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RALEIGH, Caroline du Nord – Quand il sautera sur la patinoire pour le premier match de la finale de la Coupe Stanley mardi, William Carrier retrouvera plusieurs visages connus. Ceux de dix hommes – pour être exact – avec lesquels il a vécu les moments les plus enivrants de sa carrière. 

Parce que c’est avec les Golden Knights de Vegas que celui qui porte désormais les couleurs des Hurricanes de la Caroline a remporté la Coupe Stanley en 2023. Et il veut maintenant les priver d’un deuxième sacre.

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« Si j’avais voulu écrire un scénario de film, ç’aurait été celui-là : Montréal et ensuite Vegas », a-t-il rigolé à l’occasion de la journée des médias de la finale, lundi. « Quand tu gagnes avec un groupe, on reste des amis pour la vie. Mais mon téléphone sera fermé pour les deux prochaines semaines. »

Il n’y aura assurément pas d’amis quand les hostilités seront lancées. Surtout pas pour Carrier.

Au terme de ces deux semaines, il y a fort à parier que les joueurs des Golden Knights seront tannés d’avoir l’attaquant québécois dans leurs pattes. Le vétéran de 31 ans ne connaît qu’une façon de jouer, et elle n’est pas nécessairement tendre pour ses adversaires.

En seulement 13 matchs, et malgré un temps d’utilisation moyen d’à peine plus de dix minutes (10:24), il a distribué pas moins de 66 coups d’épaule – un sommet chez les Hurricanes. Il est le joueur toujours dans la course qui mène la Ligue au chapitre des mises en échec par tranche de 60 minutes (29,27).

C’est donc dire qu’il passe le plus clair de son temps à frapper et à déranger ceux qu’il affronte – en particulier les défenseurs qui sont victimes de son échec avant.

« Je me suis retrouvé de l’autre côté de ses mises en échec à quelques reprises, et je peux vous dire que ce n’est pas très plaisant, a souligné l’arrière Shayne Gostisbehere. Tu dois savoir quand il est sur la glace parce que tu sais qu’il va terminer sa mise en échec toutes les fois.

« Il joue avec conviction et il est dur. Il n’y a pas beaucoup de gars dans cette ligue qui acceptent de jouer comme il le fait. Il est l’un de ceux qui cadrent le mieux dans ce qu’on fait ici en Caroline. »

Pour une équipe qui domine particulièrement grâce à l’efficacité de son échec avant et à l’immense pression qu’elle applique sur le porteur de la rondelle, Carrier est un élément crucial. 

« Chaque défenseur sait très bien qu’il se fera frapper quand Will est sur la glace, a observé l’attaquant Jordan Martinook. Il complique la vie de plusieurs gars. Il est fort comme un bœuf – je ne connais pas beaucoup de joueurs plus forts que lui. Il est extrêmement puissant. »

En ce sens, ce n’est absolument pas un hasard si les Hurricanes et leur directeur général Eric Tulsky l’ont soutiré aux Golden Knights quand il est devenu joueur autonome à l’été 2024. Ils ont bien noté ce qu’il était en mesure de fournir dans une équipe championne et lui ont déroulé le tapis rouge pour des moments comme ceux qu’ils s’apprêtent à vivre.

« Il joue comme ça tous les matchs, pas seulement en séries, a précisé l’entraîneur Rod Brind’Amour. On sait exactement comment on joue et on voulait ajouter des joueurs qui cadraient là-dedans. On le remarque davantage au printemps parce que son style de jeu convient parfaitement au hockey de séries. »

Un avantage

En saison, le rythme est seulement un peu moins élevé. S’il était aussi robuste qu’il ne l’est présentement en séries, c’est probablement son corps qui ne suivrait plus la cadence. Carrier a tout de même dominé les siens avec 172 mises en échec en 70 rencontres – 13,70 mises en échec par tranche de 60 minutes.

Il n’a pas le choix : c’est son pain et son beurre.

« C’est dur de jouer 82 matchs de la même façon, a reconnu le principal intéressé. Au moins, on s’est rendus en finale en seulement 13 matchs, alors c’est moins demandant sur le corps. […] Tout le monde veut jouer de cette façon en séries, mais moi j’ai un avantage parce que j’y suis habitué.

« Tous les gars veulent être physiques, mais il faut le faire intelligemment et faire des jeux aussi. »

Contre les Canadiens de Montréal, en finale de l’Est, Carrier et son trio – complété par Eric Robinson et Mark Jankowski – ont fait tout ça. Ensemble, ils ont récolté 10 points en cinq matchs. Avec déjà deux finales et plus de 100 matchs éliminatoires d’expérience, c’est un peu comme si Carrier savait exactement quand élever son jeu d’un cran tard au printemps.

« Son expérience est énorme, a commenté Jankowski. Il a déjà vécu de longs parcours et il sait ce que ça prend. Il est bâti pour le hockey de séries. C’est génial pour Robinson et moi de pouvoir jouer avec lui. Il nous crée tellement d’espace en zone offensive grâce au chaos qu’il provoque. »

Il ne se gênera pas pour le faire à nouveau contre ses amis. À sa troisième finale – il a aussi perdu avec les Golden Knights en 2018 – il sait ce qu’il doit faire pour se retrouver dans le bon camp au terme de la série.

« Plus je vieillis, plus je profite du moment, a-t-il conclu. J’ai gagné une fois, maintenant je veux aussi savourer l’expérience. J’ai hâte que le match commence. J’ai hâte de sauter sur la glace. »

Que les Golden Knights se le tiennent pour dit.