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ALLENTOWN, Pennsylvanie - La transition vers le poste d'entraîneur-chef n'est pas sans heurts pour Ian Laperrière à la barre des Phantoms de Lehigh Valley, le club-école des Flyers dans la Ligue américaine.

Comme c'est souvent le cas quand le grand club connaît une saison difficile, l'échelon inférieur en subit aussi les contrecoups. En date de mardi, les Phantoms occupaient le dernier rang de la section Atlantique, à huit points d'une place en séries.
« Je savais que j'aurais des ajustements à faire pour m'adapter au rôle d'entraîneur-chef », a candidement avoué l'entraîneur recrue aux abords de son vestiaire, à Allentown. « Je savais que je n'obtiendrais jamais une chance de diriger une équipe de la Ligue nationale sans avoir fait mes preuves en chef dans la Ligue américaine. Je ne suis pas parfait. J'ai des choses à apprendre et c'est pour ça que j'ai accepté de relever le défi de venir diriger les Phantoms. »
On a abordé une foule de questions avec ce guerrier du hockey qui aura dû trimer dur pour œuvrer pendant plus de 1000 matchs en carrière dans la LNH. Le prochain défi sur la liste de Ian Laperrière vise à diriger une équipe dans la Ligue nationale de hockey. Parviendra-t-il à le faire?
Voici cinq questions avec… Ian Laperrière
Ian, un de tes grands amis dans la vie est Joël Bouchard. Alors qu'il dirigeait le Rocket de Laval, il disait souvent que personne n'aspirait à jouer pour le Rocket, mais que tout le monde dans l'équipe souhaitait se retrouver avec un chandail des Canadiens sur le dos. Ce n'est pas différent pour les entraîneurs. Pourtant, toi tu as décidé de faire l'inverse en quittant ton poste d'adjoint à Philadelphie pour celui d'entraîneur-chef du club-école à Lehigh Valley. Pourquoi?
Je comprends pourquoi Joël disait ça. La grande différence entre lui et moi, c'est que lui il a eu la chance de se faire la main à la barre de l'Armada de Blainville-Boisbriand pendant plusieurs années avant de faire le saut chez les professionnels. Il se sentait prêt pour ça, et il l'a prouvé. Dans mon cas, j'étais mûr pour un changement dans ma vie professionnelle, car je savais que je n'obtiendrais pas ce genre d'occasion dans la LNH en n'ayant jamais été celui qui tirait les ficelles au sein d'une équipe.
Je veux montrer aux Flyers que je suis capable de diriger une équipe ici, d'y connaître du succès et d'enseigner aux jeunes. Si je peux obtenir ensuite une chance au prochain niveau, tant mieux, mais je ne suis pas prêt. J'ai beaucoup à apprendre et je ne suis pas gêné de le dire. Devenir entraîneur-chef, c'est beaucoup plus que ce que les gens peuvent penser. Je suis ici pour apprendre, comme je l'ai fait comme joueur tout au cours de ma carrière.
C'est une année difficile à tous les points de vue à Philadelphie. Les résultats ne sont pas au rendez-vous sur la patinoire et les entraîneurs Alain Vigneault et Michel Therrien, deux gars avec qui tu as travaillé lors des dernières années, ont perdu leur emploi. N'as-tu pas peur que des changements puissent aussi toucher le club-école à la fin de la saison?
Ça ne m'embête pas trop, pour être franchement honnête. C'est plutôt hors de mon contrôle. Je suis venu ici pour aider les jeunes de l'organisation. Des changements comme ça font partie de la game. Chaque entraîneur a sa méthode de travail et quand un nouveau patron arrive en ville et n'aime pas ce que tu fais, ça se peut qu'il te mette à la porte.
La journée où tu penses que tu ne te feras jamais mettre dehors (comme entraîneur), tu vas commencer à avoir des maux de tête. Il faut que tu partes avec l'idée de faire le mieux que tu peux, au meilleur de tes capacités. S'il y a un nouveau patron qui n'aime pas ce que je fais, je me trouverai un autre emploi ailleurs, tout simplement.
Dans le hall d'entrée du magnifique PPL Center à Allentown, on y retrouve une énorme banderole commémorant le dernier titre de la coupe Calder gagné par les Phantoms en 2005 avec comme chefs de file les jeunes Jeff Carter et Mike Richards. Cette année, des espoirs importants des Flyers comme Cam York, Tyson Foerster et Morgan Frost ont joué des matchs dans le club-école. Crois-tu à cette méthode de développement où la Ligue américaine est pratiquement un passage obligé?
Absolument! Je pense que les Red Wings de Detroit ont maintes fois prouvé que d'établir un réseau de développement avec leur club-école est une méthode gagnante. À moins d'être un exceptionnel, tu devras passer par la Ligue américaine pour apprendre les rudiments du métier. Je crois beaucoup à ça parce que ça motive les jeunes. Quand ils se font rappeler après l'avoir mérité, ils ne veulent pas retourner dans les mineures.
On appelle ça les mineures pour une bonne raison. Tu es en autobus, tu ne voyages pas en avion… Ce n'est pas la même vie. Quand tu as goûté à ça, tu ne veux plus y retourner. Les jeunes mettent les bouchées doubles dans la Ligue nationale pour y rester. Je pense que c'est très bon pour les jeunes de passer un peu de temps dans la Ligue américaine.
Une question plus personnelle maintenant. Comment te sens-tu, physiquement maintenant âgé de 48 ans? Tu présentais un style de très jeu physique dans la Ligue nationale, et ce serait presque normal de devoir composer avec des petits bobos encore aujourd'hui…
C'est correct! Je me suis fait remplacer le genou il y a quatre ans. J'ai encore un œil embrouillé, et il le restera jusqu'à la fin de mes jours (il a été atteint par une rondelle en avril 2010 dans un match de séries éliminatoires face aux Devils du New Jersey). À part de ça, je me sens très bien. Je garde la forme en faisant de la course à pied ou du vélo.
Depuis ta retraite, le hockey a bien changé. Les joueurs de ton style sont devenus une denrée rare, une espèce en voie d'extinction. Le jeu robuste est en train de disparaître du hockey peu à peu. Est-ce que cette époque te manque, surtout depuis que tu as fait la transition au rôle d'entraîneur?
C'est vrai que le jeu a beaucoup changé. C'est rendu une game de vitesse, c'est moins physique. Quand il y a une bonne mise en échec, les gens réagissent comme si les mises en échec étaient maintenant interdites!
Je pense que les gens apprennent à aimer un nouveau style et à voir des jeux spectaculaires comme les buts « Michigan » de l'arrière du filet. Tu n'aurais jamais vu ça dans mon temps, car quelqu'un aurait perdu un bras ou quelque chose comme ça!
Je dois tout de même admettre que je m'ennuie un peu du jeu robuste. Les grandes rivalités me manquent aussi. Maintenant, les joueurs sont devenus de petites business et c'est correct comme ça. C'est l'évolution du sport.