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Maxime Talbot a joué un peu plus de 700 matchs (704) dans la LNH. Choix de huitième tour des Penguins en 2002, il a passé six ans à Pittsburgh, où il a gagné la Coupe Stanley en 2009, marquant deux buts lors du septième match de la finale contre les Red Wings de Detroit. Après les Penguins, le combatif centre a porté les couleurs des Flyers de Philadelphie, de l’Avalanche du Colorado et des Bruins de Boston. Il a poursuivi sa carrière pour trois autres saisons dans la KHL à Iaroslavl et à Omsk. L’ancien capitaine des Olympiques de Hull/Gatineau dans la LHJMQ a accroché ses patins à la fin de la saison 2018-2019. Depuis ce temps, il occupe un poste d’analyse sur les ondes de RDS. Il a également agi comme adjoint à Joël Bouchard lors de la saison 2021-2022 avec les Gulls de San Diego dans la Ligue américaine (LAH). Il a accepté de collaborer avec l'équipe de LNH.com pour traiter de divers sujets touchant les activités de la ligue.

Ce n’est pas un grand secret, mais à mes yeux, le prochain dossier important sur le bureau du directeur général des Canadiens de Montréal Kent Hughes porte le numéro 8 : Mike Matheson. Hughes et le président Jeff Gorton doivent lui offrir une prolongation de contrat.

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Les Canadiens ont déjà offert des contrats à long terme à tous les joueurs clés de leur jeune noyau. Nick Suzuki (2029-30), Cole Caufield (2030-31), Juraj Slafkovsky (2032-33), Lane Hutson (2033-34), Noah Dobson (2032-33) et Kaiden Guhle (2030-31) resteront tous à Montréal pour encore plusieurs saisons.

Dans ce très jeune noyau, Suzuki et Dobson sont les plus vieux à 26 et 25 ans, respectivement. Pour une organisation, c’est du bonbon. Mais une équipe doit aussi entourer ses jeunes pousses par de bons vétérans.

Matheson répond parfaitement à ce critère. À 31 ans - il aura 32 ans au mois de février - il commence à avoir un peu plus de poivre et de sel dans ses cheveux. Mais il n’y a rien de mal à cela. Il reste dans la jeune trentaine.

J’ai parlé avec David Savard pour l’enregistrement de notre balado Entre la poire et le fromage. Depuis la retraite de Savard, Matheson est celui qui le remplace. Savard me rappelait à quel point Mike est un meneur incroyable au sein d’une équipe. Il se prépare bien, il reste sérieux et il a une attitude positive à l’intérieur du vestiaire. Il a le respect de tous ses coéquipiers.

Matheson a aussi une autre énorme qualité : il mange des minutes. L’an dernier, il a terminé au septième rang de la LNH avec un temps de jeu moyen de 25:05. Après neuf matchs cette saison, il garde une utilisation très importante à 24:21.

Depuis ses débuts à Montréal lors de la saison 2022-2023, Matheson a toujours obtenu un temps de jeu moyen supérieur à 24 minutes. Et ça ne devrait pas faiblir cette année, surtout pas en l’utilisant au sein du premier duo avec Dobson, un autre défenseur capable de manger des minutes.

Martin St-Louis a souvent dit de Matheson qu’il compte sur de gros poumons. C’est vrai. Il ne se fatigue pas. S’il garde une aussi bonne dose d’énergie, c’est aussi en raison de sa facilité à glisser sur la patinoire. Il est un patineur rapide et efficace. La LNH est maintenant une ligue de patineurs.

Quand je regarde Matheson, je revois un peu Kris Letang. À Pittsburgh, Letang reste l’un des meilleurs défenseurs en raison de ses qualités de patineur. Letang peut y aller d’une feinte de plus en zone offensive, mais il reviendra dans le jeu si ce n’était pas le bon choix.

Je consulte les statistiques de Matheson en ce vendredi gris à Montréal. Il a déjà cinq points (deux buts, trois passes) et un différentiel de +6. Il obtient des points même s’il ne touche pratiquement plus à l’avantage numérique et il garde un très bon différentiel en se retrouvant contre les meilleurs trios des équipes adverses. C’est impressionnant.

Le CH est une équipe dans une bonne santé financière. Hughes et Gorton ont bien vendu leur stratégie : celle de forcer les joueurs à sacrifier un peu d’argent afin de construire une équipe gagnante à long terme.

À mon avis, Matheson est un gars très réaliste. Il vient de Montréal et il porte le chandail du Tricolore avec fierté. Il veut jouer à Montréal. Oui, il cherchera à obtenir un salaire à la hauteur de son talent, mais il ne voudra pas faire sauter la banque. La durée de l’entente restera plus importante. Dans les négociations, il s’agira du principal enjeu.

Il n’est pas encore vieux à 31 ans. Mais il n’a pas le choix de songer déjà à son après-carrière. Un joueur responsable doit toujours se poser les questions à l’avance. Il ne pense pas à la retraite. Il a encore beaucoup de hockey devant lui. Mais il sait qu’il y aura une autre vie après le hockey. Pour cette raison, je ne pense pas qu’il courra après l’argent.

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J’avais la même philosophie quand j’ai paraphé mon dernier gros contrat dans la LNH (cinq ans et 9 millions $ pour une moyenne de 1,8 million $) avec les Flyers de Philadelphie. J’étais âgé de 27 ans. J’avais un style de jeu taxant et je voulais m’assurer d’obtenir une entente à long terme. Les Maple Leafs me proposaient un peu plus d’argent pour un pacte de cinq ans, mais je croyais plus en mes chances de gagner à Philadelphie.

J’avais priorisé la durée de l’entente et le fait de jouer pour une bonne équipe. Je n’ai finalement pas fini ma carrière avec les Flyers, mais je n’ai jamais regretté ma décision de m’entendre avec eux.

Le CH s’en va dans la bonne direction et Matheson veut poursuivre son aventure avec l’équipe de son enfance. Pour cette raison simple, mais importante, je serais très surpris que les deux clans ne trouvent pas une entente. À mes yeux, c’est une question de temps avant l’annonce d’une prolongation de contrat.

Matheson a une valeur inestimable pour le Tricolore. À un salaire de 4,875 millions $, il représente une aubaine depuis plusieurs saisons. Je n’oserai pas prédire le montant de son prochain contrat, mais je crois à une augmentation raisonnable pour un contrat à long terme. Mais je ne prévois pas un six, sept ou huit ans. Je m’attends plus à quatre ou cinq ans.

Sur la glace, Matheson a un rôle important. Stéphane Robidas peut ouvrir la porte et l’envoyer dans toutes les situations. Il est bon à cinq contre cinq, il est maintenant très bon en désavantage numérique et il a aussi le talent pour diriger l’avantage numérique. Il y a deux ans seulement, il a connu une saison de 62 points.

À l’extérieur de la patinoire, il est aussi un ambassadeur pour l’équipe. Il s’exprime aussi bien en français qu’en anglais. C’est gros, ça aussi.

Dans la LNH, les bons défenseurs qui te donnent 24 minutes par match ne courent pas les rues. Oui, il y a Hutson, Dobson et Guhle, mais tu ne peux pas remplacer Matheson demain matin. Il a tout simplement une trop grande valeur.

*Propos recueillis par Jean-François Chaumont, journaliste principal LNH.com.