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Bouchard : Marc Bergevin frappe fort

Le directeur général des Canadiens a ajouté de grosses sommes à sa masse salariale au cours de la fin de semaine

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Les Canadiens de Montréal ont mal terminé une saison qui devait être celle du retour à la normale. Après avoir congédié son entraîneur à quelques semaines de la fin de la saison, le DG du club, Marc Bergevin, avait annoncé ses couleurs dans sa conférence post-séries éliminatoires : il n'était pas satisfait et des changements s'imposaient.

Le premier morceau du puzzle a été mis en place il y a quelques semaines, lorsque Mikhail Sergachev a été expédié au Lightning de Tampa Bay en retour de Jonathan Drouin, et que Nathan Beaulieu a été envoyé aux Sabres de Buffalo.

Après avoir obtenu David Schlemko des Golden Knights de Vegas (ceux-ci ayant par ailleurs délesté les Montréalais du contrat d'Alexei Emelin dans le cadre du repêchage d'expansion de la LNH), Bergevin avait encore du travail à faire pour renchausser sa défensive, ce à quoi il s'est attelé samedi en accordant un long et lucratif contrat à Karl Alzner puis en annonçant dimanche une nouvelle entente, encore plus longue et lucrative, avec Carey Price.

Si les querelles entre tenants de l'analyse statistique et les défenseurs de la vieille école ont recommencé de plus belle à la suite de la signature d'Alzner, le contrat de Price vient recentrer le débat : Bergevin vient d'ajouter beaucoup, beaucoup d'argent aux obligations du club dans un contexte où le plafond salarial ne croît plus beaucoup.

Parlons plafond

En fait, le plafond salarial croît essentiellement depuis deux ans par la volonté des joueurs d'utiliser leur « clause d'escalade ».

Pour comprendre la nature de cette clause, je rappelle que les joueurs obtiennent de fait 50 pour cent des revenus annuels de la ligue, peu importe le montant total des salaires qui leur ont été promis. Si la somme des salaires promis est supérieure à la moitié des revenus de la ligue, tout le monde écope d'une baisse au prorata de ce qui leur a été promis.

Parce qu'il n'est pas nécessaire que la somme des salaires promis soit égale à 50 pour cent des revenus de la ligue, la convention collective prévoit que le plafond salarial augmente selon deux facteurs : la hausse des revenus de la ligue et une option réservée aux joueurs. Cette option, la fameuse « clause d'escalade », leur permet d'imposer une augmentation du plafond salarial allant jusqu'à 5 pour cent par année. Lorsqu'ils utilisent cette clause, les joueurs donnent aux équipes la possibilité de donner des contrats plus lucratifs, mais ils diluent du même coup la valeur de chaque contrat signé.

Jusqu'ici, les joueurs ont toujours usé de leur clause d'escalade. Mais si les revenus de la ligue croissent moins vite que le plafond, la retenue sur le salaire va se faire sentir de plus en plus au fil des années. Les joueurs pourraient donc décider, dans les prochaines années, de laisser de côté leur clause d'escalade et de laisser le plafond stagner, ou encore augmenter à la seule vitesse de la hausse des revenus de la ligue.

La nouvelle donne

Dans ce contexte, les contrats de Carey Price et Karl Alzner représentent un choix risqué pour Marc Bergevin, celui-ci ayant clairement fait le pari du court terme. En donnant des ententes de longue durée à ces deux joueurs, Bergevin a en effet dilué la quantité d'espace que ceux-ci occupent annuellement sous le plafond salarial, ce qui lui donne de la marge de manœuvre pour les prochaines saisons. Mais à moyen terme, ces contrats ajoutent beaucoup de pression à son travail (ou à celui de son successeur).

Karl Alzner aura 29 ans en septembre, Shea Weber aura 32 ans en août et Jeff Petry va atteindre le cap de la trentaine en décembre. Ces trois joueurs sont donc dans la zone d'âge où les joueurs de la LNH commencent à ralentir. Certains réussissent à repousser l'échéance (Weber, de toute évidence) et les patineurs plus rapides sont souvent épargnés un peu plus longtemps. Mais tous ces joueurs sont mûrs pour commencer à ralentir plus tôt que tard. Peut-être pas l'an prochain, peut-être même pas dans deux ans, mais à l'aube de la saison 2019-20, tout ce beau monde va avoir perdu quelques fractions de seconde. Petry aura encore deux ans à écouler à son contrat, Alzner trois et Weber six. Carey Price aura alors 32 ans et encore six saisons à écouler à son contrat.

2019-20, c'est le moment où Max Pacioretty (31 ans) et Artturi Lehkonen (23 ans) auront besoin de nouveaux contrats, sans compter sur ce que gagnera alors Alex Galchenyuk.

Les Canadiens ont vécu, depuis l'arrivée de Bergevin à la tête du club, de la contribution de quelques joueurs : Tomas Plekanec, Carey Price, P.K. Subban (remplacé par Weber), Petry, Pacioretty, Galchenyuk et Brendan Gallagher. Autour de ces joueurs, le personnel a souvent changé, mais c'est ce noyau qui a porté le club à bout de bras. Le temps qui passe a maintenant rattrapé Plekanec et les autres arrivent à leur tour à cette phase où ils régressent tout en étant en position de négocier des salaires faramineux.

Pour appuyer ce noyau vieillissant, les Canadiens vont avoir besoin d'une plus grande contribution de leurs filiales. Ces dernières n'ont, ces dernières saisons, guère brillé sur ce plan. Si on retient de l'été 2017 les signatures de Price et Alzner, c'est probablement la cuvée de joueurs repêchés qui fera la différence d'ici quelques années.

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