fonctionne.

« Nous n’avons jamais voulu considérer la possibilité que Kirill ne joue pas ici et honnêtement, tout le monde au sein de l’organisation a travaillé extrêmement fort au cours des dernières années pour arriver là où nous sommes aujourd’hui, a affirmé Guerin. Et Kirill a été un joueur important pour faire progresser cette équipe. Ç’aurait été dévastateur de ne pas en venir à une entente. »

Maintenant, les projecteurs se braquent vers d’autres joueurs.

McDavid? Eichel? Panarin? Connor? À vous de jouer.