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Gilles Villemure n'a rien oublié des petits détails de ce grand moment de sa vie, il y a un demi-siècle.

Les dernières secondes s'écoulaient pour confirmer la victoire de 6-0 des Rangers de New York contre les Red Wings de Detroit au Madison Square Garden lors du dernier match de la saison régulière 1970-71.
Mais lorsque la sirène a résonné le 4 avril 1971, Villemure s'est levé de sa position, au bout du banc des Rangers, et a accueilli son coéquipier Eddie Giacomin, qui s'est dirigé à toute vitesse vers lui pour le prendre dans ses bras.
«Eddie a levé mon bras, je l'ai regardé et j'ai crié: 'Eddie, nous l'avons!' », s'est souvenu Villemure récemment. « Ça avait été une année longue et difficile et maintenant, nous avions remporté le trophée Vezina. »

Giacomin, Villemure NYR card

Depuis Dave Kerr en 1939-1940, aucun portier des Rangers n'avait remporté le trophée Vézina. Entre 1927 et 1981, le trophée était remis annuellement au(x) gardien(s) ayant accordé le moins de buts en saison régulière et ayant disputé un minimum de 25 matchs.
Giacomin avait été le gardien numéro un des Rangers lors de cette saison de 78 matchs. Il avait maintenu un dossier de 27-10-7 avec une moyenne de buts accordés de 2,16, un pourcentage d'arrêts de ,922 et huit blanchissages. Mais Villemure avait eu droit à sa part de départs, et il avait conservé une fiche de 22-8-4, une m.b.a. de 2,30, un pourcentage d'arrêts de ,919 et quatre jeux blancs en 34 rencontres.
Les deux se voyaient avant tout comme des partenaires d'affaires, plus que comme des gardiens no 1 et 2, et c'est ainsi qu'ils étaient utilisés par l'entraîneur-chef Emile Francis. Ils allaient permettre 177 buts, sept de moins que Tony Esposito, Gerry Desjardins, Gilles Meloche et Ken Brown des Black Hawks de Chicago
Les Rangers ont terminé la saison au deuxième rang de la LNH, avec une récolte de 109 points, derrière les Bruins de Boston et leurs 121 points.
Grâce à une victoire en six matchs en quarts de finale de la Coupe Stanley contre les Maple Leafs de Toronto, New York a atteint la demi-finale contre Chicago, mais ils ont perdu contre les Black Hawks en sept parties.
La grande déception allait être lors de la saison suivante, lorsque les Rangers ont atteint la Finale de la Coupe de 1972 contre les Bruins, pour perdre en six matchs. Villemure a joué dans les deux derniers matchs de la série, à la suite d'une blessure de Giacomin. Il a remporté le cinquième match à Boston, 3-2, puis a perdu le suivant 3-0 à New York.
La saison 1970-71 a été la première de cinq complètes pour Villemure avec les Rangers, après avoir disputé 13 matchs entre 1963 et 1969 lors de divers rappels des mineures. Il est devenu l'adjoint régulier de Giacomin à la suite du décès de Terry Sawchuk après la saison 1970.
La carrière de Villemure dans la LNH allait durer jusqu'en 1976-1977. Il a disputé 21 matchs pour Chicago lors de ses deux dernières saisons. Lui et Giacomin ont quitté les Rangers la même semaine, quand Villemure a été échangé aux Black Hawks le 28 octobre 1975, alors que Giacomin a été réclamé au ballotage par les Red Wings de Detroit le 31 octobre.

Villemure second split

Lors de son passage à New York, Villemure est devenu un passionné et talentueux conducteur de chevaux aux pistes de Yonkers and Roosevelt, à New York, ainsi qu'aux Meadowlands, dans le New Jersey. Les courses de chevaux attelés avaient été une partie très importante de sa vie dans sa jeunesse à Trois-Rivières, au Québec.
Villemure s'est lancé dans le monde des sports hippiques à l'âge de 10 ans, et il s'est mis à l'entraînement afin de devenir conducteur à 14 ans, avant de participer à ses premières courses deux ans plus tard. Il allait continuer à vivre cette passion à temps plein pendant une décennie après sa retraite en 1977. Il lance d'ailleurs à la blague qu'il a probablement connu plus de succès dans les hippodromes du Québec que lorsqu'il jouait au Forum de Montréal contre les Canadiens. Il a probablement raison, puisque sa fiche est de 0-7-1 au Forum, alors qu'avec les chevaux, on l'a souvent vu dans le cercle du vainqueur.

villemure 1968 horse

Villemure adore raconter son parcours atypique vers la LNH, lui qui a connu une prolifique carrière dans les ligues mineures après avoir signé avec les Rangers dès l'adolescence lorsqu'un recruteur lui avait offert un boni de signature de 100 $.
Il a évolué un peu partout, de Vancouver à Baltimore en passant par Buffalo, où il a remporté le championnat de la Ligue américaine, la Coupe Calder. Il a d'ailleurs été voté le joueur le plus utile à son équipe en 1969 et 1970.
Et lorsqu'il a finalement fait le saut dans la LNH pour de bon, en 1970, il portait un masque qui lui donnait une allure unique. Le bon sens fait qu'il était logique qu'il porte un masque, mais il faut dire que Villemure avait subi quelques blessures au visage, entre autres parce qu'il aimait bien sauter tête première dans des escarmouches.
Mais ces blessures n'étaient rien en comparaison aux défis qu'a dû relever l'ancien gardien de 80 ans dans les deux dernières années. Il s'est battu contre le cancer à l'aide d'un traitement agressif, et il est aujourd'hui en rémission. L'hiver dernier, alors qu'il se remettait de la maladie, sa femme Bernadette et lui ont attrapé la COVID-19. Mais encore une fois, il s'en est sorti.
« J'ai été malade pendant un petit moment, mais je me sens mieux maintenant », a raconté Villemure.

villemure 2011 mask

Il est beaucoup plus heureux de parler de hockey que de sa santé. Il apprécie les souhaits de bonne santé qu'il a reçus de la part des amateurs et d'anciens coéquipiers, il regarde toujours les matchs des Rangers à la télévision, et il a une bonne pensée pour Henrik Lundqvist.
Lundqvist, qui a défendu la cage des Rangers pendant 15 ans avant de se joindre aux Capitals de Washington l'automne dernier, se remet d'une opération à cœur ouvert subie en janvier.
« J'ai joué au golf avec Henrik en 2013 lors d'un événement des Rangers et on a beaucoup discuté, a indiqué Villemure. C'est vraiment un bon gars… et un bien meilleur golfeur que moi! »

Villemure continue de reprendre la forme dans sa résidence, et il espère, un jour, pouvoir retourner au Madison Square Garden pour voir son ancienne équipe en action.
« Il y a une chose de sûre avec les partisans des Rangers, c'est qu'ils ne t'oublient jamais. Une fois que tu es dans leur cœur, tu le seras pour toujours. C'est la même chose pour moi envers eux. »